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La revue XXI ("Vingt et un", comme le siècle présent, et non "XXL" comme l'indique la référence préenregistrée de PCC - bien qu'effectivement le format du journal soit "big size") est apparue dans les librairies (les grosses) dans le courant du mois de janvier 2008, avec un numéro 1 fort prometteur.
Tirée à l'origine à 40.000 exemplaires, elle a pu vous échapper jusqu'à la lecture de ce commentaire, mais les dizaines de milliers d'exemplaires supplémentaires sortis depuis pour répondre à son (inattendu) succès devraient suffire à résoudre votre problème. Sinon vous achèterez le 2 !

Au croisement de la revue littéraire, du recueil d'enquêtes, du collectif d'essais ou de l'illustration textualisée (ouh que c'est moche ça !), ce pavé journalistique (194 pages en couleur) est en fait un nouvel OVNI du monde médiatique, dont je ne saurais dire s'il conservera toute son originalité sur la durée de ses parutions trimestrielles. Mais en tout cas pour un premier "coup", Patrick de Saint-Exupéry (son rédacteur en chef, ancien reporter au Figaro, prix Albert-Londres) et son associé Laurent Beccaria (ancien de Plon, Stock, et fondateur des éditions Les Arènes), auront réussi à marquer les esprits - en tout cas le mien.

Moi j'y suis allée (à la librairie Georges de Talence, que j'aime bien - et qui me le rend bien à chaque débit de carte bleue) pour le reportage en BD de Stassen dont on m'avait parlé la veille, publié dans le premier volume de XXI. Stassen, c'est un peu mon dada, c'est mon dessinateur à moi. Un jour - prochain j'allais dire, mais c'est exagérément biblique - j'écrirai une notice sur Stassen pour vous, aimables lecteurs de PCC. J'ai noté en effet avec grande déception (et en même temps une petite satisfaction égoïste du style, "il n'est qu'à moi", tant mieux !), que nous n'étions que deux à l'avoir porté parmi nos auteurs préférés...

Bref revenons à nos moutons. Ceux dont parle Stassen dans ses "Visiteurs de Gibraltar" (29 pages de reportage en BD) sont noirs, souvent, basanés également. En d'autres époques et d'autres lieux ce pourraient être aussi des visages pâles - ça l'a été il n'y a pas très longtemps encore en Europe...
Stassen s'est penché, entre Liège, Bruxelles, Malaga, Ceuta, Tanger et Algeciras sur ces destins de migrants entre Afrique et Europe dont on ne sait souvent que ce qu'on veut bien nous en dire par le haut-parleur d'un certain ministère (son nom me fend le coeur, fait enrager mon esprit et briserait mon clavier si je l'écrivais), ou dont on ne voit que ce que nos lunettes de marque Schengen laissent passer entre deux grosses traces de doigts : sinon des corps sans vie au fond des pirogues échouées, du moins des ombres dans nos sociétés gâtées.
Comme d'habitude, mon dessinateur arpenteur du monde parvient à restituer la complexité des situations générales et particulières, et à débrouiller les fils de la bêtise humaine et du racisme ordinaire. Mais aussi ceux de la solidarité humaine et de la générosité ordinaire. Le tout avec un trait unique (l'aspect sombre et écrasé des couleurs n'est pas d'origine : problème à l'impression dans les 40.000 premiers exemplaires) et des répliques sans appel empruntées à ses compagnons de voyage, ses rencontres de bar, ses interlocuteurs d'enquêtes, ses amis de toujours (les meilleures), ou encore aux imbéciles archétypaux qu'il croise en route (les plus terrrrribles)...

J'en avais quelques exemples sous la main, de ces répliques, mais m'aperçois que je dévie à nouveau. Non non, ce n'est pas une notice sur le détail sagace et la plume empathique de Stassen. C'est sur XXI, la nouvelle revue des bonnes librairies, ce commentaire, un peu de rigueur !

Du bon Stassen, donc. Mais encore ?
Plein de reportages décalés, de photos, de dessins, de planches du même tonneau, pour traiter des sujets sur la longueur (et rompre selon les éditeurs avec l'hérésie du "double feuillet"-"écriture blanche"-"pas le temps d'enquêter").
Certes je n'irai pas demain proclamer ma passion pour les quelques pages proposées par le journaliste Sorj Chalandon sur la traîtrise de "son ami" Denis Donaldson, haut responsable de l'IRA qui avoua en 2005 être une taupe des services britanniques - et se fit assassiner 4 mois après. Je l'ai trouvé nombriliste, et finalement très peu amical.

Je parlerais en revanche plus volontiers de cet article sur les désobéissances civiles en France, leurs réseaux et les stages qu'au fond du Vercors on peut suivre pour désobéir plus efficacement... De cet autre donnant la parole à des femmes de prisonniers, de ces "narcobalades" au coeur des réseaux mexicains de la drogue ou de ce portrait contrasté de Michel Onfray.
Surtout, le gros dossier de la revue consacré à la Russie de Poutine ("Le dollar et le marteau") vaut le détour, avec une série d'entrées photographiques (sur les bagnes de Sibérie), journalistiques (de longs extraits des textes d'Anna Politkovskaïa ; ou encore l'incroyable histoire d'une statue russe à Ploërmel qui sent le piège mafieux) et littéraires (passionnante description du truculent et insaisissable Edouard Limonov sous la plume d'Emmanuel Carrère - là encore, grosse envie de digresser sur Carrère... mais faut que je m'arrête).

Récapitulons.
Un format inhabituel - A4, mais couverture à l'italienne pour le contenant, une douzaine de pages par articles pour le contenu.
Un prix un peu élevé mais pas exagéré pour un trimestriel de près de 200 pages.
De bons contributeurs - journalistes, écrivains, essayistes, dessinateurs de BD, photographes.
Des sujets peu ou pas traités dans la presse classique, quotidienne ou magazine, et abordés sur le fond, dans des optiques résolument originales.

Concluons.
Pas dans n'importe quel kiosque, à prix fixe, et normalement ça ne sera que du bonheur (ou presque). Bonne lecture !
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Voici les 19 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
on risque de se croiser à la librairie Georges !
Sinon, je l'avais repéré ce magazine , tu m'as convaincue. la désobéissance civile, ça m'interesse...
République ? J'en connais pas beaucoup des révolutionnaires de cette époque...
 07/04/08 à 14h43
Encore une perle à explorer. Merci

Dans le désobéir citoyen, je fais plus dans le révolutionnaire.
de la IVème, encore et encore
 05/04/08 à 20h58
je vais essayer de trouver ce numéro 1 ...
 05/04/08 à 16h01
Petite précision, pour Feuille notamment, qui m'a écrit un gentil mot : je ne suis pas (encore) abonnée, je ne peux pas répondre !! Sorry ! Peut-être en me donnant une adresse dans un nouveau message ? Si vous connaissez Feuille, vous pouvez la prévenir de cette réaction svp ?
 05/04/08 à 12h30
Should_I_Stay
 05/04/08 à 12h26
 05/04/08 à 12h23
Should_I_Stay
 05/04/08 à 12h20
buy The Mook n° 2. Jamais entendu parler ! Merci pour l'info ! Il y a un commentaire dessus quelque part ?
 05/04/08 à 12h13
Should_I_Stay
ça c'est du magazine grand format.Ce trimestre, une grande patrie est consacrée à l'Afrique
... tu prends la chose en mains et tu dis que tu vas lire pour la première fois (ou presque) de ta vie dans ce sens là... mais que nenni...
Bon, c'est chouette tous ces commentaires... Mais cours plutôt l'acheter. 15 euros, franchement, pour un trimestriel de 200 pages, j'ai connu plus abusif !
Bonne journée !
et si la couv est à la française, les cahiers intérieurs le sont forcément aussi.

mais tu veux peut-être parler de *l'illustration* qui est sur la couv ?
 05/04/08 à 10h09
Désolée, j'ai dû oublier de le réécrire après l'avoir coupé de l'un ou l'autre endroit dans le texte. Faut presque considérer la chose comme un bouquin. Quant aux couleurs... Même si Stassen fait dans le sombre souvent, là il est assez clair en voyant les planches qu'il y a eu un souci...
L'italienne n'est que pour la couv. Ca m'a un peu déçue, j'aurais bien vu l'ensemble comme ça.
et chaque fois que j'entre dans une librairie, j'atomise mon budget serré.
par contre, ton explication du problème colorimétrique me laisse perplexe. je demande à connaître la version de l'imprimeur.