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Le petit Prince s’en était retourné sur sa planète en mourant dans le désert. Il avait retrouvé sa
rose. Et puis un jour sa rose était morte.
Alors il a arrêté de surveiller les graines et les pousses de baobabs sur sa planète.
Il s’est mis à en pousser partout pendant que le Prince, qui était moins petit et qui avait désormais du poil au menton, roupillait ou buvait de la bière au pied du globe de verre où la rose morte se desséchait. Dans sa céleste biture, il marmonnait : « Bourgeons, bulbes et pétales se décomposent et pourrissent… »
Est venu le moment où la planète, trop lourde, a été obligée de quitter son orbite. Elle s’est mise à dériver doucement, avec son Prince déprimé et tout mou dessus. Il s’en fichait éperdument.
Et puis elle est devenue si lourde avec sa forêt de baobabs qu’elle s’est carrément mise à tomber.
Vers la terre bien sûr. Les arbres étaient ravis. Ils s’orientèrent avec précision pour tomber près du désert, vers la savane, entre la vie et le sable, là d’où venaient leurs graines et où leurs racines se déploieraient à en frôler leurs frères.
Le Prince s’en fichait grave.
Jusqu’au moment où : badaboum ! La planète s’est écrasée sur le sol, avec un pied du Prince entre elle et lui (le sol).
- Aieuh ! ça va pas non ? qu’il a dit, le Prince.
- Tiens, y a le boss qui se réveille, dirent les arbres.
Le Prince a dégagé son pied et a rampé loin du gros talus que formait son ex-planète sur le sable. Ils étaient à la limite du désert et de la savane, sur la première dune en sortant à droite.
Ils surplombaient donc le paysage. Il s’est laissé rouler jusque tout en bas.
En bas de la dune.
C’était la nuit. A la lumière de la lune, se découpant près du plus gros baobab qui l’avait ramené là, il vit briller un éclat de verre : le globe de sa rose avait volé en poussière, et la rose aussi, car bourgeons, bulbes et pétales se décomposent et pourrissent.
Le prince pas rasé a hurlé d’un seul coup sa colère. Il a couru autour de son gros talus, même s’il boitait à cause de son pied écrasé. Et un gros orage comme il y en tous les 20 ans dans le désert, et à chaque saison des pluies dans la savane, a éclaté.
Il a plu fort et dru, longtemps, longtemps. Quand la pluie s’est calmée, le Prince barbu hurlait encore, courait moins, et finissait par ramper dans la boue autour de sa dune, désormais entourée d’un anneau d’eau, comme une douve, dont sa course avait creusé le lit.
Quand il a été fatigué de courir, il s’est arrêté et il s’est endormi sous la pluie douce, là où il était : en bas de sa colline aux baobabs qui avaient poussé pendant qu’il déprimait.
Quand il s’est réveillé, il faisait soleil. Il a entendu une voix de fille qui rigolait pas loin de lui. On aurait dit un carillon sympa suspendu à une branche de baobab dans le vent d’Harmattan. Il a d’abord trouvé ça joli et puis ça a commencé à l’énerver.
Il s’est levé pour voir. Et il a vu une fille qui gazouillait des trucs incompréhensibles au plus grand de ses baobabs. Il n’avait jamais vu de fille, et n’avait jamais regardé que sa rose. Elle était nue et n’avait pas peur de faire la conversation avec un arbre qui n’avait rien d’autre à répondre que son écorce chaude contre les bras qui l’enlaçaient parfois. Cette fille embrassait son arbre! N’importe quoi. C’était inutile, insensé et décidément très énervant pour le Prince qui ne voulait que pleurer sa rose.
Il n’aima pas la fille parce qu’elle lui plaisait et risquait de lui faire oublier son chagrin, et ça, pas question : c’est ce qu’il avait de plus précieux. Les filles, c’était sûr, ça ferait rien qu’à vouloir lui enlever ses souvenirs. Il décida que les filles c’était dangereux.
Alors il a décidé de la chasser de son baobab. Il s’est mis à lui jeter des pierres.
Elle s’est retournée et l’a vu. Elle a lâché l’arbre et lui a fait un grand sourire : elle était contente de rencontrer un étranger. Elle a pensé que les coups de cailloux qui picotaient un peu étaient une façon de saluer et de se présenter dans le pays de l’autre. Elle n’a pas reculé. Il l’a trouvée bête, comme fille, et nulle de ne pas partir quand on lui fait mal.
Elle a bien vu qu’il ne souriait pas en la regardant bien en face. Elle a pensé que c’était parce-qu’il la trouvait jolie. Ce qui était vrai, mais il ne voulait pas y penser : ça ne servait à rien d’être jolie quand on n’était pas sa rose.
Et puis elle a eu mal au pied. Elle a baissé les yeux et vu que son pied gauche saignait : elle avait marché dans du verre. Le verre du globe de la rose. Elle a boité vers le cercle d’eau du bas de la colline au baobabs pour y laver sa plaie.
Le Prince, qui boitait lui aussi vers elle, a crié :
- Va-t-en ! Ce cercle d’eau est à moi, la colline est à moi, le verre et les arbres, tout est à moi. Y a rien pour toi ici.
- D’accord, répondit la fille, je vais partir, mais je vais soigner ma plaie d’abord : je ne veux pas qu’elle s’infecte, je ne veux pas mourir.
- Je m’en fiche que tu meures. Ma rose est bien morte et pourtant je l’aimais.
- Bourgeons, bulbes et pétales se décomposent et pourrissent…chantonna la fille en continuant de se laver dans l’eau du Prince
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- C’est une chanson de mon village….
- Non c’est juste une phrase qui me trotte dans la tête. Tu me l’as prise !
- N’importe quoi ! On la chante à chaque moment important de la vie dans mon village :
Bourgeons, bulbes et pétales se décomposent et pourrissent,
seulement si tu les aimes c’est la terre qu’ils nourrissent
Ils sont tes désirs de vie, ils sont tes amours fertiles,
Si jamais tu les retiens, mais combien t’en faudra-t-il ?
à tes amours perdues donne des ailes pour qu’elles
refassent un tour du ciel, laisse l’échappée belle
Ainsi va la vie, ainsi va le sang
Tourne, mon joli, danse dans le vent
Bourgeons, bulbes et pétales se décomposent et pourrissent,
seulement si tu les aimes c’est Ta terre qu’ils nourrissent
- Tais-toi !
Le Prince ne l’a pas crié, ne l’a même pas dit. Ce fut un hurlement muet de son âme et la fille l’a entendu.
Elle est partie en boitant. En passant près de lui, elle lui a dit qu’elle passerait reparler à son arbre. Parce qu’elle et lui s’aimaient. Et que rien ni personne ne pouvait empêcher ça.
Le Prince malade de chagrin n’a rien répondu.
Il vit depuis au pied de sa colline. Il entend parfois les soirs de pleine lune un carillon qui gazouille avec un de ses baobabs. Il ne s’approche pas. Il sait très bien ce qui se passe.
Il ne dit rien, il ne bouge pas. Il écoute et retient sa colère pour ne pas se priver de la chanson du vent dans les fils d’amour qui se tissent là-haut. Il se dit qu’un jour il ira couper le baobab. Ou la fille.
Mais il ne prend pas la peine de réaliser qu’il n’a pas les outils pour ça : un baobab c’est très dur et la fille court vite.
Cette fille sait que le Prince est le seul à pouvoir se sentir libre de faire la paix avec ses souvenirs afin de mener désormais des guerres utiles. Elle le sait parce-que ses ancêtres lui ont dit. Ils vivent leur vie d’après la mort dans la faille tellurique qui se trouve juste en-dessous de l’endroit choisi par les baobabs du Prince pour venir se planter.
Le plus gros des baobabs, au sommet de l’astronef minéral, désormais sédentaire comme une pyramide, sert d’amplificateur aux messages des ancêtres. Il aime bien se sentir parcouru des vibrations des échanges vitaux entre l’une et les autres. Cela lui stimule la circulation de la sève. C’est comme un massage intérieur qu’il transmet à ses propres frères par les filaments microscopiques qui prolongent les racines.
Magnifique hasard qui vient confirmer que tout est relié, comme de la farine jetée sur l’invisible, histoire de le rendre visible, le temps d’une suspension dans l’air.
La fille se colle à lui pour les entendre, et aussi pour lui dire qu’elle l’aime, d’amour et de reconnaissance, et aussi pour que ses ancêtres sachent qu’elle les reçoit cinq sur cinq, eux qui ne retiennent plus la vie mais soufflent son histoire.
Le Prince sent et s’ennuie à la fois. Il aimerait faire partie de cette ronde, mais il a eu si peur avant sa première mort, si mal après la mort de la Rose, que le risque d’un nouvel événement vital le paralyse. La fille l’énerve toujours autant, mais il s’est rendu compte, la fois où elle est restée plusieurs jours sans revenir parler à l’arbre, qu’il l’attendait.
Alors qu’il s’en veut d’attendre, un éclair vif traverse le sable. C’est le serpent. Il a entendu la terre parler de lui.
- Bonjour Prince, tu es de retour ?
- C’est pas moi, c’est les baobabs.
- Tu ne décides rien ?
- Je décide le néant de ma vie.
- Je peux te mordre encore ?
- Pourquoi faire ?
- C’est ma nature.
- Ta nature est de te protéger si je te mets en danger, et ton rôle est d’apprendre la vie aux naïfs. Nous ne sommes dans aucun des ces deux cas. Cette fois.
- Bien joué Prince. Tu n’as plus besoin de moi.
- Non, tu as raison. J’ai la trace indélébile de ton venin en moi. Tu peux passer ton chemin pour laisser ta marque ailleurs…Dis, tu voudrais pas mordre la fille ? Elle m’énerve.
- C’est déjà fait, Prince, il y a longtemps.
- Elle est revenue comme moi ?
- Non. Elle n’a jamais quitté la terre. Elle ne s’est pas laissée mourir : elle a demandé aux siens qu’ils lui aspirent mon venin. Cela l’a sauvée, mais elle aussi garde la trace de mon passage en elle.
- Mais elle n’a pas l’air en colère…
- Quel rapport ? Et puis, l’as-tu vraiment regardée ?
- Ta trace, ce n’est pas ce reste de mélange de peur, de douleur, et de colère ?
- Si, au début… Adieu, Prince.
Et l’éclair zèbre de nouveau le sable. Le serpent n’a pas de temps à perdre : il est le temps.
Un renard se tient un peu à l’écart. Il ressent et observe. Le renard est heureux. Il reconnaît un ami. En attendant que cet ami le voie, il joue parfois à se transformer en fille qui embrasse le baobab. Ils ne font qu’un. Ils existent parce qu’il y a des Princes, et des serpents, et réciproquement. Ou bien, tous les personnages ne sont peut être qu’un : de la farine jetée sur l’invisible, histoire de le rendre visible, le temps d’une suspension dans l’air.
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Voici les 49 dernières réactions à ce commentaire
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28/11/09 à 22h18
pour la Main Gauche… j'adore encore et toujours ce Grand Monsieur complètement Ouf !
Jetez une oreille sur http://www.youtube.com/watch?v=nKKpoCy0a5Y
et puis, parce que cette version suivante est plus posée, allez chouraver quelque part la version de "You look good to me" sur l'album "we get request" avec d'autres sidemen: Ray Brown ctrbass et Ed Thigpen batterie. Oscar Peterson est le roi de la main droite ( quand tant d'autres pourraient s'en vanter aussi
, des silences aigus entre les petites perles qui rebondissent. ça commence et finit comme des arpèges de Bach et puis l'histoire du swing et des intervalles silencieux s'inscrit au milieu. Le chorus de contrebasse, aie aie aie, et le groove des balais, ça fait mal, ça fait bon.
Un morceau, dans sa version studio, qui m'a marquée grave.
et puis, parce que cette version suivante est plus posée, allez chouraver quelque part la version de "You look good to me" sur l'album "we get request" avec d'autres sidemen: Ray Brown ctrbass et Ed Thigpen batterie. Oscar Peterson est le roi de la main droite ( quand tant d'autres pourraient s'en vanter aussi
Un morceau, dans sa version studio, qui m'a marquée grave.
Que n'aurait sans doute pas désavoué Saint-Exupery.
Et hop dans la liste de mes rédacteurs favoris mam'zelle!!!! -
Et hop dans la liste de mes rédacteurs favoris mam'zelle!!!! -

c'est l'album que j'écoute en ce moment....rigolo pour la coïncidence
et princier, je confirme....
et princier, je confirme....
oui quichotte c'etait déjà pris (ohhh tiens les bidochons deuxième fois qu'on m'en parle cette semaine! ah ok antiraymonde!) heureuse que tu l'aies écrit cette histoire.
mais moi non plus je n'ai pas de cheval blanc, d'ailleurs je sais pas faire de cheval, de la moto à la limite...
Mais c'est drôle !
Mais c'est drôle !
faut que je vous dise, parce qu'il y en a plein qui se demandent ce que j'ai contre ce prénom: j'ai rien contre le fait de s'appeler Raymonde, mais je me réfère à RAYMONDE BIDOCHON. C'est surtout dans sa manière infiniment sage de ne pas résister que je ne lui ressemble pas.
heureuse que tu aies aimé Doña Quichlotte!
heureuse que tu aies aimé Doña Quichlotte!
j'ai tout aimé j'ai tout lappé avidement
vraiment avidement (suis pour les Raymonde par contre!)
vraiment avidement (suis pour les Raymonde par contre!)
Tu veux aussi ton bisou 

...c'est probablement que ça ne te parle pas, ça ne t'évoque rien, et c'est bien comme ça...
C'est que du symbole tout ça. Un miroir pour les âmes qui ont vécu une initiation de ce type. Je n'atteinds pas pour autant l'universel, si cela ne te parle pas.Mais si ça te caresse un peu l'oeil au passage, c'est déjà beaucoup.

C'est que du symbole tout ça. Un miroir pour les âmes qui ont vécu une initiation de ce type. Je n'atteinds pas pour autant l'universel, si cela ne te parle pas.Mais si ça te caresse un peu l'oeil au passage, c'est déjà beaucoup.


Je suis repassée ,j'ai lu ,mais j'ai rien compris ...
c'est grave?

c'est grave?


...mais pour que j'écrive la suite, il va falloir attendre que je vive quelque chose qui y ressemble. je n'ai aucune imagination, sauf en broderie.
avec une grande impatience, Antiraymonde 

Le Trouvère de rage, oui
C'est trop joli!!
forcément:

forcément:

...j'adore qu'on ait envie que j'embrasse


...m'évoque le visage déconfit d'un vendeur de cd rayon classique de la FNAC (visiblement homo et peut être débutant à son poste) à qui une dame respectable demanda s'il avait "Le Trouvère"...c'est un grand souvenir dont je remercie encore la Providence, qui m'a permis d'assister à la scène en live...
que même le code on ne le retrouve pas
mais il a codé autrement 

si tu veux qu'elle t'embrasse, il faut dire "t'as de beaux yeux, tu sais"
....merci...tu sais parler aux filles, toi 
tout vert
tout bleu
tout jaune
arc en ciel quoi !
tout bleu
tout jaune
arc en ciel quoi !
Alors que le texte est ouvert
raté le 

et :*
je le sais, tout ça
je le sais, tout ça
... ça fait pousser !
Quand les mystères sont très malins ils se cachent dans la lumière, hé hé
Quand les mystères sont très malins ils se cachent dans la farine
...aussi vraie que Vraiedevraie

si vraie......
*****
*****
...quelle joie de vous lire ici avec vos jolies épines
Ben c'est vachement joli et drôlement bien raconté
Ça me fait penser à une histoire du pays Dogon
Je vais me raser, j'arrête de picoler et je reviens relire tout ça
Ça me fait penser à une histoire du pays Dogon
Je vais me raser, j'arrête de picoler et je reviens relire tout ça

je repasserai lire !


Je réagis à ce commentaire en
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antiraymonde
publié le 26 nov. 09