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D'un château l'autre
 D'un château l'autre
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catégorie : critique ou information sur l'oeuvre ou l'artiste
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Le premier se situe sur la route d’Albertville qui emmène chaque hiver des dizaines de milliers de gens vers les stations de Tarentaise, notamment : le temps d'un immanquable bouchon, chacun aura donc tout le loisir, s'il sait lever les yeux un rien au-dessus du véhicule qui le précède, de remarquer cette forteresse assez formidable qui se dresse sur la vallée et de laquelle le regard embrasse l'ensemble du sillon alpin.

Mais les amateurs de panorama ignorent souvent que ce château est surtout fameux pour avoir accueilli durant près de cinq mois, très exactement de l’après-midi du 9 décembre 1772 à la nuit du 30 avril au 1er mai 1773, un certain comte de Mazan, plus connu désormais sous le nom de Marquis de Sade.

On l'y avait fait enfermer. “On”, c'est-à-dire essentiellement sa belle-famille, à la suite du détestable scandale de Marseille à l'issue duquel le Marquis fut, excusez du peu, condamné à avoir la tête tranchée. Déjà.

La forteresse de Miolans -tel est son nom- était alors située tout près de la frontière entre la France et le duché savoyard (en gros, aujourd'hui, une ligne qui séparerait les vignobles de Chapareillan en Dauphiné à ceux de Montmélian en Savoie) : transformée en prison d'Etat, cette sorte de citadelle aux allures de château dans le ciel permettait d'assurer une double sécurité forcée à son hôte en passe de devenir diablement sulfureux : il pouvait ainsi échapper aux poursuites de la justice française tout en étant dans l'incapacité de poursuivre ses frasques devenues inquiétantes pour son illustre belle-famille et notamment sa présidente de belle-mère, la terrible Madame de Montreuil.

Il s’en évadera, naturellement. On –et ce “on” réunit aussi bien une belle-mère introduite en Cour que l’ensemble de l’Humanité ordinaire- ne retient jamais un tel homme : quand il n’aura plus l’âge d’escalader des murailles ou de sauter ce que peut sauter un homme jeune, il continuera à s’échapper à grands coups d’encre. Ce sera au final le liquide qu’il aura le plus généreusement répandu dans sa vie. Et ce sera sa vertu, et ce sera son génie.

A propos de vertu, l’une des cellules de sa prison s’appelait l’Enfer. L’Enfer : ceci ne s’invente pas. Celui de plusieurs générations de bibliothèques ne le retiendra d’ailleurs pas davantage : et encore moins, naturellement, le papier bible de ses tout-derniers éditeurs français, où paraît-il on l’y a mis en odeur de sainteté...

Non, cet homme, ce diable d’homme sur terre n’est pas fait pour vivre dans des murs de jours qui le retiennent, d’heures qui le privent de quelque chose qu’il sent pousser en lui et qu’il ne peut ni atteindre, ni attendre.

Il se sent prisonnier. Né prisonnier. Sorti d’un ventre pour se jeter bouche ouverte dans un cachot d’air confiné. Vicié de tout ce qu’il n’est pas, lui. C’est juste pour ne pas mourir asphyxié qu’il va se ruer bec et plume contre le Ciel.

Précisément : que fait Mazan/Sade durant les cent quarante-trois jours de sa captivité savoyarde ? Il cherche à s’évader. Il ne pense qu’à ça. Et pour ça il tourne, il cogite. Il échafaude. Le Ciel, de préférence, comme on l’a vu. Et le sien, bien sûr, son Ciel à lui pour respirer : mais le Ciel quand même. Il en va de même, d’ailleurs, chez tous ces autres que lui que nous sommes, et sans exception : chacun la veut, sa part, la part qui lui revient, ou du moins celle à laquelle il croit avoir droit. Chacun s'accordant plus ou moins les moyens de l’obtenir.

Comme on le sait déjà, Mazan/Sade, lui, réussit. Passons sur tous les détails de ce qui lui arrive durant ces cinq mois à Miolans. Il y a, dans cet air respirable pour lui, le rêve naturellement, et le désir, un désir à la Sade, quelque chose qui tient d’un théâtre où les rideaux sont toujours rouges parce qu’ils sont toujours en feu : et c’est là-bas une femme qui se fait passer pour un homme et qui rôde un moment tout autour des murailles, un homme qui est peut-être en fait une belle-soeur, une belle-soeur qui est sans doute une amante. On dit aussi qu’elle est chanoinesse. On ne recule devant rien, le jeu est de qualité. Et tout cela est véridique, absolument véridique, comme cette autre cellule qui a pour nom le Purgatoire, cette autre encore qui est le Paradis.

Mais quelle est la plus grande ? La plus belle ? C’est l’Espérance. L’ESPERANCE. Forcément. Et qui y loge ? Ça aussi nous l’avions deviné.

Passons donc effectivement sur ces détails, même s’ils ne savent que trop bien jouer les symptômes de l’essentiel. L’essentiel qui est cette espérance, cette espérance qui est toujours violente. Violente chez l’Homme en général et chez Sade en particulier. Lui qui justement à ce moment-là précis n’a encore rien écrit, rien en tout cas de ce qui fera son oeuvre, rien de ce qui fera sa légende, de ce qui fera de son nom à particule un mot de presque tous les jours, mais à pas moins que la Terre entière. Un qualificatif à la dimension de son Ciel, de la légende de ce Ciel qui commence.

Il s’évade, donc, ce 30 avril. Fin du premier acte.

Le second succède quasiment sans entracte au premier. On est toujours ce même 30 avril. Seules ont changé les années : c’est 2007. Juste une question de calendrier. On est à Sonnaz, cette fois, à quelques kilomètres de Miolans. Là aussi, c’est une autre forme d’évasion. Le nouveau Mazan, il s’appelle Lemarchal. Grégory. Grégory Lemarchal en train de quitter son château à lui pour un autre légende. Dans cette coïncidence des apparents contraires, ces deux-là se ressemblent. Le premier va avoir dans quelques jours 33 ans. On dit souvent que c’est l’âge du Christ. Le second, dans quelques jours, il va en avoir 24. Ce doit être l’âge des anges, car on dit partout que c’en est un. Il y a même une chanson qui le chante, et tant et tant d’adolescents qui la reprennent en choeur.

Un peu de temps passe encore. Nous sommes à présent en mai. Mai, le joli mai qui embarque bien des choses, et même la vie : Pendant que Mazan/Sade a franchi sa frontière, pendant qu’il se cache quelques jours à Grenoble en ce printemps 1773, Grégory se terre bien malgré lui dans un cimetière anodin, celui de Sonnaz précisément.

Sauf que l’un a l’âge du Christ et l’autre d’un ange. Alors, imperceptiblement, commence le lent travail de cette légende qui sera la sienne, et qui déjà creuse tout doucement la terre de ce cimetière et le Ciel de tous ces coeurs qui sont là, qui sont venus le voir, le tombeau de l’ange, de tous ces corps d’adolescents dont les doigts s’affairent pour l’emporter et le ramener précieusement chez eux, leur souvenir de Greg.

Tout l’été, tout l’automne, ça continue, ça s’amplifie. Ça finit par ressembler à un pélerinage. Bien sûr, personne n’ose encore parler de relique, et de miracle encore moins. Bien sûr. Mais quelque chose a pris pourtant.

Déjà, pour les obsèques, à Chambéry, la cathédrale était pleine. Et toute la place devant. Des foules entières. Un ange, ça ne s’enterre pas, ça s’envole. Et même, des fois, ça peut vous entraîner. D’autant qu’à quelques pas de cette cathédrale et de cette place il y a aussi cette curieuse chapelle, que certains nomment encore “la Sainte-Chapelle”, parce qu’elle a abrité pendant plus de cent ans le Saint-Suaire. Le Saint-Suaire de Turin, oui messieurs dames, et en personne, si l’on peut dire. Sur le lin des mémoires, ça a dû laisser des traces.

Ou peut-être tout simplement est-ce sur celui des coeurs que tout se trame.

Quoi ? L’Espérance.

L'Espérance une fois encore, et toujours. La croyance qu’un jour tout cela va changer. Que nos difficultés, que nos doutes, que notre incapacité quotidienne à réussir, à percer, à percer le mur de nos vies trop étroites, que tout cela va cesser. Qu’on va pouvoir s’en sortir. S’en évader.

Demain, oui, "une vie moins ordinaire". Et aussi : "Je deviens moi".

Alors bien sûr, ce bout de tissu de la terre du cimetière de Greg, on n’y croit qu’à moitié : mais quand même, et si ça fonctionnait ? Toutes ces voitures, le Dimanche, et à présent même la semaine : toutes ces adolescentes en fleurs et en bougies et en larmes avec dans leurs doigts un peu de la terre de Greg, à Sonnaz, Savoie : et si ça marchait ? Oui, si on y avait droit, enfin, à ce Ciel, à ce Ciel à nous qui nous délivrerait demain du grand palais de nos misères ?

D’un château, l’autre. Ecris l’histoire.






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Voici les 4 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
 04/02/08 à 22h39
du marquis point sujet, mais de vous je ne suis pas abonnée , désolée pour vos messages sans réponse.

du déni à la bible

pour voir accoler Marquis de Sade à l'Espérance. Décidemment, je crois


en certaines intelligences...mais à l' Espérance il faut ajouter beaucoup

trop de patience.
 27/01/08 à 12h22
l'espérance, on la remise. Vivons maintenant.