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Quand Nicolas Bouvier parle de ses voyages de l'Europe de l'est jusqu'à l'est de l'Asie, il le fait avec des manières de poète, et appréhende toujours les situations avec drôlerie. Il chope le détail qui fait d'un décor ce qu'il a de plus spécifique, et en tire un sens de l'atmosphère, de l'ambiance, comme seuls les contemplatifs savent le faire.
Il se fend aussi de quelques considérations bien senties, soit qu’il les énonce lui-même, soit qu'il les mette dans la bouche des personnes qu'il a rencontrées sur son chemin.
Comme ce lazariste solitaire et désabusé, perdu dans sa Mission, à Tabriz en Azerbaïdjan, qui parle des Musulmans.
— « L'islam, ici, le vrai ? c'est bien fini... plus que du fanatisme, de l'hystérie, de la souffrance qui ressort. Ils sont toujours là pour vociférer en suivant leurs bannières noires, mettre à sac une ou deux boutiques, ou se mutiler dans des transports sacrés, le jour anniversaire de la mort des Imams... Plus beaucoup d'éthique dans tout cela ; quant à la doctrine, n'en parlons pas ! J'ai connu quelques véritables musulmans ici, des gens bien remarquables... mais ils sont tous morts, ou partis. A présent... le fanatisme, voyez-vous, reprit, c'est la dernière révolte du pauvre, la seule qu'on n'ose lui refuser. »
Le texte date de 1963, Bouvier raconte un voyage qu’il a fait quelques années plus tôt. Je me suis étonné que, déjà, l'on voyait des traces d'aliénation de la foi en pays musulman, si l'on peut dire d'un système aliéné (parce que religieux) qu'il peut s'aliéner encore. En même temps, c’est vrai : la pauvreté dépouille n’importe quelle religion de sa portée spirituelle pour n’en faire qu’un instrument de manipulation.
Mais le livre ne vaut pas que par ce genre de passages. Bouvier observe les moeurs, les habitudes de chaque région avec une acuité non dépourvue d'ethnocentrisme, mais pleine de bienveillance et de respect. Comme lorsque, à Bayburt en Turquie, il note :
— « Il est bien naturel que les gens d'ici n'en aient que pour les moteurs, les robinets, les hauts-parleurs et les commodités. En Turquie, ce sont surtout ces choses-là qu'on vous montre, et qu'il faut bien apprendre à regarder avec un oeil nouveau. L’admirable mosquée de bois où vous trouveriez justement ce que vous êtes venu chercher, ils ne penseront pas à la montrer parce qu’on est moins sensible à ce qu’on a qu’à ce dont on manque. Ils manquent de technique ; nous voudrions bien sortir de l’impasse dans laquelle trop de technique nous a conduits : cette sensibilité saturée par l’information, cette Culture distraite, « au second degré ». Nous comptons sur leurs recettes pour revivre, eux sur les nôtres, pour vivre. On se croise en chemin sans toujours se comprendre, et parfois le voyageur s’impatiente ; mais il y a beaucoup d’égoïsme dans cette impatience-là. »
Dans ce dernier passage, j'ai retrouvé des obervations qui ont été les miennes pendant des voyages, des désirs, des pensées qui m'ont traversé. ("nous voudrions bien sortir de l’impasse dans laquelle trop de technique nous a conduits" : Zembla a d'ailleurs parlé de ce sentiment il y a quelques temps...)
Il se fend aussi de quelques considérations bien senties, soit qu’il les énonce lui-même, soit qu'il les mette dans la bouche des personnes qu'il a rencontrées sur son chemin.
Comme ce lazariste solitaire et désabusé, perdu dans sa Mission, à Tabriz en Azerbaïdjan, qui parle des Musulmans.
— « L'islam, ici, le vrai ? c'est bien fini... plus que du fanatisme, de l'hystérie, de la souffrance qui ressort. Ils sont toujours là pour vociférer en suivant leurs bannières noires, mettre à sac une ou deux boutiques, ou se mutiler dans des transports sacrés, le jour anniversaire de la mort des Imams... Plus beaucoup d'éthique dans tout cela ; quant à la doctrine, n'en parlons pas ! J'ai connu quelques véritables musulmans ici, des gens bien remarquables... mais ils sont tous morts, ou partis. A présent... le fanatisme, voyez-vous, reprit, c'est la dernière révolte du pauvre, la seule qu'on n'ose lui refuser. »
Le texte date de 1963, Bouvier raconte un voyage qu’il a fait quelques années plus tôt. Je me suis étonné que, déjà, l'on voyait des traces d'aliénation de la foi en pays musulman, si l'on peut dire d'un système aliéné (parce que religieux) qu'il peut s'aliéner encore. En même temps, c’est vrai : la pauvreté dépouille n’importe quelle religion de sa portée spirituelle pour n’en faire qu’un instrument de manipulation.
Mais le livre ne vaut pas que par ce genre de passages. Bouvier observe les moeurs, les habitudes de chaque région avec une acuité non dépourvue d'ethnocentrisme, mais pleine de bienveillance et de respect. Comme lorsque, à Bayburt en Turquie, il note :
— « Il est bien naturel que les gens d'ici n'en aient que pour les moteurs, les robinets, les hauts-parleurs et les commodités. En Turquie, ce sont surtout ces choses-là qu'on vous montre, et qu'il faut bien apprendre à regarder avec un oeil nouveau. L’admirable mosquée de bois où vous trouveriez justement ce que vous êtes venu chercher, ils ne penseront pas à la montrer parce qu’on est moins sensible à ce qu’on a qu’à ce dont on manque. Ils manquent de technique ; nous voudrions bien sortir de l’impasse dans laquelle trop de technique nous a conduits : cette sensibilité saturée par l’information, cette Culture distraite, « au second degré ». Nous comptons sur leurs recettes pour revivre, eux sur les nôtres, pour vivre. On se croise en chemin sans toujours se comprendre, et parfois le voyageur s’impatiente ; mais il y a beaucoup d’égoïsme dans cette impatience-là. »
Dans ce dernier passage, j'ai retrouvé des obervations qui ont été les miennes pendant des voyages, des désirs, des pensées qui m'ont traversé. ("nous voudrions bien sortir de l’impasse dans laquelle trop de technique nous a conduits" : Zembla a d'ailleurs parlé de ce sentiment il y a quelques temps...)
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Voici les 14 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
contente que le contemplatif voyageur te plaise !
28/11/08 à 17h29
angelheart_a_136
à Levi-Strauss ...
J'ai voulu faire un com, mais il a été censuré. Il parait que Lévi-Strauss incite à la haine raciale.
l'hypocrisie des pouvoirs consiste à laisser la bêtise et le fanatisme aux miséreux, c'est moins cher que de leur permettre de cultiver le savoir et l'intelligence.
J'aime ce com ! Au fond il traite du noeud Gordien entre Islam et Occident...
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Misaïre !
La seule qu'il faudrait lui refuser , et permettre toutes les autres !
La seule qu'il faudrait lui refuser , et permettre toutes les autres !


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Figolu71
publié le 28 nov. 08