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Nombreux sont ceux qui accusent l’écrivain et plasticien canadien de surfer sur la vague du nihilisme pseudo anticonsumériste des années 90(!), toujours est il que le titre de son roman phare Génération X est entré dans le vocabulaire courant des sciences sociales, au moins outre atlantique, pour désigner de manière générique l’ensemble des individus nés de la fin des années 50 au milieu des années 70, et l’influence a été telle que l’on parle même, dans les milieux du marketing de génération Y pour désigner les jeunes de la génération internet nés à partir de 1980.
Derrière ce titre devenu commun, se cache un chef d’oeuvre de la culture américaine d’après guerre.
A travers le regard de trois membres de la génération X, Coupland nous livre une critique de l’Amérique des baby boomers non exempte d’un soupçon d’élitisme culturel. L’incursion du lecteur dans la vie de Claire, Dag et Andy, le narrateur, ne se fait pas sans percevoir, dans leur philosophie de vie et dans le jugement qu’ils portent sur la société un je ne sais quoi d’a priori bourgeois bohème. Claire a quitté le monde de la mode pour devenir vendeuse, Dag et Andy ont également tourné le dos à ce qui s’apparente à des situations de cadres jeunes et dynamiques pour devenir barmen. Tous trois vivent dans des bungalows à Palm Springs, une banlieue dortoir sans charme de Los Angeles, s’adonnant à des activités pour le moins étranges : piqueniquer dans des villages de vacances abandonnés, se raconter des histoires vécues inconcevables dans un monde normal ou encore vandaliser des grosses voitures.
Les trois jeunes observent avec cynisme les défauts et les hantises de ce qu’ils appellent les yuppies, c'est-à-dire la génération de leurs parents, celle du baby boom, tout en ayant eux aussi leurs propres craintes : finir par ressembler un jour à leurs parents ou encore assister à la fin du monde dans une catastrophe nucléaire.
Le mode de vie de ces personnages leur sérénité, leur insouciance imperturbable et l’écriture même de Coupland n’est pas sans rappeler Kerouac.
Génération X est en quelque sorte l’analogue de Sur la route transposé aux années 90… les illusions et l’émerveillement hippie en moins.
Les marges du livre sont parsemées de slogans provocateurs tel que « Dans le nouvel ordre mondial, tu compteras peut être pour rien » ou « Il faut réinventer la classe moyenne » qui rappellent, et ce n’est surement pas un hasard, Fight Club, le film de David Fincher. A coté de ces slogans on trouve un grand nombre de néologismes, accompagnés de leurs définitions, désignant des notions symboles de la société américaine, ainsi on peut lire : "McJob : boulot à petit salaire, petit prestige, petite dignité, petit profit et sans aucun avenir, dans la branche des services."
Génération X est paru en 1991, à l’époque où la culture dite alternative était en pleine ébullition. A New York (ville qui constitue avec Seattle le berceau du mouvement alternatif), Keith Haring peignait, à même les murs, ses fresques colorées peuplées de personnages maintenant entrés dans la légende pour dénoncer les discriminations raciales ou sexuelles et les Sonic Youth, formation de rock expérimental, sortait leur album Goo, ouvrant la porte à tout un nouveau courant artistique.
Quinze ans plus tard, il ne reste rien ou presque de la brutalité des années 90 mais le livre de Coupland n’a pas perdu de sa force. L’image de ces trois amis diluant à coups d’assertions pop et psyché les promesses consuméristes de l’American Way of Life a plus de sens que jamais. A l’heure de la culture aseptisée, de la standardisation des esprits et de la mondialisation galopante, le livre de Coupland rappelle, avec un peu plus de crédit que la naïveté hippie de Kerouac, qu’il est surement possible de mener sa vie autrement que dans le cadre prédéfinit travail=argent=réussite.
Bien que plutôt réaliste, l’histoire se termine sur une scène psychédélique, la rencontre prophétique du narrateur avec un oiseau, et, ultimes interrogations, le livre se referme sur une série de chiffres sélectionnés pêle-mêle par l’auteur dans différents journaux américains : nombre de meurtres vus à la télé par un enfant moyen jusqu’à l’âge de 16 ans : 18.000, nombre de spots de pub vus par un enfant américain jusqu’à 18 ans : 350.000, Pourcentage de jeunes de 18-29 ans qui répondent « non » à la question «Aimeriez vous que votre mariage ressemble à celui de vos parents ? » : 55%...
Derrière ce titre devenu commun, se cache un chef d’oeuvre de la culture américaine d’après guerre.
A travers le regard de trois membres de la génération X, Coupland nous livre une critique de l’Amérique des baby boomers non exempte d’un soupçon d’élitisme culturel. L’incursion du lecteur dans la vie de Claire, Dag et Andy, le narrateur, ne se fait pas sans percevoir, dans leur philosophie de vie et dans le jugement qu’ils portent sur la société un je ne sais quoi d’a priori bourgeois bohème. Claire a quitté le monde de la mode pour devenir vendeuse, Dag et Andy ont également tourné le dos à ce qui s’apparente à des situations de cadres jeunes et dynamiques pour devenir barmen. Tous trois vivent dans des bungalows à Palm Springs, une banlieue dortoir sans charme de Los Angeles, s’adonnant à des activités pour le moins étranges : piqueniquer dans des villages de vacances abandonnés, se raconter des histoires vécues inconcevables dans un monde normal ou encore vandaliser des grosses voitures.
Les trois jeunes observent avec cynisme les défauts et les hantises de ce qu’ils appellent les yuppies, c'est-à-dire la génération de leurs parents, celle du baby boom, tout en ayant eux aussi leurs propres craintes : finir par ressembler un jour à leurs parents ou encore assister à la fin du monde dans une catastrophe nucléaire.
Le mode de vie de ces personnages leur sérénité, leur insouciance imperturbable et l’écriture même de Coupland n’est pas sans rappeler Kerouac.
Génération X est en quelque sorte l’analogue de Sur la route transposé aux années 90… les illusions et l’émerveillement hippie en moins.
Les marges du livre sont parsemées de slogans provocateurs tel que « Dans le nouvel ordre mondial, tu compteras peut être pour rien » ou « Il faut réinventer la classe moyenne » qui rappellent, et ce n’est surement pas un hasard, Fight Club, le film de David Fincher. A coté de ces slogans on trouve un grand nombre de néologismes, accompagnés de leurs définitions, désignant des notions symboles de la société américaine, ainsi on peut lire : "McJob : boulot à petit salaire, petit prestige, petite dignité, petit profit et sans aucun avenir, dans la branche des services."
Génération X est paru en 1991, à l’époque où la culture dite alternative était en pleine ébullition. A New York (ville qui constitue avec Seattle le berceau du mouvement alternatif), Keith Haring peignait, à même les murs, ses fresques colorées peuplées de personnages maintenant entrés dans la légende pour dénoncer les discriminations raciales ou sexuelles et les Sonic Youth, formation de rock expérimental, sortait leur album Goo, ouvrant la porte à tout un nouveau courant artistique.
Quinze ans plus tard, il ne reste rien ou presque de la brutalité des années 90 mais le livre de Coupland n’a pas perdu de sa force. L’image de ces trois amis diluant à coups d’assertions pop et psyché les promesses consuméristes de l’American Way of Life a plus de sens que jamais. A l’heure de la culture aseptisée, de la standardisation des esprits et de la mondialisation galopante, le livre de Coupland rappelle, avec un peu plus de crédit que la naïveté hippie de Kerouac, qu’il est surement possible de mener sa vie autrement que dans le cadre prédéfinit travail=argent=réussite.
Bien que plutôt réaliste, l’histoire se termine sur une scène psychédélique, la rencontre prophétique du narrateur avec un oiseau, et, ultimes interrogations, le livre se referme sur une série de chiffres sélectionnés pêle-mêle par l’auteur dans différents journaux américains : nombre de meurtres vus à la télé par un enfant moyen jusqu’à l’âge de 16 ans : 18.000, nombre de spots de pub vus par un enfant américain jusqu’à 18 ans : 350.000, Pourcentage de jeunes de 18-29 ans qui répondent « non » à la question «Aimeriez vous que votre mariage ressemble à celui de vos parents ? » : 55%...
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Akalid
publié le 13 août 05