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Tempête dans un cerveau
 Tempête dans un cerveau
rediger un nouveau commentaire sur Une brève histoire du temps, du Big-bang aux trous noirs
catégorie : chronique
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Bref temps de l’histoire.

Ils me l’avaient bien dit.
Ils m’avaient bien averti. Presque menacé. Ils me l’avaient affirmé. Que l’histoire serait furtive, que le temps serait court, que le temps serait couvert, que la brièveté serait rapide comme un éclair. Que je ne verrais rien passer. Que je ne saurais rien voir, rien penser, rien entendre, rien toucher, rien sentir, rien goûter.

Tempête dans un berceau.

J’ai décliné.
Je disais que la rapidité, je l’avais déjà connue, jeune, que le temps s’était déjà affolé il y a longtemps, qu’il s’était déchaîné, qu’il avait fouetté les sens de tout côté, que je l’avais déjà pressenti, que je le l’avais déjà détesté, que je l’avais déjà distillé, que je l’avais déjà dissous dans une amertume infinie.

Alors le vent s’est levé.
Le temps s’est mis alors à hyperévoluer. Il faut ajouter parfois un préfixe pour décrire cette tentative démoniaque, quantique du saut vers l’inconnu. Une hypercolère. Une hyperrapidité. Une hyperfurtivité. Une hyperfluidité qui ramène les équations d’écoulement à un rhume du cerveau. Une hyperbole absurde dans une hyperbrièveté interminable.

Jamais, je dis bien jamais, je sais être professoral, je sais être prévaricateur, je sais inquiéter les ouailles et les poules, les dieux et les foules, jamais, dans l’histoire du monde, le temps n’a été aussi rapide. Jamais dans l’histoire de mon monde, en tout cas. Oui, cela fait redescendre la mayonnaise.

Jamais les nuages n’ont aussi rapidement traversé les fuseaux. Jamais le ciel s’est dilué aussi rapidement de couleurs aussi improbables que délavées. Jamais ce réchauffement climatique n’a rendu la Terre si excitée, sa rotation si folle, les champs magnétiques si tournicotant, dansant la salsa du démon autour de pôles sans emploi au flou continu.

Les saisons ont couru.
Le printemps s’est mué en hiver. L’hiver a transmuté sans neige. L’été n’a imprimé que de très lointains souvenirs où le pays était idyllique, l’esprit virevoltant, l’âme légère. L’automne a gravé le cœur. Il l’a alourdi. Il l’a transpercé. Il l’a transcendé. Il l’a plombé. Il est là, avec son cortège de couleurs fanées, avec son avant-garde de la mort, avec ses trompettes invariables qui aiguisent la défaite, avec ses trompeuses nuances chaudes qui annoncent la lutte finale, le glacis globalisé, la torpeur définitive, le silence irréversible, l’inexistence sans lueur.

J’ai bien songé un jour à poser mon angoisse au bord de la route et reprendre le chemin si désiré de la sérénité et de la sagesse. J’ai bien songé à laisser derrière moi souvenirs et scrupules, espoirs et rancœurs, attentes et impatiences, joies et tristesses.

Je voulais me délivrer de cette violation de ce corps prisonnier, me délivrer de cette dimension sadique de l’espace-temps, refusant tout retour en arrière, refusant toute liberté, imposant le sens unique de la terreur, la flèche intransigeante, agressive, intrusive d’une ligne létale et morbide.

Mais j’ai dévalé à grandes enjambées la pente de l’irréversible vieillesse, à une allure folle, à une vitesse dingue, faisant flasher tous les radars de la beauté et de la quiétude, déroulant le menu des rares années qui restent, surprises de me voir courir sans même m’arrêter, sans même prendre le temps de les goûter, de les comprendre, de les savourer, de les sentir, de les espérer, de les regretter.

Le temps de la pause.
Le temps de la paresse.
Le temps de respirer.

Et j’ai su enfin le secret de la sagesse.
J’ai su que je respirerais enfin,
Seulement à mon dernier souffle.



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Voici les 17 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur

 15/03/14 à 12h01
j'ai été un peu absente, je l'avais loupé celui-là !

un p'tit coup de mou, Jules ?

:_*
 09/03/14 à 09h24
chachashire
https://www.youtube.com/watch?v=xCaDNHuQo3Y&feature=youtube_gdata_player
 08/03/14 à 11h18
...ralentit la course du temps ! En ce sens, il est très réussi !

J'y ai décelé aussi des pointes d'humour parfois (et donc une distance) que j'ai bcp appréciées.
 08/03/14 à 08h52
Très bau com Jules. Comme quoi les scientifiques peuvent aussi être des poètes et des poètes cosmiques.
C'est un peu comme un tragédie grecque actualisée par les connaissances de notre époque.
Commentaire qui me parle assurément (tu sais pourquoi). Mais dis moi, ne serais-tu pas atteint toi aussi par quelque maladie incurable ? Bon nous le sommes tous, nous mourrons tous ! Pour bcp c'est tellement lointain qu'ils n'y pensent guère.
"Tant qu'on est vivant on est éternel !" (je ne sais plus qui a dit ou écrit cela).
très beau com , fort et simplement vrai. Merci , Jules Felix
 07/03/14 à 20h34
Filoxera
tout compte fait,un jour c'est clos.
 07/03/14 à 18h17
remettre les pendules à l'heure!!! très bon com
 07/03/14 à 18h01
Mais sombre ! Les chats sont ils soumis eux aussi à cette pénible fatalité ?
Merci à toi pour ce texte !
Au delà de la quatrième dimension (ou de la septième vie) la force vitale est inaliénable
 07/03/14 à 13h36
 07/03/14 à 13h17
 07/03/14 à 12h48
peponide
c'est une de tes thématiques favorites...
 07/03/14 à 12h46
peponide

*****
 07/03/14 à 12h37
Se laisser surprendre quand,enfin,le Temps suspend son vol..

Emouvant.
 07/03/14 à 11h14
cela ouvre la porte vers des spéculations sans fin. Tout est dépourvu de sens et dans le même temps ouvert à tous les sens possibles.
Vas dans le monde d'Eugène Ionesco , mélange d'abstraction et jugements de valeur
 07/03/14 à 11h03
Abicyclette
c'est fort...fort et amer... autant que mon café de 11h