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Les urgences... ce soir.
 Les urgences... ce soir.
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catégorie : tranche de vie
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Ce soir, je devais dîner dehors, un rencontre pcc. Mon portable a sonné, j’ai reconnu le numéro. En décrochant j’ai compris qu’il se passait quelque chose. Bengali m’a juste dit : « Nataly, ma mère est morte, les pompiers l’ont emmenée ».

Sans chercher plus, je lui ai dit que j’arrivais. Ce soir les urgences de l’hôpital sont plus lugubres encore. Je le cherche des yeux, il n’est pas là. Je tourne et retourne dans cette salle cherchant sa présence. La peur, la mienne fait battre mon cœur, assise dans la salle d’attente, le moindre bruit me fait sursauter. L’accueil est vide et des personnes se pressent devant le bureau. Je ne les entends plus, les battements de mon cœur résonnent dans mes oreilles. Mes pensées s’envolent, me revoilà 6 ans en arrière.

Elle est arrivée dans mon bureau, elle se tenait droite comme un I, attendant que je lui parle de son logement, de l’accompagnement social et professionnel dont elle pourrait bénéficier. Je me souviens de son regard quand après lui avoir fait visiter l’appartement, je lui ai remis les clés, lui disant simplement : « bienvenue » !

Petit à petit nous nous sommes découvertes, elle avait été prof de danse africaine, dansé dans plusieurs compagnies. Puis elle s’était mariée, son fils était né. Il lui avait été retiré suite à des violences dans le couple, quand ils s’étaient séparés. Sa vie avait alors changé. De la rue, elle avait rencontré la prostitution, au détour d’un bar, cet argent facile elle n’en voulait plus. Elle s’est tournée vers les associations et nous l’avons accueilli un jour de juillet 2002. Ce jour là elle fêtait ses 40 ans.

Elle voulait écrire, monter un spectacle, se remettre à danser, reprendre la vie avec son fils, enfin vivre tout simplement. N’écoutant pas son corps, elle a longtemps nié ses crises, ses absences qui lorsqu’elle trouvait enfin un travail, l’envoyaient souvent aux urgences. Chaque rencontre était pour moi d’une richesse sans fin, nous déjeunions souvent ensembles, j’apprenais sa vie, je voulais qu’elle l’écrive.

Puis un jour, ses crises furent plus violentes. Je l’ai accompagné faire un bilan dans le service de neuro de la Salpêtrière. Le bilan était mauvais, ses crises laissent de nombreuses cicatrices, elle se fragilisait. Elle est allée en maison de repos et durant son séjour, elle a fait une rupture d’anévrisme, lui laissant des séquelles importantes. Elle pleurait, ne pouvait plus écrire, ne se rappelait plus de ses rendez-vous.

Nous nous sommes battus, elle contre la maladie, moi contre le monde entier, tellement je voulais qu’elle vive le mieux possible. Portage de repas, auxiliaire de vie, visites des infirmières à domicile. Kinésithérapie et visites du médecin aussi. Et je parlais de « relogement », négociant avec le bailleur et nous avions gagné…

Chaque semaine, j’allais la voir, soit le matin avec des croissants, parfois quand elle en avait la force, je l’emmenais déjeuner le midi. Cette année, pour ses 46 ans, nous avons déjeuné japonais. Elle ne connaissait pas, elle cherchait sans cesse du piment, pour relever ses plats.

Ce soir, dans cet hôpital, je pleure cette princesse qui n’est plus, Bengali est avec moi, il ne comprend pas, ses larmes coulent sur ses joues, il a 19 ans et tout à coup je vois en lui ce petit garçon de 12 ans, débarquant à nouveau dans la vie de sa maman, après un si long placement. Ses sanglots appellent les miens, et nous sommes là dans ce silence, nous tenant par la main.

Au revoir ma Princesse et merci de tout ce que tu m’as offert. Je rentre chez moi avec dans la tête une image d’un instant volé au temps, juste pour un dernier au-revoir.

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Voici les 28 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
et du métier très dur que vous exercez. Mais comme, ce récit est très dur, j'ai réagi brusquement
 02/09/08 à 19h52
 02/09/08 à 19h41
ylatana
je ne trouve pas les mots pour dire à chacun. Alors à vous tous..... merci !
 02/09/08 à 17h44

la vie apporte des chagrins sans nom qu'il nous faut surmonter vaille que vaille ( l'un de mes collègues à perdu sa mère quand il avait 6 ans...); je le connais depuis des années, mais je l'ai appris ce jour incidemment; il m'est toujours apparu plein d'entrain, souriant souvent, se donnant tant et plus pour les autres !
Un beau moyen de combler de terribles absences dirait Cyrulnik...

*****
qui se finit par ce long voyage qu'on aimerait tant qu'il soit le plus tard possible. Merci de nous le faire partager...
 02/09/08 à 11h55
... s'il pouvait s'en aller doucement, le jour...
je voulais créer une école de danse pour personnes obèses. je l'aurais appelée ainsi : danse avec les lourds.
 02/09/08 à 11h26
*****
Je ne crois pas que l'on puisse se passer de la véritable amitié. Elle illumine la vie et aide à surmonter bien des épreuves.

Maintenant, ta Princesse est passée de l'autre côté de l'arc-en-ciel.

Je forme des voeux pour que Bengali soit heureux et pour que son père et lui se rapprochent.

Toi, pour qui cet été n'a guère été tendre, je t'embrasse très fort et te dis à bientôt.
 02/09/08 à 10h19
 02/09/08 à 10h07
sont émouvantes
Merci de nous avoir fait vivre ce moment ...
 02/09/08 à 10h01
Qu'il est dur ton métier petite Ylatana, mais que tu le fais bien!
ce soir là...sa maman aussi, j'aime à y croire !
 02/09/08 à 09h14
Bilitis
 02/09/08 à 09h08
ylatana
 02/09/08 à 08h59
Je ne sais que miauler.
 02/09/08 à 08h57
Bilitis
cette histoire est bouleversante ,pauvre princesse qui s 'est battue contre la pire des injustices : la maladie
Ton métier est formidable Nataly aider les autres c 'est s 'oublier ,
le vrai don de soi .

continueras tu a voir Bengali ?
a t -il de la famille ?

Je t 'embrasse toi aussi tu es une belle Princesse .