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Ça se passe dans les allées du Bois de Vincennes. Elle longe nonchalamment les rives du lac, il bouquine, assis sous un platane. Elle avance à pas de velours, il ne la voit pas approcher. Un effluve particulier soudain envahit tout l’espace, il lève la tête et tressaille, elle est dressée devant lui. De son corps à la beauté animale émane une fragrance capiteuse et enivrante, il frissonne. Feignant l’indifférence, elle se retourne et reprend sa marche, offrant sans pudeur à son regard troublé le balancement félin de ses hanches.
Est-ce une invitation à la suivre ? Il la regarde s’éloigner, incapable du moindre mouvement. Il se sent ridicule, seul avec ce désir violent qui lui tenaille le ventre. Il a définitivement perdu le fil de son polar, une colère dont il ignore la cause sourd en lui et il n’est plus très sûr de n’avoir pas rêver cette apparition. Se relevant d’un bond, il choisit de croire que c’est une pute égarée dans cette partie du parc ordinairement réservée aux balades en famille et aux divagations des derniers romantiques.
À grandes enjambées, il rejoint la station de métro la plus proche. Sur le quai, il retrouve les usagers du dimanche : des promeneurs, des vieux, des enfants et bien sûr quelques clodos pour qui le jour du Seigneur ne marque pas de pause dans leur quête quotidienne d’un abri.
En pénétrant dans la rame, il hésite à s’asseoir. La marche ne l’a pas calmé. Ses yeux parcourent distraitement le décor familier. Les bancs au tissu usé, parfois souillés. Les vitres et leurs graffitis gravés à la hâte par des gamins qui tentent de se prouver par cet acte dérisoire que cette société est aussi un peu la leur. Sur les parois sales, la sempiternelle publicité vantant les vertus d’un cours d’anglais censé vous ouvrir les portes du monde. Son regard se fige. À l’autre bout du compartiment, cette silhouette… c’est elle. Même de loin, il peut sentir le magnétisme de ses yeux fixés sur lui. Il croit deviner qu’elle sourit.
Le train s’arrête dans une station, puis une autre. Des gens montent, d’autres descendent, le bousculent, il ne les voit pas, hypnotisé par l’éclat vert de ce regard qui ne quitte plus le sien. Arrêt suivant, l’inconnue bouge enfin. Ses doigts agrippent la poignée de la porte. Instinctivement, il fait de même, mimant chacun de ses gestes. Ils descendent du train et il la suit lorsqu’elle se dirige vers la sortie. Sans réfléchir, il calque son pas sur le sien, la distance entre eux de cette manière ne varie jamais. Ils longent un couloir, montent un escalier et se retrouvent à l’air libre, dans un quartier qu’il ne connaît pas. Quelle distance parcourent-ils ainsi, l’un derrière l’autre, tels des alpinistes reliés par une cordée invisible ?
Peu à peu, les passants se font plus rares, les rues plus calmes. Elle s’arrête devant un vieil immeuble aux murs noircis de pollution. Elle tape un code sur le clavier qui orne le chambranle d’une porte à l’ancienne. Il s'arrête à quelques pas pour la laisser faire et quand elle franchit le seuil, il hésite une fraction de seconde mais se précipite à l’intérieur avant que la porte ne se referme. L’inconnue, déjà, gravit les premières marches d’un escalier sombre. Il la suit et respire à plein poumon cette odeur qui n’appartient qu’à elle et ravive en lui une excitation d’un autre âge, ravageuse et bestiale. Son corps, comme en réponse à un secret appel, se tend et il accélère, tentant de la rejoindre. Mais déjà elle s’élance et semble bondir de marche en marche. Vaincu, le souffle court, il ralentit et poursuit péniblement son ascension.
Parvenu au dernier étage, il s’arrête. Le palier est désert. Le sang martèle ses temps. Au fond du couloir, une porte est entrouverte sur un rai de lumière vacillante. Il avance lentement et pénètre dans une pièce éclairée par une multitude de bougies posées à même le sol. L’éclat des petites flammes l’éblouit et crée des zones d’ombre. La porte claque derrière lui. Il sursaute et se retourne, mais ne voit personne. L’air est saturé de cette odeur qui le poursuit depuis le Bois de Vincennes et dont la densité, ici, en devient écœurante. À cet instant, il a la vague sensation d’un danger mais, totalement soumis à ses sens, il n’est préoccupé que d’assouvir son désir.
Tout près de lui soudain il perçoit un son doux qu’il peine à reconnaître. Un ronronnement ? Un miaulement de chat ? Le son se déplace, s’amplifie jusqu’à devenir grondement, puis s’atténue, s’éloigne et c’est à nouveau le silence.
Ce son, cette odeur… Il commence à comprendre, mais il est déjà trop tard, dans un feulement déchirant elle bondit sur lui. Il ne cherche pas à fuir, il hurle en silence et prie pour que cela se fasse vite, les fauves sont joueurs…
Louise, qui se dit qu'il est l'heure de nourrir ses chats...
Est-ce une invitation à la suivre ? Il la regarde s’éloigner, incapable du moindre mouvement. Il se sent ridicule, seul avec ce désir violent qui lui tenaille le ventre. Il a définitivement perdu le fil de son polar, une colère dont il ignore la cause sourd en lui et il n’est plus très sûr de n’avoir pas rêver cette apparition. Se relevant d’un bond, il choisit de croire que c’est une pute égarée dans cette partie du parc ordinairement réservée aux balades en famille et aux divagations des derniers romantiques.
À grandes enjambées, il rejoint la station de métro la plus proche. Sur le quai, il retrouve les usagers du dimanche : des promeneurs, des vieux, des enfants et bien sûr quelques clodos pour qui le jour du Seigneur ne marque pas de pause dans leur quête quotidienne d’un abri.
En pénétrant dans la rame, il hésite à s’asseoir. La marche ne l’a pas calmé. Ses yeux parcourent distraitement le décor familier. Les bancs au tissu usé, parfois souillés. Les vitres et leurs graffitis gravés à la hâte par des gamins qui tentent de se prouver par cet acte dérisoire que cette société est aussi un peu la leur. Sur les parois sales, la sempiternelle publicité vantant les vertus d’un cours d’anglais censé vous ouvrir les portes du monde. Son regard se fige. À l’autre bout du compartiment, cette silhouette… c’est elle. Même de loin, il peut sentir le magnétisme de ses yeux fixés sur lui. Il croit deviner qu’elle sourit.
Le train s’arrête dans une station, puis une autre. Des gens montent, d’autres descendent, le bousculent, il ne les voit pas, hypnotisé par l’éclat vert de ce regard qui ne quitte plus le sien. Arrêt suivant, l’inconnue bouge enfin. Ses doigts agrippent la poignée de la porte. Instinctivement, il fait de même, mimant chacun de ses gestes. Ils descendent du train et il la suit lorsqu’elle se dirige vers la sortie. Sans réfléchir, il calque son pas sur le sien, la distance entre eux de cette manière ne varie jamais. Ils longent un couloir, montent un escalier et se retrouvent à l’air libre, dans un quartier qu’il ne connaît pas. Quelle distance parcourent-ils ainsi, l’un derrière l’autre, tels des alpinistes reliés par une cordée invisible ?
Peu à peu, les passants se font plus rares, les rues plus calmes. Elle s’arrête devant un vieil immeuble aux murs noircis de pollution. Elle tape un code sur le clavier qui orne le chambranle d’une porte à l’ancienne. Il s'arrête à quelques pas pour la laisser faire et quand elle franchit le seuil, il hésite une fraction de seconde mais se précipite à l’intérieur avant que la porte ne se referme. L’inconnue, déjà, gravit les premières marches d’un escalier sombre. Il la suit et respire à plein poumon cette odeur qui n’appartient qu’à elle et ravive en lui une excitation d’un autre âge, ravageuse et bestiale. Son corps, comme en réponse à un secret appel, se tend et il accélère, tentant de la rejoindre. Mais déjà elle s’élance et semble bondir de marche en marche. Vaincu, le souffle court, il ralentit et poursuit péniblement son ascension.
Parvenu au dernier étage, il s’arrête. Le palier est désert. Le sang martèle ses temps. Au fond du couloir, une porte est entrouverte sur un rai de lumière vacillante. Il avance lentement et pénètre dans une pièce éclairée par une multitude de bougies posées à même le sol. L’éclat des petites flammes l’éblouit et crée des zones d’ombre. La porte claque derrière lui. Il sursaute et se retourne, mais ne voit personne. L’air est saturé de cette odeur qui le poursuit depuis le Bois de Vincennes et dont la densité, ici, en devient écœurante. À cet instant, il a la vague sensation d’un danger mais, totalement soumis à ses sens, il n’est préoccupé que d’assouvir son désir.
Tout près de lui soudain il perçoit un son doux qu’il peine à reconnaître. Un ronronnement ? Un miaulement de chat ? Le son se déplace, s’amplifie jusqu’à devenir grondement, puis s’atténue, s’éloigne et c’est à nouveau le silence.
Ce son, cette odeur… Il commence à comprendre, mais il est déjà trop tard, dans un feulement déchirant elle bondit sur lui. Il ne cherche pas à fuir, il hurle en silence et prie pour que cela se fasse vite, les fauves sont joueurs…
Louise, qui se dit qu'il est l'heure de nourrir ses chats...
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........merde; dommage c'est fini..........je commence a comprendre que, si je n'aime pas lire, c'est parceque j'ai pas trouvé une ecriture qui me ........prends
Un être mystérieux qui mène en bateau le héros, qui le fascine et finit par l'envahir ou le détruire. Il guide notre lecture jusqu'à ce qu'il nous prenne à la gorge comme le félin de votre imaginaire. Excellent cheminement narratif, le lecteur se sent impliqué comme s'il était à la fois le narrateur et le tiers réfléchissant l'opacité et le surréalisme de l'intrigue. Ensuite, ce texte m'a fait pensé à "Cat People" film des années 50, qui est l'incarnation d'une jeune femme qui se transforme en panthère, film noir et blanc par excellence. J'adore vous lire.
Merci
Merci
... dans les précédents.
Le neutrologue amoureux me fait quelque chose de bizarre, à l'interieur....
Aurais-je moi aussi fermé les yeux sur trop de choses? Certainement.
Le neutrologue amoureux me fait quelque chose de bizarre, à l'interieur....
Aurais-je moi aussi fermé les yeux sur trop de choses? Certainement.
c'est le B-A-BA pour nous, les oiseaux
Joli !
Joli !
[coup de griffes]
je ne fais que passer
........... (`,-,')
......... ,-' ¨ ¨ ;
.... _,-' ¨ , `,-
_,-' ¨ ¨ ,' ¨/,_
‘ _,-. ¨/ ¨,'._
, ,, ¨)-| (
,,'_,' ‘ (_
(__,))
© Marie05
je ne fais que passer

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© Marie05
elle s-p-atte, bêtement, sans doute 

c'est pour ça que les femmes en profitent 

j'en reste baba, les nouvelles technologiques c'est comme l'art contemporain, je n'y connais rien mais j'apprécie à sa juste mesure.
Sauf que, mais ça ne fait rien et c'est aussi bon : merci pour ce délice du matin !
me fait penser à la Dame aux Camélias d'Alexandre Dumas fils. L'homme qui suit longuement une femme jusqu'à sa porte et qui se retourne en lui disant : "tu viens chérie?" Et là, tout le mystère s'évanouit.

Mmm c'est petits détails croustillants du bois de Vincennes et de ses effluves.. !
Bis bis bis
)
PS. La fin, quand même...
Bis bis bis
)PS. La fin, quand même...
qui étoilent ses prunelles mystiques...
09/11/08 à 21h29
09/11/08 à 21h27
chatnoirchatblanc
et original, il m'évoque ce beau film, comme un echo, pas du tout comme un plagiat, si ta réac m'est adressée?
09/11/08 à 21h15
Et il n'y a pas de preuve du contraire non plus, évidemment.
*****
pour nourrir mes trois félins ...
Bon je vais voir comment je peux faire pour leur trouver mieux ....
Bon je vais voir comment je peux faire pour leur trouver mieux ....

... vous lire ! Merci pour ce délice du soir.
mutin et frais
bon s'il te reste du kitekat, j'en veux bien : ma voisine a laissé son chat sur le palier, à force de couiner je vais essayer de le calmer avec de la pâtée et des câlins
bon s'il te reste du kitekat, j'en veux bien : ma voisine a laissé son chat sur le palier, à force de couiner je vais essayer de le calmer avec de la pâtée et des câlins



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louise_brooks
publié le 9 nov. 08