Marseille une nuit d’octobre. Un milieu de semaine l’année dernière, environ 23 heures et pas la place pour raconter pourquoi j’ai choisi de passer quelque mois dans cette ville. Pour faire simple, on peut appeler ça une légère erreur de parcours.
Marseille au premier tiers de l’automne ressemble à s’y méprendre à Marseille en été. A quelques différences près tout de même – la principale étant que les nuits sont un rien plus fraîches. Sinon, pour le reste, il y a toujours autant de sacs en plastique par terre et aussi une certaine sauvagerie dans l’air qui fait dire qu’on est bien ici et pas ailleurs.
Une vue que j’aime bien est celle sur le vieux port quand on arrive par le haut de la Canebière. Je l’aime bien, c’est vrai, mais sans l’aimer autant que je l’aimerais si j’étais né ici. Marseille est une ville que je ne comprends que partiellement, comme si elle gardait pour elle certaines des clés qui ouvrent ses portes. Ça me fait un peu drôle. Peut-être parce que ma ville natale est un autre port, Saint-Nazaire, dont le blason est une clé et dont la devise dit : elle ouvre et personne ne ferme. En latin, ça donne Aperit et nemo claudit.
Marseille me fait penser à une très belle fille qui couche dès le premier soir et considère ensuite qu’elle n’a plus aucune obligation envers vous. Elle entretient quand même le désir en continuant à vous faire de l’œil. Les sourires qu’elle vous adresse ne viennent pas du cœur, mais de son compteur. Piégé, dans l’attente d’une deuxième nuit qui ne viendra jamais, vous continuer à penser qu’elle est la plus belle fille du monde. Elle n’espérait rien d’autre de vous. Inutile de compter sur elle. Tous les soirs elle se donne à un autre, dont elle attend des compliments, des flatteries.
Bien sûr, il y a les calanques qui sont d’une beauté à chavirer. Mais bon, quand on a tissé des liens intimes avec les plages atlantiques dès l’enfance, on ne les aborde pas comme ça, les calanques. Elles non plus, comme la ville, elle ne se donne pas facilement – mais ceci est juste une parenthèse.
Donc la Canebière une nuit d’octobre à 23 heures l’année dernière. Pour une fois je ne suis pas dans le sens de la descente. Au contraire, je tourne le dos au vieux port et je marche tranquillement vers le commissariat, où je viens déposer une plainte.
Je raconte ? Non, je ne raconte pas. Peut-être un jour quand j’aurai digéré. Là ça bloque encore un peu. Tout ce que je veux bien dire, c’est que je viens de me faire escroquer en beauté et avec talent comme dans un vrai roman policier. Je suis tombé sur un as. J’ai presque de l’admiration pour lui tellement il a joué subtil et je me trouve ringue de chez ringue – pigeon que je suis, je vais pouvoir chanter mon truc en plume avec beaucoup de réalisme. En fait, ce sera un show, une comédie musicale, parce que des comme moi, y en a d’autres.
De l’extérieur, le commissariat de la Canebière est une très belle vitrine. Une salle d’attente spacieuse et épurée avec des bancs chromés. A mes côtés, un garçon et une fille d’environ 25 ans, charmants, agréables, un peu secoués tout de même qu’on leur ait arraché leur téléphone en pleine rue Saint Ferréol. C’est comme ça, il y a des choses à ne pas faire rue Saint Ferréol.
Et voilà mon tour d’être reçu par un OPJ dans un petit bureau minable, où la peinture est complètement écaillée. L’OPJ a le nez rouge, à cause de la clim qui lui tombe complètement sur les épaules. Il n’y a pas moyen de régler la température, c’est une épidémie, les poulets sont tous gelés, ça fait pitié à voir.
Je lui raconte ma petite histoire dans les moindres détails, sans oublier celui qui tue, qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille : mon escroc, il y avait avec lui sa fiancée qui s’appelait devinez comment ? Malicia, la chérie, je jure que c’est vrai. Au passage, mon gros nez rouge se permet une remarque un peu sèche sur ma naïveté. Je sais bien qu’il a raison, dans le fond, mais pour le principe, je réplique d’une petite phrase calme mais coupante du genre « oui, mais que je sache je ne suis pas venu recevoir une leçon de courtoisie de votre part. » Ce qui, me semble-t-il, est le minimum que je me devais de lui répondre.
Et là, voilà qu’il ajoute que mon haleine lui semble parfumée, qu’il sent des effluves – oui, des effluves, monsieur, et la procédure de nuit l’oblige à me faire passer un éthylotest avant de continuer à enregistrer ma plainte. Il m’explique que j’ai le droit à 0,5. Et si je les dépasse ? Et bien dans ce cas, il m’incombe de faire quatre ou cinq fois le tour du pâté de maisons et de revenir dans mettons une heure.
Je ne me dégonfle pas. Bien sûr qu’il peut en constater, des effluves. C’est bien la moindre des choses, que je lui explique. Parce que, juste après avoir réalisé que je venais de me faire avoir comme un bleu, j’ai estimé de mon droit de m’offrir deux verres de très bon Côtes du Rhône, c’est bien un minimum, à mon sens – et du très bon, tant qu’à faire. Et, sur le chemin, je me suis également permis de déguster une bière d’abbaye très fraîche, parce que j’avais un peu les nerfs. Après quoi je suis venu tranquillement à pied, sans attacher ma ceinture, une promenade d’une petite demi-heure environ.
Et, foutu pour foutu, je souffle très fort dans le machin, à pleins poumons, comme si je voulais gonfler le Hindenburg mais réellement persuadé que je vais lui faire exploser son compteur au nez. Combien ? 0, 15. Et la morale de cette histoire est don que si vous devez aller porter plainte une nuit dans un commissariat, c’est mieux d’avoir du réglisse sur vous. Et que si vous connaissez un type maqué avec une prénommée Malicia, il est préférable de vous en tenir à l’écart.
Marseille au premier tiers de l’automne ressemble à s’y méprendre à Marseille en été. A quelques différences près tout de même – la principale étant que les nuits sont un rien plus fraîches. Sinon, pour le reste, il y a toujours autant de sacs en plastique par terre et aussi une certaine sauvagerie dans l’air qui fait dire qu’on est bien ici et pas ailleurs.
Une vue que j’aime bien est celle sur le vieux port quand on arrive par le haut de la Canebière. Je l’aime bien, c’est vrai, mais sans l’aimer autant que je l’aimerais si j’étais né ici. Marseille est une ville que je ne comprends que partiellement, comme si elle gardait pour elle certaines des clés qui ouvrent ses portes. Ça me fait un peu drôle. Peut-être parce que ma ville natale est un autre port, Saint-Nazaire, dont le blason est une clé et dont la devise dit : elle ouvre et personne ne ferme. En latin, ça donne Aperit et nemo claudit.
Marseille me fait penser à une très belle fille qui couche dès le premier soir et considère ensuite qu’elle n’a plus aucune obligation envers vous. Elle entretient quand même le désir en continuant à vous faire de l’œil. Les sourires qu’elle vous adresse ne viennent pas du cœur, mais de son compteur. Piégé, dans l’attente d’une deuxième nuit qui ne viendra jamais, vous continuer à penser qu’elle est la plus belle fille du monde. Elle n’espérait rien d’autre de vous. Inutile de compter sur elle. Tous les soirs elle se donne à un autre, dont elle attend des compliments, des flatteries.
Bien sûr, il y a les calanques qui sont d’une beauté à chavirer. Mais bon, quand on a tissé des liens intimes avec les plages atlantiques dès l’enfance, on ne les aborde pas comme ça, les calanques. Elles non plus, comme la ville, elle ne se donne pas facilement – mais ceci est juste une parenthèse.
Donc la Canebière une nuit d’octobre à 23 heures l’année dernière. Pour une fois je ne suis pas dans le sens de la descente. Au contraire, je tourne le dos au vieux port et je marche tranquillement vers le commissariat, où je viens déposer une plainte.
Je raconte ? Non, je ne raconte pas. Peut-être un jour quand j’aurai digéré. Là ça bloque encore un peu. Tout ce que je veux bien dire, c’est que je viens de me faire escroquer en beauté et avec talent comme dans un vrai roman policier. Je suis tombé sur un as. J’ai presque de l’admiration pour lui tellement il a joué subtil et je me trouve ringue de chez ringue – pigeon que je suis, je vais pouvoir chanter mon truc en plume avec beaucoup de réalisme. En fait, ce sera un show, une comédie musicale, parce que des comme moi, y en a d’autres.
De l’extérieur, le commissariat de la Canebière est une très belle vitrine. Une salle d’attente spacieuse et épurée avec des bancs chromés. A mes côtés, un garçon et une fille d’environ 25 ans, charmants, agréables, un peu secoués tout de même qu’on leur ait arraché leur téléphone en pleine rue Saint Ferréol. C’est comme ça, il y a des choses à ne pas faire rue Saint Ferréol.
Et voilà mon tour d’être reçu par un OPJ dans un petit bureau minable, où la peinture est complètement écaillée. L’OPJ a le nez rouge, à cause de la clim qui lui tombe complètement sur les épaules. Il n’y a pas moyen de régler la température, c’est une épidémie, les poulets sont tous gelés, ça fait pitié à voir.
Je lui raconte ma petite histoire dans les moindres détails, sans oublier celui qui tue, qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille : mon escroc, il y avait avec lui sa fiancée qui s’appelait devinez comment ? Malicia, la chérie, je jure que c’est vrai. Au passage, mon gros nez rouge se permet une remarque un peu sèche sur ma naïveté. Je sais bien qu’il a raison, dans le fond, mais pour le principe, je réplique d’une petite phrase calme mais coupante du genre « oui, mais que je sache je ne suis pas venu recevoir une leçon de courtoisie de votre part. » Ce qui, me semble-t-il, est le minimum que je me devais de lui répondre.
Et là, voilà qu’il ajoute que mon haleine lui semble parfumée, qu’il sent des effluves – oui, des effluves, monsieur, et la procédure de nuit l’oblige à me faire passer un éthylotest avant de continuer à enregistrer ma plainte. Il m’explique que j’ai le droit à 0,5. Et si je les dépasse ? Et bien dans ce cas, il m’incombe de faire quatre ou cinq fois le tour du pâté de maisons et de revenir dans mettons une heure.
Je ne me dégonfle pas. Bien sûr qu’il peut en constater, des effluves. C’est bien la moindre des choses, que je lui explique. Parce que, juste après avoir réalisé que je venais de me faire avoir comme un bleu, j’ai estimé de mon droit de m’offrir deux verres de très bon Côtes du Rhône, c’est bien un minimum, à mon sens – et du très bon, tant qu’à faire. Et, sur le chemin, je me suis également permis de déguster une bière d’abbaye très fraîche, parce que j’avais un peu les nerfs. Après quoi je suis venu tranquillement à pied, sans attacher ma ceinture, une promenade d’une petite demi-heure environ.
Et, foutu pour foutu, je souffle très fort dans le machin, à pleins poumons, comme si je voulais gonfler le Hindenburg mais réellement persuadé que je vais lui faire exploser son compteur au nez. Combien ? 0, 15. Et la morale de cette histoire est don que si vous devez aller porter plainte une nuit dans un commissariat, c’est mieux d’avoir du réglisse sur vous. Et que si vous connaissez un type maqué avec une prénommée Malicia, il est préférable de vous en tenir à l’écart.
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Voici les 21 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
et le mien qui y ressemble "à quelques lettres près"... étant "marseillaise"..
je jure que ça n'etait pas moi!!!
je jure que ça n'etait pas moi!!!
pas passés depuis un bon moment...
ou qui regarde trop la tv!
ou qui regarde trop la tv!
ça se lit bien. Chourmon préféré;
Touslesbato, Cassis, oui. Et la Ciotat peu-être encore un peu plus. Mais la route des Crêtes, un dadais comme moi ça vomit à tous les coups. Bonjour les copines qui conduisent.
Touslesbato, Cassis, oui. Et la Ciotat peu-être encore un peu plus. Mais la route des Crêtes, un dadais comme moi ça vomit à tous les coups. Bonjour les copines qui conduisent.
comme une ville aussi bordélique, aussi sale, peut être attirante
mais elle est belle et vivante
et cette lumière...
et puis un petit détour vers cassis en passant par les calanques est tellement agréable
très bien écrit (as usual) ton com
mais elle est belle et vivante
et cette lumière...
et puis un petit détour vers cassis en passant par les calanques est tellement agréable
très bien écrit (as usual) ton com
chouette lecture
ça va me demander un effort de créativité - à part la grande rôtisserie, je ne vois pas pour à commencer. Pourquoi y avait pas des filles respectables comme toi, à Marseilles ?
t'as bien compris cette histoire de goélands, ils étaient magiques et partageurs, des anges.
Loopy, j'ai pas regardé l'étiquette sur la bouteille. C'est une dame de 78 ans qui m'a servit la rasade dans son salon, hongroise de nationalité américaine, et j'hésite pas à le dire : la plus belle femme du monde, les goélands, c'était devant sa fenêtre.
Loopy, j'ai pas regardé l'étiquette sur la bouteille. C'est une dame de 78 ans qui m'a servit la rasade dans son salon, hongroise de nationalité américaine, et j'hésite pas à le dire : la plus belle femme du monde, les goélands, c'était devant sa fenêtre.
comme Côte du Rhône ?
à part cet extrait de Maria Bonita " la bahiana de la Joliette" :
http://musique.fluctuat.net/bernard-lavilliers/maria-bonita-ecoute188954.html
http://musique.fluctuat.net/bernard-lavilliers/maria-bonita-ecoute188954.html

sur les hauteurs de la ville et ***** of course !
LN de nuit, dans un commisariat, on ne prend pas les plaintes des gens qui ont l'haleine parfumée. ça m'a surpris aussi, d'autant plus que je pense que j'avais l'air sobre. Paraît que c'est la procédure. Alors si c'est la procédure...
Stétho, STP faudra m'expliquer le" épingler à quelques lettres près" - là je suis en mode non comprendo.
Allo-oui, comme me l'a confirmé une napolitaine à Marseille, Naples est la marseille italienne. (je pense à ce que tu sais)
Douve, t'es née où ?
No-nox : bisouX
Aubordufleuve : Merci d'avoir confirmé, j'avais peur d'avoir jugé hâtivement. Marseille est donc une pute qui prend très cher/
No-Nox : Bisoux
On trouve quand même de jolies choses à Marseille : par exemple, un jour sur un toit, un ménage de goélands à trois. Et c'était très harmonieux.
Et comme d'hab', un gros lien de pute vers mon blog :
http://kranzler.over-blog.com/
Stétho, STP faudra m'expliquer le" épingler à quelques lettres près" - là je suis en mode non comprendo.
Allo-oui, comme me l'a confirmé une napolitaine à Marseille, Naples est la marseille italienne. (je pense à ce que tu sais)
Douve, t'es née où ?
No-nox : bisouX
Aubordufleuve : Merci d'avoir confirmé, j'avais peur d'avoir jugé hâtivement. Marseille est donc une pute qui prend très cher/
No-Nox : Bisoux
On trouve quand même de jolies choses à Marseille : par exemple, un jour sur un toit, un ménage de goélands à trois. Et c'était très harmonieux.
Et comme d'hab', un gros lien de pute vers mon blog :
http://kranzler.over-blog.com/
sur ta façon d'évoquer Marseille.
très sensible à ton style, je ne connais pas bien Marseille, mais j'adore ta façon de l'évoquer, je me demande comment tu croquerais ma ville natale 

sur ton style d'écriture , tu le sais : j'aime bien .
Sinon il y a un trés beau livre de Tahar Ben Jelloun où il superpose et entremèle la vie de 2 femmes et celle de Naples , magnifique, à lire !
Sinon il y a un trés beau livre de Tahar Ben Jelloun où il superpose et entremèle la vie de 2 femmes et celle de Naples , magnifique, à lire !
06/08/08 à 15h16
jamais retourné.


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brianRobert
publié le 6 août 08