Au traducteur triangulaire
Le jour de la Saint Valentin est parue, aux éditions Rivages, collection Petite Bibliothèque, la correspondance entre Marina Tsvétaïeva et Rainer Maria Rilke, dont le titre, plus énigmatique qu'il n'y paraît, « Est - ce que tu m'aimes encore ? » interroge ce qu'on ne croit pas.
Je n'insisterai pas sur le triolisme épistolaire de la relation, puisque Pasternak y joue le rôle du tiers éternel, éternellement berné, toujours renonçant.
Non, je n'aurai cure, donc, que de Marine et de Rainer. Car Marina est une jeune poétesse russe qui n'aime pas l'amour, qui aime les mots, et surtout ceux des poètes. Germanophile, elle écrit en allemand à son cher Rilke: d'un allemand plein de jeux nominaux que relève avec habileté, au moyen de notes qui jamais ne pèsent ou ne posent, le traducteur.
Faut-il, peut-on, faire le deuil de l'amour perdu, de la présence jamais plus présente, et d'autant moins qu'elle se sera manifestée par l'entremise de quelques mots versés sur le papier ?
Hymne des pieds que fait Rilke, comme un portrait en pied discret, humble, malicieux : " (Plantes des pieds, bienheureuses, si souvent, bienheureuses de marcher sur tout, sur la terre, bienheureuses d'être les premières à savoir, de savoir d'avance, d'être dans le secret au-delà du savoir !)" Et l'on sent que Rilke, au début, en garde sous le pied: qu'il ne résistera que bien malgré lui aux appels de pied de Marina...
Car Marina ne cesse de livrer son âme slave aux furies de l'exaltation peu spinoziste, esclave de son tempérament de feu et de son corps de glace. La très bonne tenue des propos de la dame, et qui contraste avec ses intentions malicieuses, évoque irrésistiblement le Proust de la Fugitive lorsqu'il écrit : «Elle avait très bonne tenue tout en faisant du pied sous la table aux amis du vieux banquier qui lui plaisaient. »
Le jour de la Saint Valentin est parue, aux éditions Rivages, collection Petite Bibliothèque, la correspondance entre Marina Tsvétaïeva et Rainer Maria Rilke, dont le titre, plus énigmatique qu'il n'y paraît, « Est - ce que tu m'aimes encore ? » interroge ce qu'on ne croit pas.
Je n'insisterai pas sur le triolisme épistolaire de la relation, puisque Pasternak y joue le rôle du tiers éternel, éternellement berné, toujours renonçant.
Non, je n'aurai cure, donc, que de Marine et de Rainer. Car Marina est une jeune poétesse russe qui n'aime pas l'amour, qui aime les mots, et surtout ceux des poètes. Germanophile, elle écrit en allemand à son cher Rilke: d'un allemand plein de jeux nominaux que relève avec habileté, au moyen de notes qui jamais ne pèsent ou ne posent, le traducteur.
Faut-il, peut-on, faire le deuil de l'amour perdu, de la présence jamais plus présente, et d'autant moins qu'elle se sera manifestée par l'entremise de quelques mots versés sur le papier ?
Hymne des pieds que fait Rilke, comme un portrait en pied discret, humble, malicieux : " (Plantes des pieds, bienheureuses, si souvent, bienheureuses de marcher sur tout, sur la terre, bienheureuses d'être les premières à savoir, de savoir d'avance, d'être dans le secret au-delà du savoir !)" Et l'on sent que Rilke, au début, en garde sous le pied: qu'il ne résistera que bien malgré lui aux appels de pied de Marina...
Car Marina ne cesse de livrer son âme slave aux furies de l'exaltation peu spinoziste, esclave de son tempérament de feu et de son corps de glace. La très bonne tenue des propos de la dame, et qui contraste avec ses intentions malicieuses, évoque irrésistiblement le Proust de la Fugitive lorsqu'il écrit : «Elle avait très bonne tenue tout en faisant du pied sous la table aux amis du vieux banquier qui lui plaisaient. »
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Voici les 5 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
" Normal car spinoziste " !
( J.B.Pouy )
( J.B.Pouy )
22/03/08 à 07h20
allez faire un tour à l'expo "parlez-moi d'amour" organisé par le musée des lettres...
http://www.museedeslettres.fr/
jolies étreintes manuscrites...
votre com m'y a fait penser..
merci et vous me direz ?..
http://www.museedeslettres.fr/
jolies étreintes manuscrites...
votre com m'y a fait penser..
merci et vous me direz ?..
Elle n'aime pas l'amour, elle aime les mots.. Et les mots d'amour ?


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Augder
publié le 21 mars 08