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catégorie : tranche de vie
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Parfois, il arrive que je me demande ce qu’ont pu devenir ceux de mes camarades de lycée que je n’ai jamais revus depuis la fin juin de l’année du bac. Je suis là et je m’interroge bêtement, sans raison, pendant que je cire mes chaussures ou que j’épluche la salade.
A chaque fois que je me pose la question, je revois la salle de classe au quatrième étage du lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire. Quatrième, vraiment ? Peut-être pas, non. Ça, c’est un détail dont je n’ai pas la certitude. Mais ce dont en revanche je suis certain, c’est que c’est une salle d’où on voit le soleil se lever. En mai et juin, lorsque nous avons cours d’anglais à huit heures avec Monsieur Wild, j’ai du mal à m’empêcher de sourire si le ciel est parfaitement dégagé parce que, ces matins-là, son ombre sur le mur est celle d’un monstre au nez démesuré. Je n’exagère pas. C’est véritablement une ombre terrifiante et pointue, très disproportionnée pour un homme qui doit faire dans les un mètre soixante.
Je repense aux actualités de cette année-là. 1981. La télévision nous montrait des images naïves de choses sensées rendre notre vie plus belle ou plus intéressante. C’est une époque confiante de grands débuts et de commencements magnifiques. Un président socialiste tout neuf. Une navette spatiale qui marche comme le feu de dieu. Une princesse de Galles belle comme dans un livre d’images. Et, finalement, avec le recul, on sait aujourd’hui que rien de tout ça n’a marché comme prévu. Tout a fini à la casse, à la ferraille, dans une pluie de larmes et de débris. Merde alors.
Bon, que j’en revienne à cette histoire de lycée. Sur les vingt-cinq que nous étions en Terminale, il y en a trois ou quatre avec qui je suis resté en relations. Isabelle T., par exemple, est devenue une amie. Et, amis, nous le sommes restés longtemps. Jusqu’à quand ? Jusqu’au jour où il m’est devenu impossible de continuer à supporter son discours très chiant de catholique de gauche – oui, ceci est l’aveu d’une certaine intolérance, et alors ?
D’elle, aujourd’hui, je me fous complètement. C’est aux autres que je pense. A ceux que je n’ai jamais croisés ou aperçus même de loin chacune des nombreuses fois où je suis retourné dans mon ancienne ville.
Juste quels noms au hasard. J’ignore ce qu’est devenue Christine P. dite Kiki, dont les imitations de Peggy la cochonne étaient fabuleuses. Kiki faisait du skateboard avec une jambe plâtrée et nous confirmait la rumeur selon laquelle le sénateur maire de la Baule était un sombre ivrogne – il faut voir dans quel état il avait laissé le taxi de son père une nuit.
Brigitte C. avait pour fantasme de se suicider un jour au volant d’un cabriolet lancé à 150 à l’heure contre un mur peint en mauve – sa couleur préférée. Je ne sais pas si elle a mis ses menaces à exécution. A dire vrai, j’en doute. Dans un tout autre domaine, je n’ai jamais pu lire le Seigneur des Anneaux parce les deux ou trois fois où j’ai péniblement essayé, c’était comme si j’entendais encore la voix ennuyeuse de Pascal V. qui n’arrêtait pas de me répéter que ce livre devait impérativement faire partie de mes lectures. Jamais pu dépasser le deuxième paragraphe pour cause d’allergie totale et inguérissable. La grande Catherine B. aussi me conseillait souvent des bouquins. Je ne sais plus lesquels. Mais, s’agissant de livres qu’elle qualifiait de formidables au niveau du vécu et du ressenti, il va de soi que je me suis dispensé de suivre ses recommandations. Il y a tout un vocabulaire comme ça que je me refuse et à entendre, et à utiliser.
Mais de loin et même de très loin, celle sur qui je me pose le plus de questions reste sans aucun doute Chantal F. Je ferme les yeux. Je n’ai aucun mal à la revoir le jour de la rentrée en seconde. Chantal F. complètement perdue dans l’immensité de la cour de la cité scolaire. Chantal F. qui n’est pas blonde mais a les cheveux presque jaunes. Chantal F. qui ressemble à s’y méprendre à la fille myope qui se fait étrangler en pleine fête foraine dans l’Inconnu d’Express. Chantal F. qui cherche désespérément le bâtiment où ont cours les seconde A5. Chantal F. qui se tortille d’angoisse et vient vers moi pour avoir le renseignement parce que mon surnom de l’époque, c’est la tour de contrôle.
Un détail que je n’arrive pas à oublier. Ça se passe le jour de l’élection des délégués de classe, en première. Ça se passe précisément au moment ou le prof lit un à un les noms écrits sur les bulletins de vote. Chantal F. ne s’est pas présentée. Mais quelqu’un a quand même voté pour elle. Un lâche ou un imbécile - très probablement les deux, d’ailleurs – qui a trouvé intelligent d’écrire en toutes lettres : Chantal F. surnommée nunuche. Et cet abruti de prof qui trouve pertinent de lire le commentaire à haute voix. Et toute la classe qui part aussitôt d’un immense éclat de rire. Sauf Chantal F, bien sûr. Un jour en cours d’histoire elle a demandé la permission d’aller d’urgence à l’infirmerie. Elle tremblait de tous ses membres. Quelqu’un a parlé à son sujet d’une crise de tétanie. On ne l’a pas revue pendant des semaines. Bien sûr, elle n’était pas moderne, Chantal F. Mais elle aurait mérité un peu plus de tact. Et elle, vraiment, j’espère qu’elle va bien. Même si ça me semble loin d’être gagné d’avance.

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Voici les 15 dernières réactions à ce commentaire
 Date
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Rédacteur
 12/11/08 à 20h07
Un com où tu ne réagis pas... Tiens...
Faut-il y voir des similitudes avec le sujet dont tu parles ? Ne suis pas inquiète pourtant d'avoir ton éclairage un jour où l'autre.
J'espère que tu vas bien. Et je l'espère fooooort.
Et j'ai bien aimé le paragraphe sur la casse : 81, le spatial, etc... Tellement vrai ! On devrait s'en souvenir chaque jour de prise de gueule et autres passions...
 09/11/08 à 12h34
: o ) ) )
ou alors tu crées une assoc des anciens de PCC , où on se racontera les batailles rangées, les apéros virtuels, les bisous sur écran, les 69, et les prem's dont on se fout complètement...

En attendant, j'ai bien apprécié tes coms' toujours originaux et hauts en couleurs.
A bientôt pour ne nouvelles zaventures?




 08/11/08 à 19h34
Handy Capt
comme toujours
mais maintenant c'est vous qui disparaissez et ça me rend triste
qu'ils n'ont pas changé, pas vieilli, que dans mon dos, tout est resté pareil.
Je crois que je n'aimerais pas les revoir.
de lire un com' de votre part. Texte réjouissant sinon le site copainsdavant permet de se retrouver entre camarades de classe.
 08/11/08 à 18h31
a été une époque bénie pour moi. Plus âgée que vous, j'ai eu mon bac en 1972 à seize ans. Si vous avez vraiment envie de retrouver certains de vos amis de lycée, inscrivez-vous à "Copains d'avant" et vous en retrouverez.

Oui, nous vivions une belle époque, facile et insouciante sans se poser de questions. Je garde de l'école un souvenir de rire, de bonheur d'écouter des enseignants passionnés et passionnants.

Comme toujours vous écrivez très bien.
 08/11/08 à 17h57
patiente
encore un thème à vous donner des frissons, cette fois les gars je marche plus dans les combines. en quelques semaines j'ai grandi, grandi, grandi
Devenu un silhouette grise il semble qu'il ait disparu ... Dommage ...
ces coms , même si quelques réflexions un peu raides me plaisent moins, exemple première phrase du 4e paragraphe mais c'est tellement bien raconté que je vois presque revivre ces disparus derrière les mots écrits
 08/11/08 à 14h16
profilperdu
 08/11/08 à 13h28
pour votre requête, c'est oui