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Libre et de bonnes mœurs
 Libre et de bonnes mœurs
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catégorie : politique / social
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LIBRE ET DE BONNES MOEURS

C'est en participant à la lecture de cette phrase du rituel où il est dit que les "ouvrier(e)s se lèvent et se remplacent" que j'ai rencontré cette autre phrase dont je ne sais pas exactement où elle se place dans l'évolution du candidat à l'initiation et/ou de l'initié.

Peu importe au fond. Cette phrase-là, comme toutes celles qui constituent le rituel où elles se mêlent à autant de gestes significatifs, est une étape sur un chemin dont je pense qu'il peut être abordé à tout moment et par d'innombrables entrées. Il me semble qu'un rituel est avant tout un moteur d'évolution. Aussi, quel que soit le geste (parole ou acte) par lequel il est abordé, la réflexion à partir de ce geste, quasiment choisi au hasard, doit conduire à la reconstitution complète du rituel, à son évolution et à son enrichissement. Si la forme d'un rituel me semble être plutôt structurée de manière sévère, il ne me semble pas possible que son fond ne soit pas le sujet et l'objet de profonds bouleversements. Si ce n'est pas le cas, cela signifie que l'univers est dogmatique, fixé et fixe, bref que la pensée n'est plus libre et que l'évolution est interdite. La plupart des religions que nous connaissons sont dans cette situation et c'est à cela, sans doute, que nous devons la prolifération des sectes que nous pouvons observer actuellement. La religion la plus ouverte, le bouddhisme, dont la méditation personnelle est l'instrument essentiel, en est tellement consciente qu'elle déconseille le mouvement afin d'éviter que le monde ne change tout en permettant à la réflexion de se développer sans entraves... et sans conséquences.

Mais revenons-en à cette déclaration d'être "libre et de bonnes mœurs". Deux termes, en apparence parfaitement contradictoires. D'une part, la liberté, c'est-à-dire la propriété reconnue à tous les êtres de se déplacer sans aucun interdit dans les univers matériels, intellectuels et affectifs de leur choix. D'autre part, les bonnes mœurs, c'est-à-dire la reconnaissance de la qualité "d'être social" (où l'être n'est pas à confondre avec "être", le verbe de l'affirmation de soi). En fait, la première idée qui me vient en lisant cette affirmation, c'est une déclaration de responsabilité. La déclaration d'existence d'un individu, accompagnée du rappel de son appartenance au groupe. L'affirmation de son état d'être, indépendant de la loi "sociale" et capable de recréer en lui-même cette loi sociale, fruit alors de l'exercice de sa liberté individuelle. Il existe une transcendance de l'être qui fait qu'un être conscient ne peut, même dans sa plus profonde "rébellion", inventer un acte irrespectueux de l'autre, des autres, tout aussi êtres qu'il est. Une affirmation que bien que le progrès soit multiforme, il ne peut se développer sans la liberté, pour ne pas dire la licence, d'explorer tous les horizons et qu'il n'y a pas lieu de craindre la destruction du groupe sous les coups d'idées nouvelles et régressives. Un acte de foi en quelque sorte qui exprime la conviction profonde qu'en chacun de nous, Eros l'emportera toujours sur Thanatos. Cette hypothèse est fondatrice d'une conception particulière de l'humanité qui donne à l'être le pouvoir sur sa propre animalité sans en nier l'existence, l'influence et la réalité.

"Libre", je peux tout ; de "bonnes mœurs", je ne constitue pas, je ne constituerai jamais une quelconque menace ni pour moi-même, ni pour l'autre, ni pour le groupe (au sens même de l'espèce) auquel j'appartiens. Comme la justification la plus profonde, la plus génétique (elle me dépasse, elle est inhérente à l'espèce) de la licence de penser.

Je suis libre, je suis un, je suis un individu avec ma peau pour seule limitation de mon pouvoir physique, et avec l'univers comme champ de ma pensée. De bonnes mœurs, je suis capable de constituer le groupe, sans m'y fondre, sans m'y nier, sans y disparaître et pourtant en lui apportant toute ma richesse personnelle. Celle-ci est unique comme est unique l'apport de chacun et, conscient de mon existence, je puis recevoir ce don de la richesse de l'autre et des autres. Mon progrès sera le progrès du groupe, comme l'est le progrès de chacun et réciproquement, le progrès du groupe sera mon progrès comme le progrès de chacun.

Libre et de bonnes mœurs, est finalement ma déclaration d'appartenance, l'affirmation de "mon respect de moi" et de mon respect de l'autre, des autres. C'est aussi l'affirmation qu'il n'est pas d'être qui ne soit social. Les "bonnes mœurs" exprimant alors que je suis capable d'accepter la règle d'appartenance.

Soit dit en passant : à un moment où le groupe dépouille les individus de l'affirmation de leur être en inventant les "libertés publiques" toujours opposées à des "libertés individuelles", cette affirmation définitive d'une "qualité d'être" devient proprement subversive. Elle affiche une prétention à la gestion personnelle de la vie, une affirmation d'indépendance et de responsabilité de l'individu que notre système ne peut accepter sous peine de se détruire. Elle appartient à un univers où l'Etre est gestionnaire de l'Avoir et s'oppose donc à un monde où l'Avoir s'affirme comme la règle commune, l'Etre étant vécu comme une rébellion caractérisée.

"Libre et de bonnes mœurs", tout l'être est là. Comme si l'application d'une réflexion sur ces termes ne pouvait que conduire à la réinvention, d'abord, de ce qui fait une société d'êtres et, ensuite, de son devenir aussi bien proche que lointain. Reconnais-moi, reconnaissez-moi comme ton, votre frère, votre autre, complètement identique et pourtant totalement différent : comme chacun, véritablement unique et véritablement ton, votre, semblable au point de pouvoir se dire :"je suis une partie du Tout mais je suis le Tout partout où je suis."

Dans un autre ordres d'idées, cela me fait penser aux équations de Maxwell : quatre expressions mathématiques qui contiennent la totalité de la théorie de l'électromagnétisme. Quatre lignes sur un tableau noir, une feuille de papier et des dizaines, des centaines d'heures à en développer toute la signification.

"Libre et de bonnes mœurs", la déclaration d'existence de l'humanité.

Un détail personnel : si les rituels m'intéressent, je ne suis pas franc-maçon, je ne suis rien du tout d'ailleurs et si je tente d'être , ce n'est que d'être moi.

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Voici les 7 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 08/03/09 à 09h49
Essayez un peu http://humeurs.strategiques.free.fr
.... un fil d'Ariane...
 07/03/09 à 18h10
n'étant pas abonnée je ne peux pas lire celui que vous venez de m'envoyer.
Bon week-end à vous.
 19/02/09 à 20h17
 16/02/09 à 09h12
"l'Etre étant vécu comme une rébellion caractérisée."

pour les bonnes moeurs et la réinvention
de la différence,de la sincérité envers soi et envers ses engagements librement consentis.
 16/02/09 à 09h01
 16/02/09 à 01h12