( A la manière maniérée d'Eric Laurrent)
B. avait une heure de retard, fidèle en cela à ses habitudes de prima donna banlieusarde. Il avait pris soin, au préalable de téléphoner deux fois : la première, pour annoncer qu’il s’était résigné à nous faire l’aumône de son illustre présence, et ce, malgré la retransmission télévisée d’une partie de ce jeu sportif mondialement suivi et localement chéri qui verrait la victoire - je ne le saurais que trois heures après, à la mine réjouie de quelque zélé partisan passablement éméché - d’une équipe parisienne de mauvais aloi et de bas niveau ; la seconde, pour s’enquérir du chemin, ayant pris le parti, comme moi, de descendre l’avenue plutôt que de la monter, en vertu du principe selon lequel le moindre effort qui amène toujours un surcroît de tracas.
Donc, B. arriva à neuf heures. Une heure après tout le monde. Il annonça qu’il ne savait pas jouer à ce jeu américain commenté sur une chaîne privée par un chanteur pour midinettes, acteur à ses heures perdues, et qui passait son temps dans les tripots mal famés de villes interlopes. La conversation, alors qu’on tentait de lui inculquer les quelques rudiments de ce jeu peu civilisé fait pour les barbares, se porta immanquablement sur les dernières frasques en frac de notre cher Président et, spécifiquement, sur l’amour qu’il vouait à sa dernière conquête.
B. - Je pense que C. B., à la C.B. déjà blindée, est sincèrement attirée par le pouvoir, et qu’elle aime sincèrement notre cher Président.
Moi - Ah, tu es naïf ! Je ne puis croire que tu penses sincèrement ce que tu dis. Tu bluffes…
Et de l’esbroufe, il y en eut, dans cette partie où j’eus toutes les chances du monde, et toute la honte qui va avec. Car, ayant fustigé les forces occultes de l’argent, blâmé l’avarice avec toute la petite fougue dont j’étais capable, lancé anathèmes et imprécations de toute nature contre la finance spéculative, comme à mon habitude, je me comportai, vainqueur, comme un chien de capitaliste. Au passage, à une sincère femme de gauche, qui était dépourvue de jetons, je fis l’aumône de deux ou trois des miens, me retrouvant ainsi dans la situation de quelque patron abandonnant les miettes de quelques étrennes à sa femme de ménage, à l’occasion des fêtes de fin d’année. Je ne manquai pas de m’attirer, en vertu de la loi d’airain selon laquelle l’échelle sociale est, dans le sens ascendant, marquée par la haine, une solide animosité de sa part.
Aussi, au moment de prendre congé, je proposai de remettre ce titre fort mal acquis en jeu, et de payer, au moyen de la cagnotte ainsi amassée, une bouteille de quelque liqueur alcoolisée. On oublierait peut-être cette alors sinistre farce ultra - libérale.
B. avait une heure de retard, fidèle en cela à ses habitudes de prima donna banlieusarde. Il avait pris soin, au préalable de téléphoner deux fois : la première, pour annoncer qu’il s’était résigné à nous faire l’aumône de son illustre présence, et ce, malgré la retransmission télévisée d’une partie de ce jeu sportif mondialement suivi et localement chéri qui verrait la victoire - je ne le saurais que trois heures après, à la mine réjouie de quelque zélé partisan passablement éméché - d’une équipe parisienne de mauvais aloi et de bas niveau ; la seconde, pour s’enquérir du chemin, ayant pris le parti, comme moi, de descendre l’avenue plutôt que de la monter, en vertu du principe selon lequel le moindre effort qui amène toujours un surcroît de tracas.
Donc, B. arriva à neuf heures. Une heure après tout le monde. Il annonça qu’il ne savait pas jouer à ce jeu américain commenté sur une chaîne privée par un chanteur pour midinettes, acteur à ses heures perdues, et qui passait son temps dans les tripots mal famés de villes interlopes. La conversation, alors qu’on tentait de lui inculquer les quelques rudiments de ce jeu peu civilisé fait pour les barbares, se porta immanquablement sur les dernières frasques en frac de notre cher Président et, spécifiquement, sur l’amour qu’il vouait à sa dernière conquête.
B. - Je pense que C. B., à la C.B. déjà blindée, est sincèrement attirée par le pouvoir, et qu’elle aime sincèrement notre cher Président.
Moi - Ah, tu es naïf ! Je ne puis croire que tu penses sincèrement ce que tu dis. Tu bluffes…
Et de l’esbroufe, il y en eut, dans cette partie où j’eus toutes les chances du monde, et toute la honte qui va avec. Car, ayant fustigé les forces occultes de l’argent, blâmé l’avarice avec toute la petite fougue dont j’étais capable, lancé anathèmes et imprécations de toute nature contre la finance spéculative, comme à mon habitude, je me comportai, vainqueur, comme un chien de capitaliste. Au passage, à une sincère femme de gauche, qui était dépourvue de jetons, je fis l’aumône de deux ou trois des miens, me retrouvant ainsi dans la situation de quelque patron abandonnant les miettes de quelques étrennes à sa femme de ménage, à l’occasion des fêtes de fin d’année. Je ne manquai pas de m’attirer, en vertu de la loi d’airain selon laquelle l’échelle sociale est, dans le sens ascendant, marquée par la haine, une solide animosité de sa part.
Aussi, au moment de prendre congé, je proposai de remettre ce titre fort mal acquis en jeu, et de payer, au moyen de la cagnotte ainsi amassée, une bouteille de quelque liqueur alcoolisée. On oublierait peut-être cette alors sinistre farce ultra - libérale.
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...au nain jaune (aucun rapport avec notre président...ni sa femme)
si d'autres sont tentés, c'est par là: http://www.pointscommuns.com/sortie-POKER-2358.html
on joue à présent au capitaliste et au sans le sous.
Intéressant, intéressant.
Intéressant, intéressant.
sont nécessaires pour trouver le tripot...les tomates cerises étant quant à elles déjà largement digérées...

un vrai bon fou rire mordelol, merci !
on n'a même pas besoin de consulter un dictionnaire... 


à la phrase de 18 lignes, on approche 
Bel exercice de style!

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Augder
publié le 30 mars 08