"Classes tous risques" is one of the best "gangsters" films noirs France has ever produced.
Nos amis anglophones ont le sens du raccourci et la formule juste. Tout est dit. De là à rajouter que ce film dépasse les réalisations de Jean-Pierre Melville, c'est une autre histoire… Le samouraï, film silencieux, en dit plus que les longs discours. Même anglophiles.
Le scénario de ce polar est très classique : Abel Davos (Lino Ventura), voyou aux abois, rentre en France pour tenter un dernier coup. En cavale, il réclame l’aide de ses vieux amis. Ces derniers le trahissent petit à petit. Abel règlera ses comptes. Seul, Eric Starck (Jean-Paul Belmondo), jeune dandy au grand cœur, le soutiendra jusqu’au bout.
Classe tous risques c'est un réalisateur, Claude Sautet ; un écrivain, scénariste et dialoguiste, José Giovanni ; un compositeur Georges Delerue ; des acteurs : Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo...
Je ne parlerais pas de Sautet : trop connu…
José Giovanni, de son vrai nom Joseph Damiani, mérite un détour. Né en 1923 en Corse et mort en 2004, écrivain, scénariste, dialoguiste mais aussi résistant et taulard condamné à mort et gracié. On lui doit pratiquement tous les scénarios « noirs » du cinéma français : au moins 30 films à son actif : la Scoumoune, les Aventuriers, le Deuxième souffle, le Clan des siciliens... Personnage haut en couleurs, militant contre la peine de mort et défendant aussi - paradoxalement ? - la notion de «vendetta»... Dans ce film, Giovanni ne cache pas son parti-pris pour Abel. Il le présente comme un homme usé par la vie, chérissant ses enfants et souhaitant faire un dernier coup pour mettre sa petite famille à l’abri du besoin: « bouger seul, une seule fois, pour le compte ».
Il y a enfin Delerue, formidable compositeur, qui, comme François de Roubaix, sait trouver la mélodie juste, un petit thème sans fioritures pour accompagner une vie qui s’achève au petit matin, dans la cour d’une prison, face au destin.
Ce film est juste et maladroit comme un premier vrai grand film : les anciens amis d’Abel font un peu carton pâte : Riton et Raoul ne sont pas trop crédibles en « hommes du mitan », ressemblant plus à des voituriers de chez Prunier qu'à des chefs de bande. Gibelin (l’inénarrable Marcel Dalio), décorateur, mais aussi receleur, campe un personnage trop évident, cupide et lâche. Les enfants d'Abel sont trop appliqués, la mort violente de Thérèse (femme d'Abel) est trop rapidement traitée.
Mais les défauts de jeunesse, les tics de l’époque (1959) et sans doute les compromis commerciaux ne masquent pas les traits de génie du réalisateur. Comment ne pas relever la gestuelle autour de la cigarette de Raymond (Stan Krol, toujours très juste) avant l’agression des encaisseurs : tension, décision, action : tout le film noir est là. Quelques minutes après, Abel et Raymond quittent Milan. En pleine ville, la caméra nous montre discrètement qu’ils franchissent une ligne blanche… Force du symbole. Les dés sont jetés. Pas d’échappatoire…
Ici encore, l’utilisation du noir et blanc est approprié : il résume les choix manichéens qui restent à l’homme traqué : tué ou être tué…
Abel Danos (juste une lettre changée), a bel et bien existé. Surnommé le Mammouth, cet ancien des bataillons d'Afrique, du gang des tractions avant, compère de Pierrot le Fou… a travaillé pour la Gestapo Française, rue Lauriston… Mais d'autres témoins assurent qu'il faisait partie de la Résistance depuis 1942… L'ami d'Abel, Raymond Naldy s'appelait en fait Raymond Naudy : était-il un proxénète toulousain ou un véritable FFI ? Les débats sont toujours d’actualité. Ambigüité des époques troublées…
Toujours est-il qu’Abel Danos fut fusillé au Fort de Montrouge le 14 mars 1952 à 7 h 26.
Giovanni ne dit rien de tout cela, lui qui avait rencontré (connaissait ?) Abel Danos… et qui choisit de le réhabiliter dans ce polar.
Nos amis anglophones ont le sens du raccourci et la formule juste. Tout est dit. De là à rajouter que ce film dépasse les réalisations de Jean-Pierre Melville, c'est une autre histoire… Le samouraï, film silencieux, en dit plus que les longs discours. Même anglophiles.
Le scénario de ce polar est très classique : Abel Davos (Lino Ventura), voyou aux abois, rentre en France pour tenter un dernier coup. En cavale, il réclame l’aide de ses vieux amis. Ces derniers le trahissent petit à petit. Abel règlera ses comptes. Seul, Eric Starck (Jean-Paul Belmondo), jeune dandy au grand cœur, le soutiendra jusqu’au bout.
Classe tous risques c'est un réalisateur, Claude Sautet ; un écrivain, scénariste et dialoguiste, José Giovanni ; un compositeur Georges Delerue ; des acteurs : Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo...
Je ne parlerais pas de Sautet : trop connu…
José Giovanni, de son vrai nom Joseph Damiani, mérite un détour. Né en 1923 en Corse et mort en 2004, écrivain, scénariste, dialoguiste mais aussi résistant et taulard condamné à mort et gracié. On lui doit pratiquement tous les scénarios « noirs » du cinéma français : au moins 30 films à son actif : la Scoumoune, les Aventuriers, le Deuxième souffle, le Clan des siciliens... Personnage haut en couleurs, militant contre la peine de mort et défendant aussi - paradoxalement ? - la notion de «vendetta»... Dans ce film, Giovanni ne cache pas son parti-pris pour Abel. Il le présente comme un homme usé par la vie, chérissant ses enfants et souhaitant faire un dernier coup pour mettre sa petite famille à l’abri du besoin: « bouger seul, une seule fois, pour le compte ».
Il y a enfin Delerue, formidable compositeur, qui, comme François de Roubaix, sait trouver la mélodie juste, un petit thème sans fioritures pour accompagner une vie qui s’achève au petit matin, dans la cour d’une prison, face au destin.
Ce film est juste et maladroit comme un premier vrai grand film : les anciens amis d’Abel font un peu carton pâte : Riton et Raoul ne sont pas trop crédibles en « hommes du mitan », ressemblant plus à des voituriers de chez Prunier qu'à des chefs de bande. Gibelin (l’inénarrable Marcel Dalio), décorateur, mais aussi receleur, campe un personnage trop évident, cupide et lâche. Les enfants d'Abel sont trop appliqués, la mort violente de Thérèse (femme d'Abel) est trop rapidement traitée.
Mais les défauts de jeunesse, les tics de l’époque (1959) et sans doute les compromis commerciaux ne masquent pas les traits de génie du réalisateur. Comment ne pas relever la gestuelle autour de la cigarette de Raymond (Stan Krol, toujours très juste) avant l’agression des encaisseurs : tension, décision, action : tout le film noir est là. Quelques minutes après, Abel et Raymond quittent Milan. En pleine ville, la caméra nous montre discrètement qu’ils franchissent une ligne blanche… Force du symbole. Les dés sont jetés. Pas d’échappatoire…
Ici encore, l’utilisation du noir et blanc est approprié : il résume les choix manichéens qui restent à l’homme traqué : tué ou être tué…
Abel Danos (juste une lettre changée), a bel et bien existé. Surnommé le Mammouth, cet ancien des bataillons d'Afrique, du gang des tractions avant, compère de Pierrot le Fou… a travaillé pour la Gestapo Française, rue Lauriston… Mais d'autres témoins assurent qu'il faisait partie de la Résistance depuis 1942… L'ami d'Abel, Raymond Naldy s'appelait en fait Raymond Naudy : était-il un proxénète toulousain ou un véritable FFI ? Les débats sont toujours d’actualité. Ambigüité des époques troublées…
Toujours est-il qu’Abel Danos fut fusillé au Fort de Montrouge le 14 mars 1952 à 7 h 26.
Giovanni ne dit rien de tout cela, lui qui avait rencontré (connaissait ?) Abel Danos… et qui choisit de le réhabiliter dans ce polar.
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permafrost
publié le 3 juin 08