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Citoyennete, laÏcite, religion ou l'organisation du chaos
 Citoyennete, laÏcite, religion ou l'organisation du chaos
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catégorie : politique / social
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CITOYENNETE, LAÏCITE, RELIGION
ou l'organisation du chaos



Ce n'est pas si simple que d'être juif, pleinement, totalement juif. Est-ce une communauté de croyance, la propriété collective d'une terre, le partage d'une éthique, la communauté d'une manière d'enseigner, la lecture commune d'un ouvrage et l'appropriation individuelle de son contenu ?

Tant de choix et de possibilités d'appréciation finissent par dépasser la plupart des individus qui viennent chercher, avant toute chose, un confort moral, c'est-à-dire un ensemble de règles dont l'obéissance fonde l'existence d'une communauté. Pourtant, les pistes sont là, sous nos yeux, qui pourraient permettre de s'interroger sur le sens. Le sens des gestes, le sens des mots, le sens de l'engagement. A première vue, ces interrogations paraissent stupides. La prière à Dieu est indiscutable, c'est une action de grâce : l'avoir dite, l'avoir vécue, la partager avec tout Israël, la mettre en œuvre dans sa totalité même si une pratique inconvenante de l'élitisme semble militer contre un prosélytisme recruteur. Pourtant, aussi évident que cette affirmation puisse paraître à un croyant, à un pratiquant pour ne pas dire à un zélote, pour l'incroyant que je suis, c'est cette proposition même qui déclenche tout un processus de réflexion qui questionne le rôle, la place, voire la fonction de la religion.

A dire vrai, je ne sais plus où commence cette contestation intime qui me conduit à cette réponse personnelle qui fait de moi un agnostique. Cette transformation me permet de me sentir à la fois profondément juif et profondément citoyen, plus précisément, républicain.

Etre Juif ? La question n'est pas tant de savoir qu'est-ce qu'être ou ne pas être quoi ou qui que ce soit. En effet, ce genre de question ne peut appartenir qu'à un univers figé où chaque définition permet de catégoriser, de classer, d'enfermer même, un individu, définitivement prisonnier d'une définition toujours artificielle car elle ne peut prendre racine que dans une idéologie, dont la nature importe peu d'ailleurs. La vraie question, quel que soit le domaine où elle se pose, est de déterminer "à quoi sert" l'objet physique, matériel, intellectuel, concerné. Dès lors que cet aspect est considéré, nous entrons de plein pied dans la réalité parce que nous cherchons à donner un sens à notre vie en passant par l'aspect le plus indiscutable du fait d'être.

Il ne me paraît pas possible de saisir le sens du judaïsme sans rappeler qu'il a été professé par un peuple de nomades, dispersé en groupes de quelques individus, menant à la pâture des troupeaux généralement limités. Sans doute, une des premières conséquences de cette ethnologie a été d'obliger ces pasteurs à un comportement indépendant, où le traitement des aléas de l'existence ne pouvait être qu'individuel. Quand le frère, l'ami, l'allié le plus proche, sont à plusieurs jours de marche, la quasi totalité des événements doit être réglée de manière immédiate quelle qu'en soit la gravité.

Ces circonstances poussent au développement de comportements individuels qui finissent par constituer un mode de vie pratiqué par l'ensemble de la communauté. Il semble probable que cette "culture de la survie", développée à l'échelle individuelle, ne puisse s'intégrer qu'à un type particulier de réflexion commune sur l'origine même de l'ethnie. C'est en examinant les conditions intrinsèques de la "foi" judaïque qu'un certain nombre de pistes apparaissent. Evidemment, ces remarques s'appliquent aux caractères fondamentaux de la pratique, ceux qui vraisemblablement demeurent comme l'héritage de la nuit des temps. Il paraît normal qu'un certain nombre de modes liturgiques se soient (ou aient été) ajoutés à fur et à mesure que l'organisation initiale de l'ethnie a évolué

Avant de s'intéresser à la prière, il est intéressant de considérer certaines conditions qui président à son expression.

• Il faut être un groupe dont la tradition fixe le nombre minimum de participants.
• L'officiant est n'importe qui dans le groupe. Il suffit d'être un membre reconnu de la communauté pour être l'ordonnateur de la "cérémonie".
• La prière est dite debout par des fidèles couverts. Le balancement rituel paraît être l'accompagnement naturel d'une récitation prosodique.
• La prière se caractérise par un son aspect d'apostrophe et commence toujours par une adresse au "peuple d'Israël" même si plus loin un aspect incantatoire apparaît.

Il faut remarquer que le judaïsme est l'une des rares religions où la génuflexion n'existe pas et où, même quand l'adresse se porte sur l'Eternel, le caractère d'apostrophe se maintient et s'exprime la tête couverte.

Tout se passe comme si d'une part, le fidèle est l'égal de sa divinité, qu'il joue, en sorte "dans la même cour" et que Dieu, alors, est une sorte de système de communication qui permet à un groupe d'atteindre le reste de la communauté. Bref, qui est "créateur" et qui est "créature" ?

Ce développement un peu long pour saisir que la dualité a fait son temps et que la prescience que Spinoza avait manifestée prend aujourd'hui une valeur quasiment matérielle. Alors que pour les dualistes (la véritable doctrine défendue pas Descartes), la philosophie se plaçait à côté de la matière pour accompagner éventuellement nos regards sur le monde, les "nomistes" vivent une complète identité de l'esprit et de la matière, ce qui fait de la philosophie une valeur intégrée à l'être humain. C'est ce qui permet à l'Homme de se choisir des jardins particuliers où chacun peut développer à loisir sa liberté de penser sans imaginer un instant quelque prosélytisme que ce soit. Ce ne serait en effet qu'une intervention impérialiste dans un domaine personnel et tout à fait privé. La remarque est d'importance, radicale même (en rendant à ce terme son sens véritable : qui touche à la racine des êtres et des choses) dans la mesure où elle décrit un champ dont le respect est à la base de tout rapport équitable entre les membres d'une même espèce. Les choix philosophiques du développement de la pensée, en l'occurrence les objets de la Foi, de la Morale auxquels le dualisme attribue une qualité transcendantale, redeviennent ce qu'ils n'ont jamais cessé d'être : des valeurs individuelles et, par conséquent, factuelles…, ce qui n'enlève rien à leurs contenus mais tout à leur qualité imposée d'universalisme.

La laïcité dérive rigoureusement de ce regard en ce sens qu'elle traduit le respect du cheminement individuel, de son indépendance et de son autonomie. Mais si le chemin est respecté, si ceux ou celles, pris individuellement, ont par essence de leur être la liberté de leurs choix, ils se doivent de respecter tous les autres choix possibles sans tenter de s'immiscer dans les mécanismes qui président à leur développement intérieur sans y avoir été explicitement conviés.

En fait, la laïcité représente la matérialisation sociale (encore un mot dont le sens a dérivé) du respect de l'autre qui devrait être manifesté par tout individu vis-à-vis de ses congénères sans distinction aucune. C'est dire aussi, combien, il est difficile d'atteindre cet état d'équilibre personnel où les choix de l'Autre, des autres, ne sont plus vécus comme des agressions dès lors qu'ils ouvrent des portes sur un inconnu, menaçant par définition puisque jamais rencontré jusque là.

C'est pour cette raison essentielle (toutes les autres ne sont en fait que des conséquences de ce respect initial) que la laïcité est indissolublement liée à la fondation même de l'Ecole républicaine comme devraient l'être toutes les autres caractéristiques de comportement du citoyen.

Accepter la pluralité et la diversité des choix est à l'honneur de la République mais, pour autant, cela ne signifie nullement que le groupe doive être conduit à intervenir dans des démarches qui sont autant de ruptures, voire de mépris, de ce qui constitue la garantie civique la plus fondamentale, c'est-à-dire le respect total des intimités philosophiques, intellectuelles et religieuses de chacun. A charge de ces intimités d'abandonner en retour, toute activité de prosélytisme dans l'espace public.

Comme la république, la laïcité est "une et indivisible". Que cela plaise ou non, elle est la pierre angulaire de ce type d'organisation sociale. Dès lors que cette règle d'or est écornée, l'organisation socio-sociétale considérée s'achemine selon les cas, et successivement en général, vers un totalitarisme de permanence illusoire, puis vers un délitement fatal qui conduit vers un chaos. Selon le degré de foi que chacun de nous peut accorder à l'ingénuité de l'espèce, il est possible d'imaginer que ce chaos est le prélude à l'émergence d'un autre mode d'organisation plus respectueux des êtres qu'il prétendra organiser.

Mais cette "primauté" de la laïcité prise au sens de la démarche socio-sociétale doit être comprise dans sa totalité. La liberté véritable doit par essence accepter d'être contestée. Une manière, en effet, de lire aussi bien la laïcité que sa sœur, la tolérance, est source de totalitarisme. Tous les ayatollahs se réclament d'un même fond qui est de rejeter tout système qui ne partage pas leurs regards. Il est difficile; ô combien, d'être libre, de respecter l'autre, sa pensée, son regard et de constamment éviter de s'inventer prosélyte parce que porteur de "la" vérité.

N'oublions jamais que notre mesure individuelle se révèle à nous dans la réponse que nous apportons à nous-mêmes à la question : "et si nous n'étions pas là, est-ce que les pierres tomberaient ?"

Une question ? Probablement, la question !

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Voici les 6 dernières réactions à ce commentaire
 Date
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Rédacteur
un plaisir de vous lire, un petit bonjour en passant
 07/06/09 à 09h00
s'arrête où le prosélytisme commence ?
 06/06/09 à 21h47
religion :"choisis tu es libre" alors pourquoi chacun me tire l'oreille de son côté?
 06/06/09 à 19h16
John Deere
mais il faut bien trouver un pot commun où mélanger notre relatif, la nature m'a faite sceptique (nan, nan, pas fausse) mais je salue la qualité de l'exposé


Cuba : depuis 1959
Etats-Unis d'Amérique
France : article 1 de la constitution de 1958. (Voir aussi l’article détaillé : Laïcité en France)
Inde : 42e amendement à sa Constitution de 1947, le Constitution Act (1976) a permis d’inclure le mot secular devant les mots « Democratic Republic » dans son préambule.
Japon : article 20 de la Constitution de 1947. Durant la première moitié du XXe siècle, et particulièrement durant les années 1930, les régimes militaristes qui gouvernèrent le Japon avaient imposé le « shintoïsme d’État », forme exacerbée et instrumentalisée du shintoïsme traditionnel. Élaborée et adoptée durant l’Occupation américaine (1945-1952), la Constitution actuelle intègre les conceptions occidentales de laïcité et de séparation de l'Église et de l'État.
Mexique : article 3 de la Constitution mexicaine de 1917.
Portugal : l’article 41, paragraphe 4 de la constitution de 1976, établit que l’État est laïque. Toutefois, il s’agit là d’une laïcité seulement théorique, car le concordat de 1940 avec le Saint-Siège est resté en vigueur, de même que la loi no 4 du 21 août 1971, souvent qualifiée de loi relative à la liberté religieuse, qui affirme également le statut spécial de l’Église catholique. Cette spécificité a été encore confirmée en 2004, lorsque le Portugal a signé avec le Saint-Siège un nouveau concordat, permettant d’actualiser l’ancien dont certaines dispositions, en particulier relatives aux activités missionnaires dans les anciennes colonies portugaises, étaient obsolètes. Le nouveau concordat reconnaît certes la liberté religieuse, mais « garantit le caractère exceptionnel des relations entre le Portugal et l’Église catholique sans que rien n’entre en contradiction avec l’ordre juridique portugais », et montre bien que le principe constitutionnel de laïcité n’est que purement formel.
Uruguay : article 3 de la constitution de 1964 (Tous les cultes sont libres en Uruguay. L’État ne soutient aucune religion.)
Turquie: dans la constitution, 10 décembre 1937 par « l’État turc est républicain, nationaliste, populiste, étatiste, laïque et réformateur » (Türkiye Devleti, Cumhûriyetçi, Milliyetçi, Hâlkçı, Devletçi, Laik ve İnkılâpçı’dır), les « six principes d’Atatürk ».
Éthiopie: article 11 de la constitution de 1994: "1. L'Etat et la religion sont séparés."[30]
Bolivie, depuis le 26 janvier 2009
 06/06/09 à 18h22
Serenity
mais, pas facile non plus d'être musulman ou chrétien, voire les persécutions que subissent les comunautés chrétiennes dans les pays musulmans et en Israël en particulier !!!