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Je suis une corbeille à fleurs artificielles déposée au milieu d’une grande table au centre du bureau d’un directeur de lycée.
Voilà des années que je suis là, je connais donc presque la totalité des directeurs passés par ce bureau.
Et chacun , dès son arrivée dépose une plaque noire écrite en lettres dorées, fines ou en gras, selon le degré de discrétion du directeur, affichant son nom et prénom et sa fonction, comme si on ne le savait pas .
.
Mon premier directeur était monsieur Chadly, un homme gentil et sensible, si bien qu’une surveillante travaillant au lycée s’est jurée devant certains professeurs femmes, de le mettre dans sa poche. C’était une femme qui savait de quoi elle parlait et savait ce qu’elle faisait.
Quelques mois ne s'étaient pas passés que le pauvre homme en était tombé amoureux.
Et depuis il était manipulé par cette dame pour se retrouver à la fin impliqué dans une affaire de fraude, pour satisfaire aux besoins insatiables de cette personne peu scrupuleuse.
Il était passé par le conseil de discipline, et a été démis de ses fonctions. Les professeurs du lycée l'avaient regretté, et surtout l'avaient plaint pour sa naïveté.
Son remplaçant , monsieur Mohamed, était professeur d’histoire géo au même lycée.
Il a passé quelques années mouvementées à ce poste, sa relation était très tendue avec ses anciens collègues, car , à quelques ecceptions près, dès qu'un prof devient directeur, il se retourne contre ses collègues.
A son époque, deux profs ont été sanctionnés de trois mois de mise à pied à cause des cours en particulier. Il a été lui aussi muté dans un autre lycée.
L’année suivante, c’était monsieur Sami, un jeune directeur menu, si bien que lorsqu’il se mélangeait avec les élèves, il n’y avait que son costume et sa cravate qui le distinguaient d’eux.
Malheureusement, parce qu’il a voulu être neutre dans sa relation avec les instances politiques locales, qu’il a refusé la pression que voulaient exercer sur lui les responsables locaux du parti au pouvoir, qu’il n’assistait pas souvent à leurs réunions politiques ,qu’il n’a pas été suffisamment efficace pour sanctionner les lycéennes portant le voile, il a été démis de ses fonctions , on l’a renvoyé à la classe d’où il était venu. Il en a récolté une dépression nerveuse.
Le surveillant général, monsieur Farouk , a été désigné temporairement par la direction régionale de l’enseignement pour remplacer le directeur démis.
C’était le plus gentil de tous. Il était très calme, toujours souriant, il ne se mettait jamais en colère, il écoutait patiemment tout le monde, essayait de régler tous les problèmes à l’amiable. Je crois que le bureau n’a jamais connu et ne connaîtra jamais plus, pareille trêve.
Le poste de directeur lui a plu, c’est pour cette raison que l’année suivante il a participé au mouvement de mutation des directeurs en demandant un poste dans sa ville natale au sud de la Tunisie et il l’a obtenu facilement car les villes de l’intérieur ne sont pas convoitées dans ces mouvements, la concurrence est surtout forte pour les villes côtières et en particulier celles du nord.
A sa place, il y a eu monsieur Radhi qui était à quelques années de la retraite. Il était directeur dans un lycée à Hammamet. Il parait qu’il était muté à ce lycée par sanction. C ‘était le directeur le plus antipathique de tous. Il était toujours enfermé dans le bureau, il ne sortait presque jamais voir ce qui se passait dans la cour du lycée, il ne répondait pas aux salutations des profs et ces derniers ne l’appréciaient pas du tout. Quand il parlait, il faisait de longues poses, ses auditeurs devraient être très patients pour l’écouter jusqu’au bout.
Et puis cette année, je croyais que ce serait le même directeur jusqu’à sa retraite, mais il a été démis lui aussi de ses fonctions, personne ne savait pourquoi, il parait qu’il était heureux de reprendre le cartable et c’est tant mieux pour lui.
On l’a remplacé par un autre, monsieur Mahdi, qui était l’année dernière professeur au même lycée. Dès qu’il atterrit dans ce bureau, il a fait installer un climatiseur ce qui a déclenché une vague de protestation chez les autres employés de l’administration dont les bureaux étaient très petits et devenaient une fournaise avec la chaleur.
Ce directeur qui était très connu par son implication dans le parti au pouvoir et qui cassait toujours les grèves des profs, était méprisé par presque tous ses collègues. Rares étaient ceux qui le fréquentaient et lui adressaient la parole.
Cette année , dès son premier contact avec les profs, il leur a parlé dans un langage empreint d’orde menace « celui qui ne…..sera….. » , ce qui a mis tout le monde mal à l’aise, et a déclenché certaines réaction violentes de la part de certains d'eux.
Moi la corbeille à fleurs, qui ne bougeais ni ne parlais, j’entendais et je voyais.
Il me faudra des heures et des heures pour tout vous raconter.
Je ne vous ai pas parlé de ce qui se passait au bureau quand la porte est fermée, les ouvriers qui se dénonçaient les uns les autres, qui rapportaient au sujet des profs qui parlaient au téléphone durant les cours, qui ne rejoignaient pas tout de suite leur salle de classe…
Je ne vous ai pas parlé des profs qui venaient lécher les bottes du directeur pour avoir les meilleurs classes et les meilleurs emploi du temps.
Je ne vous ai pas non plus parlé des combines pour casser les profs de forte tête qui ne se pliaient pas aux « recommandations » du directeur, ainsi que des profs qui font partie de l’opposition,.
Je ne vous ai pas parlé des enveloppes fermées que recevaient certains d’entre eux pour ne pas faire passer un élève par le conseil de discipline.
Je ne vous ai pas parlé des débats souvent houleux avec les profs syndicalistes au sujet de demandes dont certaines dataient de plus d’une dizaine d’années , comme la création d’une buvettes pour les profs, l’agrandissement de la salle des profs, une salle de permanence pour les élèves qui passaient les heures creuses dans la rue, un parking pour les profs, des produits pour les labos….
Je ne vous ai pas non plus parlé des élèves qui passaient par le conseil de discipline, et leurs réactions qui me faisaient tantôt rire tantôt pleurer, tantôt me mettaient en colère, comme l 'histoire de ce gosse qui a été témoin de la confiscation de deux registres d’appel par de ses camarades de classe afin de s’absenter comme ils le voulaient et présenter aux profs les registres où leur absence n’était pas marquée. Un prof s’est aperçu du subterfuge et s’est plaint à l’administration. Après l’enquête on a identifié les responsables qui ont impliqué avec eux le témoin et l’on menacé de représailles en dehors du lycée s’il dit quoi que ce soit.
Et bien, durant le conseil, il n’a fait que pleurer, et il a eu un renvoi de 15 jours tout comme les coupables. Il en est tombé malade.
Moi, la corbeille à fleurs , si mes impressions sont bonnes, cette année promet d’être la plus chaude. Déjà, les profs menacent de bouger si le directeur continue à les traiter comme des moins que rien. Aussi, ai-je commencé à craindre pour mes pétales qui ne sont pas aussi solides qu'elles l 'étaient il y a quelques années. Beaucoup de mains les ont distraitement touchées, tripotées et même gratté les minuscules paillettes dorées qui les décoraient.
( avec un soupir) Comme ce serait bien si on me mute au bureau des secrétaires!
Au moins là, je serai au calme, j 'écouterai de la musique, et j'entendrai d'autres histoires plus intéressante peut-être, qui me changeraient de ce que j 'ai entendu jusqu'à présent.
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Voici les 21 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
Bizz Plume
Hman, je ne sais pas, il faudrait peut-être le lui demander.
Voltuan, ça se passe peut-être ailleurs , dans les autres bureaux.
Janis, merci beaucoup, ravie de te retrouver sur mon comm.
Kavalier, la bassesse n 'a pas de lieux spécifiques malheureusement.
Ma chère Allo-oui, tu me fais rougir. bises
Bien mal, ah non, pas question! j 'emmènerai bien la corbeille avec moi en classe, mais je n 'ai jamais été tentée par le poste de directeur ou d'inspecteur. Je suis bien là où je suis.
Voltuan, ça se passe peut-être ailleurs , dans les autres bureaux.
Janis, merci beaucoup, ravie de te retrouver sur mon comm.
Kavalier, la bassesse n 'a pas de lieux spécifiques malheureusement.
Ma chère Allo-oui, tu me fais rougir. bises
Bien mal, ah non, pas question! j 'emmènerai bien la corbeille avec moi en classe, mais je n 'ai jamais été tentée par le poste de directeur ou d'inspecteur. Je suis bien là où je suis.

tu as raison,, moi non plus je ne voudrais pas être une corbeille à fleurs.
merci pour les fleurs
merci pour les fleurs

ainsi la corbeille à fleurs n'aurait plus à se plaindre...
pas bien jolies, que dirait la corbeille à papiers ???
Mais les murs de Ta classe eux qui ont des oreilles doivent pouvoir raconter de belles interpellations, interrogations , ouverture sur une autre façon de penser !
Ces murs devraient parler de l'ouverture d'esprit, de respect, de droiture, de justice , non ?
Mais les murs de Ta classe eux qui ont des oreilles doivent pouvoir raconter de belles interpellations, interrogations , ouverture sur une autre façon de penser !
Ces murs devraient parler de l'ouverture d'esprit, de respect, de droiture, de justice , non ?

je m 'excuse, je reviens juste du travail, trop fatiguée pour répondre à chacun en particulier.
la bassese humaine..dans un lieu d'éducation..
pauvre corbeille ..à fleurs..
pauvre corbeille ..à fleurs..
15/10/08 à 15h46
ne soient éternelles..L'important c'est que nous conservions nos convictions d'humain,notre liberté d'être.
15/10/08 à 15h31
*****


et merci toujours pour les liens
Amicalement
Amicalement
Joliment raconté l 'histoire de votre pays plumeB .
5 fleurs pour vous .


Je réagis à ce commentaire en
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plume B
publié le 15 oct. 08