Les pas de la tortue nous mènent d'abord sur un chemin au pas lent d'une valse, l'harmonium et les échos de voix marchent avec et nous devenons bientôt tortue nous-mêmes, sortie de sa carapace, elle s'ennivre d'images ainsi qu'autant de trilles qui s'ouvrent dans l'espace, modulées par l'orgue électrique: des images de joie, puis de pleurs et de souffrance récréent le jardin où marche la tortue, et ce jardin devient notre esprit, un choeur alors se réveille et s'affirme, après les voix de femmes arrivent des voix d'hommes: mais où sommes-nous avec la tortue, qui est-elle, sommes-nous dans un jardin, dans ses rêves ou dans une église?
Des sirènes ponctuent le ciel de son rêve singulier, là encore des voix de femmes, montant très haut dans l'espace, l'harmonium reste impassible, la tortue s'éplore et se lamente, la voix de Meredith devient grave, des chuchotements, des paroles murmurantes dans l'ombre de ce rêve, des envolées vocales s'entrecroisent avec des parlers singuliers et étrangement complices, se fondent en un chorus et s'entrelacent avec les volutes de l'orgue: décidément, la tortue rêve, et nous avec! Sur la jaquette du disque, quatre humains debouts qui rêvent la tortue, une fois le disque fermé, les quatre humains sont allongés...
Les vocalistes lancent une trille et jonglent avec à bout de corde vocale alors que l'harmonium use la même mélodie jusqu'à la magnifier et ... la tortue reprend, a capella, son appel, l'orgue revient à pas de tortue, prend de l'ampleur alors que la tortue se lance dans sa plainte, le choeur déclamant la plainte de ce songe animal, un peu de glossolalie vient alors, s'éteint peu à peu dans le rire sage de Meredith, l'orgue se fait encore plus liturgique, presque méditatif, ourlant les entrelacs des choristes d'une dentelle de notes simplement vivantes dans l'espace: quatre chanteurs, deux femmes et deux hommes, construisent, déconstruisent et recomposent ce rêve qui semble être toujours semblable à celui de la première enfance, avec un babil savant et vrai, les échos d'un âge révolu pour chacun d'entre-nous: WELL, WHERE ARE WE? Des stries vocales déchirent et convergent vers le sol où l'on retrouve la tortue, les notes de l'harmonium sont toujours les mêmes, parfois un bruit de klaxon surgit, entre les cris de la tortue qui chemine en ce qui déjà est devenu notre rêve: la mélodie est simple et lente, belle, enfantine, l'orgue module des cercles et des arpèges tournent au dessus des choristes qui se taisent, et soudain, le beau rêve est fini...
Un piano, alors, va répéter des mouvements rythmiques doux et aigus: on a changé d'univers. Un piano calme, lui aussi, d'où comme des réfractions dansantes dans le liquide de l'air nous entourent doucement, tandis que les aigus de la main gauche soutiennent encore ce qui reste de notre attention... La mélodie est cyclique, elle tourne, peuple le temps et notre esprit avec... Des notes graves, marche par marche, nous escortent vers quelque lieu que nous savons, puis... "lalalalala" une voix jeune et espiègle, presque d'enfant retentit et ouvre à notre rêve un passage, tiens, une montée chromatique, le piano, lui, sage, la suit, des ronflements de voix sourdes... non, ça n'est pas une voix, mais un autre instrument: à vous de deviner lequel! Des sons de piano-jouet accompagnent Meredith qui s'envole comme un oiseau de nuit dans ce rêve crépusculaire, les accords lointains du piano s'estompent avec la grâce de la voix de la soliste qui voltige et s'éloigne à son tour: vers quel monde? De nouveau un choeur de voix enfantines reveint nous narguer: "nanananana"... Le piano, lui, sérieux, donne du corps à tout ça, et continue sa route, ponctué de mini-instruments qui reviennent à la charge... Et tout soudain se calme, une mélodie douce et aigue revient peupler le songe, comme un lamento, les voix d'enfants reviennent, un bruit d'avion qui part, ça et là, puis: un son éléctronique, tonitruant réveil-rêve, vient nous signifier qu'il est temps, mais de quoi? Tout s'arrête.
Quel est ce bruit de machine: machine à explosion, machine à coudre, bruit sourd et ronflant de quelque corvée agricole, souvenir de Ford d'avant 1917? La machine se rapproche de nous, nous encercle, peste, ronfle de façon rythmique et nous menace, dansant autour de nous...puis,
...un petit carrillon, soudain, encore comme un réveil, et c'est la Chanson d'Ester: Meredith lance des airs de comptine enfantine tout droit sortie d'une cour de récréation, ouf, la machine est oubliée, mais la comptine elle aussi se tait bientôt.
Une voix de femme grave et belle emplit la pièce, des glisandi de voix plutôt, qui montent et qui descendent modulant leurs inflexions autour de l'orgue qui nous est revenu: tout ça est sage, trop? La voix devient soudain grave, remonte, redescend sans prévenir, toujours neuve, toujours belle: Meredith jongle avec sa voix, des trilles montent dans le ciel, retombent et l'orgue les ramasse, la voix revient et enfle avec le filet de l'orgue qui la fait rebondir, monte, tourne sur elle-même, fait un salto, descend, joue avec nos sens et... monte en vrille dans l'air, glossolalie tapissée d'harmonium, vrille d'aigus, serait-ce la tortue qui est revenue, mais... elle rêve encore?
Deux notes d'orgue se répondent, la voix se tourne sur elle-même, glossolalie, tournements, décidément, cette voix est bien le plus bel instrument. On voit des choses d'on ne sait quel univers ni quelle dimenssion, l'harmonium presque liturgique revient tapisser le soir de ce rêve: c'est fini, où sommes-nous?
La pièce est terminée, au fait: n'oubliez pas de ranger la tortue dans vos rêves!
MEREDITH MONK: " Turtle Dreams ", 1983 . CD, ECM Records
Des sirènes ponctuent le ciel de son rêve singulier, là encore des voix de femmes, montant très haut dans l'espace, l'harmonium reste impassible, la tortue s'éplore et se lamente, la voix de Meredith devient grave, des chuchotements, des paroles murmurantes dans l'ombre de ce rêve, des envolées vocales s'entrecroisent avec des parlers singuliers et étrangement complices, se fondent en un chorus et s'entrelacent avec les volutes de l'orgue: décidément, la tortue rêve, et nous avec! Sur la jaquette du disque, quatre humains debouts qui rêvent la tortue, une fois le disque fermé, les quatre humains sont allongés...
Les vocalistes lancent une trille et jonglent avec à bout de corde vocale alors que l'harmonium use la même mélodie jusqu'à la magnifier et ... la tortue reprend, a capella, son appel, l'orgue revient à pas de tortue, prend de l'ampleur alors que la tortue se lance dans sa plainte, le choeur déclamant la plainte de ce songe animal, un peu de glossolalie vient alors, s'éteint peu à peu dans le rire sage de Meredith, l'orgue se fait encore plus liturgique, presque méditatif, ourlant les entrelacs des choristes d'une dentelle de notes simplement vivantes dans l'espace: quatre chanteurs, deux femmes et deux hommes, construisent, déconstruisent et recomposent ce rêve qui semble être toujours semblable à celui de la première enfance, avec un babil savant et vrai, les échos d'un âge révolu pour chacun d'entre-nous: WELL, WHERE ARE WE? Des stries vocales déchirent et convergent vers le sol où l'on retrouve la tortue, les notes de l'harmonium sont toujours les mêmes, parfois un bruit de klaxon surgit, entre les cris de la tortue qui chemine en ce qui déjà est devenu notre rêve: la mélodie est simple et lente, belle, enfantine, l'orgue module des cercles et des arpèges tournent au dessus des choristes qui se taisent, et soudain, le beau rêve est fini...
Un piano, alors, va répéter des mouvements rythmiques doux et aigus: on a changé d'univers. Un piano calme, lui aussi, d'où comme des réfractions dansantes dans le liquide de l'air nous entourent doucement, tandis que les aigus de la main gauche soutiennent encore ce qui reste de notre attention... La mélodie est cyclique, elle tourne, peuple le temps et notre esprit avec... Des notes graves, marche par marche, nous escortent vers quelque lieu que nous savons, puis... "lalalalala" une voix jeune et espiègle, presque d'enfant retentit et ouvre à notre rêve un passage, tiens, une montée chromatique, le piano, lui, sage, la suit, des ronflements de voix sourdes... non, ça n'est pas une voix, mais un autre instrument: à vous de deviner lequel! Des sons de piano-jouet accompagnent Meredith qui s'envole comme un oiseau de nuit dans ce rêve crépusculaire, les accords lointains du piano s'estompent avec la grâce de la voix de la soliste qui voltige et s'éloigne à son tour: vers quel monde? De nouveau un choeur de voix enfantines reveint nous narguer: "nanananana"... Le piano, lui, sérieux, donne du corps à tout ça, et continue sa route, ponctué de mini-instruments qui reviennent à la charge... Et tout soudain se calme, une mélodie douce et aigue revient peupler le songe, comme un lamento, les voix d'enfants reviennent, un bruit d'avion qui part, ça et là, puis: un son éléctronique, tonitruant réveil-rêve, vient nous signifier qu'il est temps, mais de quoi? Tout s'arrête.
Quel est ce bruit de machine: machine à explosion, machine à coudre, bruit sourd et ronflant de quelque corvée agricole, souvenir de Ford d'avant 1917? La machine se rapproche de nous, nous encercle, peste, ronfle de façon rythmique et nous menace, dansant autour de nous...puis,
...un petit carrillon, soudain, encore comme un réveil, et c'est la Chanson d'Ester: Meredith lance des airs de comptine enfantine tout droit sortie d'une cour de récréation, ouf, la machine est oubliée, mais la comptine elle aussi se tait bientôt.
Une voix de femme grave et belle emplit la pièce, des glisandi de voix plutôt, qui montent et qui descendent modulant leurs inflexions autour de l'orgue qui nous est revenu: tout ça est sage, trop? La voix devient soudain grave, remonte, redescend sans prévenir, toujours neuve, toujours belle: Meredith jongle avec sa voix, des trilles montent dans le ciel, retombent et l'orgue les ramasse, la voix revient et enfle avec le filet de l'orgue qui la fait rebondir, monte, tourne sur elle-même, fait un salto, descend, joue avec nos sens et... monte en vrille dans l'air, glossolalie tapissée d'harmonium, vrille d'aigus, serait-ce la tortue qui est revenue, mais... elle rêve encore?
Deux notes d'orgue se répondent, la voix se tourne sur elle-même, glossolalie, tournements, décidément, cette voix est bien le plus bel instrument. On voit des choses d'on ne sait quel univers ni quelle dimenssion, l'harmonium presque liturgique revient tapisser le soir de ce rêve: c'est fini, où sommes-nous?
La pièce est terminée, au fait: n'oubliez pas de ranger la tortue dans vos rêves!
MEREDITH MONK: " Turtle Dreams ", 1983 . CD, ECM Records
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Voici les 9 dernières réactions à ce commentaire
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... le -lui demander!?!
superbe
et je range la tortue quelque part dans mes rêves !Je n'ai jamais pu faire du crochet comme ma mère qui était couturière d'art, alors merci de ce compliment: les ouvrages de mots sont aussi fragiles que les rêves, mais j'ai aimé le rêve de la tortue, sans doute étant par trop tortueux moi-même et si lent... si lent... Merci à vous!
et à vous pour cette "dentelle" de mots !
.. mais tout commence par un frémissement!
Surtout dans l'art vocal de Madame Monk: mon écriture n'est rien, c'est elle qui a dicté ces pauvres mots, merci à elle, donc.
Surtout dans l'art vocal de Madame Monk: mon écriture n'est rien, c'est elle qui a dicté ces pauvres mots, merci à elle, donc.
simple et ça me berce !



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68luck
publié le 17 août 08