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Un homme, une oeuvre, un monde...
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catégorie : critique ou information sur l'oeuvre ou l'artiste
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Après avoir assisté à la projection, du film dédié à Pierre-Auguste Renoir, rôle interprété magistralement par Michel Bouquet, relatant les dernières années de la vie du peintre dans sa propriété des "Collettes" sur la Côte d'Azur, j'ai lu plusieurs biographies le concernant.

Dernièrement, à la bibliothèque, alors que je fouinais dans les livres portant sur la peinture, j'ai découvert cette "biographie" écrite par l'un des fils, le réalisateur Jean Renoir...

C'est un livre différent de ce que j'ai pu lire jusqu'à présent car, évidemment, il décrit l'homme à travers sa peinture mais surtout à travers les souvenirs communs d'un père et un fils, sous le signe du respect, de la tendresse, et de l'admiration.


"Cette biographie fait revivre avec amour un homme, une œuvre, un monde" (quatrième de couverture).


J'ai sélectionné quelques extraits intéressants relatant la façon d'appréhender une toile par le peintre que nous connaissons tous.


... La maison de la rue Cortot était délabrée, ce qui ne gênait nullement Renoir, mais par contre elle offrait l'avantage d'un grand jardin qui s'étendait derrière, dominant une vue magnifique sur la Plaine St-Denis.

... Dans cet oasis, il peignit de nombreux tableaux, car il ne travaillait jamais à un seul sujet.
"Il faut savoir mettre une toile de côté et la laisser reposer." Il répétait souvent : "Il faut savoir flâner."

Par flâner, il entendait cet arrêt pendant lequel des aspects essentiels d'un problème émergent de l'arrière-plan pour prendre leur importance. Cette vie que Renoir observait avec tant de passion se présentait à lui comme se présentait l'exécution de ses tableaux aux yeux des curieux qui le regardaient peindre : un ensemble dont le sens ne se dégageait que lentement.
"Trop heureux si on peut deviner ce qui sortira de là". Il disait aussi "Pour voir à l'avance, il faudrait être Dieu le Père. Y aller par petits bouts n'avance à rien. Même un petit bout est composé d'éléments innombrables."

... Sa lenteur à percevoir l'irritait parfois. "Au début, je vois le motif comme dans un brouillard. Je sais que tout ce que je verrai plus tard y est, mais ça ne ressort qu'avec du temps. Quelquefois ce sont les choses importantes qui surgissent les dernières." D'autres fois il pensait que cette lenteur était à son avantage. Je rappelle au lecteur que la lenteur de Renoir était plus que relative et qu'il travaillait à une vitesse incroyable.

... Avec Renoir le tableau commençait en effet par d'incompréhensibles touches sur le fond blanc, pas même des formes. Parfois le liquide, huile de lin et essence de térébenthine, était si abondant par rapport à la couleur, qu'il coulait sur la toile. Renoir appelait cela "le jus". Grâce à ce jus, il pouvait en quelques coups de pinceau établir un essai de tonalité générale. Cela couvrait à peu près toute la surface de la toile, plutôt toute la surface du futur tableau, car souvent Renoir laissait une partie du fond blanc non couverte. Ces taches constituaient pour lui des valeurs indispensables. Il fallait que ce fond soit très propre et très lisse. J'ai souvent préparé les toiles de mon père avec du blanc d'argent et un mélange d'un tiers d'huile de lin et deux tiers d'essence de térébenthine. Ensuite on laissait sécher plusieurs jours.

... Peu à peu, des traits roses ou bleus, puis terre de Sienne, s'entremêlaient en parfait équilibre. D'habitude, le jaune de Naples et la laque de garance n'intervenaient que plus tard. Le noir d'ivoire tout à fait à la fin. Il ne procédait jamais par angles ou traits. Son écriture était ronde, comme s'il eût suivi le contour d'une jeune poitrine. "La ligne droite n'existe pas dans la nature." A aucun moment de l'exécution le tableau ne montrait le moindre signe de déséquilibre. Dès les premiers coups de pinceau, on avait une toile complète, bien balancée. Le problème était peut-être pour Renoir de pénétrer le sujet sans perdre la fraîcheur du premier étonnement. Enfin, du brouillard surgissait le corps du modèle ou le paysage, un peu à la façon dont il aurait surgi d'une plaque photographique baignée dans le révélateur. Des points absolument négligés au début prenaient une importance.

La possession complète du motif ne s'achevait d'ailleurs pas sans lutte. L'action de Renoir pendant qu'il peignait faisait par moments penser à une sorte de duel. Il semblait que le peintre, suspendu aux mouvements de l'adversaire, guettât la moindre faiblesse dans sa défense. Il ne cessait pas de harceler le motif, comme un amoureux harcèle la fille qui se défend avant de céder. Il y avait aussi dans son comportement quelque chose de la chasse. La rapidité anxieuse de ses coups de pinceau, prolongements immédiats, précis, fulgurants de son regard aigu, me faisait penser aux zigzags d'une hirondelle attrapant des moucherons... Le pinceau de Renoir était lié à ses perceptions visuelles aussi directement que le bec de l'hirondelle à l'œil de cet oiseau. Mon essai de description ne serait pas complet si j'omettais chez Renoir peignant un certain côté sauvage qui m'avait plusieurs fois impressionné lorsque j'étais petit.

Quelquefois les formes et couleurs ne s'étaient pas encore précisées à la fin de la première séance. Ce n'était que le lendemain que l'on devinait ce qui allait venir. L'impression bouleversante qui ressortait était que le motif, vaincu, disparaissait et que le tableau sortait de l'intérieur de Renoir. A la fin de sa vie il éliminait plus vite les "broutilles", allait plus directement à l'essentiel. Mais jusqu'à sa mort il continua de "caresser et battre le motif" comme on caresse et bat une femme pour la mettre en état d'exprimer tout son amour... Car c'est de cela que Renoir avait besoin, de cet abandon du modèle lui permettant de toucher le fond de la nature humaine dégagée des préoccupations, des préjugés du moment.

Renoir peignait des corps sans vêtements et des paysages sans pittoresque. L'esprit des filles et des garçons, des enfants, des arbres qui peuplent le monde qu'il a créé, est aussi purement nu que le corps de Gabrielle. Et c'est finalement dans cette nudité qu'il se débusquait lui-même.





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Voici les 5 dernières réactions à ce commentaire
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il y aurait une thèse à faire :

des peintres impressionnistes se sont remisés au motif
au motif qu'il y avait d' la couleur dans l'air,
sans parler des tubes de l'époque :
ça swinguait grave au moulin d'la galette...
mais je m' dis qu'il y aurait eu prétexte
à sortir au dehors pour y aller s'vautrer avec l'huile au motif
au motif que les couleurs se trouvent sur le motif
je dirais -et c'est là ma pro -thèse-
qu'elles se trouvent sur la palette, les couleurs !
J'apprécie la justesse d'expression de Jean Renoir.
Le grand-père que j'aurais choisi si j'avais pu.

Cinéma Cinémas Jean Renoir, Michel Simon (deux lurons que j'adore)

http://youtu.be/EZ3R5l4neXE

Je connais mieux Jean qu'Auguste.
Autour de Jean Renoir, un titre "La sagesse du plaisir".
C'est dire le programme!