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« la fin des idées » . « les habiles et les croyants ». dialogue entre pascal et hannah arendt
 « la fin des idées » . « les habiles et les croyants ». dialogue entre pascal et hannah arendt
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Si comme l’émission d’Hervé Gardette(1) de ce 9 mai 2017 sur France culture le laisse entendre,
ces derniers jours et semaines sont le signe ostensible de la fin des idées, je peux sans trop me tromper, mais en toute modestie, faire remonter l’origine de ce questionnement à un livre qui date, « La crise de la culture » d’Hannah Arendt. 67 ans déjà ! Et ce n’est pas le plus ancien.
Pour tous les esprits à qui il reste une trace de la construction de la pensée par le raisonnement, c’est à dire ceux qui ont atteint largement la quarantaine et donc ont pu toucher du doigt le plaisir de l’acquisition de connaissances au sein de l’école républicaine, comme construction possible d’un sens à l’ existence - que Pascal jugeait « absurde » - le désenchantement est grand.
Mais c’est dans l’urgence que les esprits trouvent souvent à rebondir.


Le néant est donc là . Il frappe à la porte de notre pays, il risque même de concourir à son empire.
La grande « trompérisation » , aphorisme de notre impuissance.
Il suffit de faire quelques liens pour s’en convaincre.

De quoi Macron est-il le nom ? (2)

D’une manière d’adhérer à une lecture du monde sans le travail de la pensée.
Pour user de termes contemporains, l’adhésion à un emballage, des mots clefs, un concept commercial fédérant beaucoup d’ignares. Un peuple de « croyants » entraînés par quelques spécialistes de la mercatique et des algorithmes, ayant analysé une somme de données sur quelques mois de l’été 2016 , adeptes de la « gouvernance entrepreneuriale »(3) façon Zukerberg. Voilà pour le costard Macron. La séduction est grande de préférer « croire » et d’ainsi favoriser le mouvement d’une marche sans destination claire, l’inverse d’une construction digérée sur le temps long, incommode et peu gratifiante , de la pensée .

Hannah, héritière d’une véritable formation de l’esprit, bien européenne elle, nous invite à saisir une autre vision du monde, plus traditionnelle, mais avec un train d’avance. (Notre retard avec les EU se réduit comme peau de chagrin tant nous copions bêtement leurs piètres outils en matière de production de la pensée : Education de masse par le jeu et le moins d’effort possible , Intelligences artificielles, algorithmes, big data..etc )

Nous n’avons rien à gagner à nous éloigner du monde qui nous précède pour éviter d’en tirer les enseignements, nous dit-elle. Et nous de lire Pascal à sa suite :

« Le monde juge bien des choses, car il est dans l’ignorance naturelle, qui est le vrai siège de l’homme. Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle, où se trouvent tous les hommes en naissant. »

Hannah surenchérirait par cette observation complémentaire :
«C’est bien le propre de la condition humaine que chaque nouvelle génération grandisse à l’intérieur d’un monde déjà ancien » .

Pascal d’enchaîner :
- «  L’autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d’où ils étaient partis Mais c’est une ignorance savante, qui se connaît. »

Hannah, inquiète, nous prévint :
« Quand dans les questions politiques, la saine raison humaine achoppe et ne permet plus de fournir de réponses, on se trouve confronté à une crise » « C’est un pan du monde, quelque chose de commun à tous, qui s’écroule »

Il nous reste des slogans de type « en marche » !

« La fin des idées » comme le conclueraient Hervé Gardette et ses invités.


(1)https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre/qui-sort-vainqueur-de-
la-bataille-des-idees
(2)http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/emmanuel-macron-un-putsch-du-cac
-192143
(3) « La gouvernance par les nombres » d’Alain Supiot
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Voici les 61 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 18/05/17 à 18h58
en trés peu de phrases...belle illustration.
 18/05/17 à 18h57
Au spectacle de notre médiocrité est-on invité !
 18/05/17 à 18h54
 18/05/17 à 18h54
 18/05/17 à 18h54
sans commentaire!
Vous avez assez de lecture : *
*voir ci-dessus.

semble malheureusement valoir pour le reste


mais cela est une autre affaire )
avec argumentations et contre argumentations

mais une altercation "

à chacun son petit commerce et sa promo
aucun échange en effet
je tenterai de faire mieux sous l'une de vos prochaines apparitions !

bonne après midi !
 12/05/17 à 10h11
Les salariés "d'Air Liquide" menacent de faire sauter leur usine dans la Creuse. Par téléphone, Yann AUGRAS de la CGT GM&S Industry

"ON VA TOUT PÉTER !"
Chez Daniel Mermet :
http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/a-la-souterraine-tout-va-peter
!
 12/05/17 à 09h34
Afin de tenter de sculpter "la vapeur d'eau" tu la places et tu la domptes
ICI refroidie-------> 

 12/05/17 à 09h18
Force questions sans éclairer le chemin qu'elles suivent dans votre pensée et à propos de quel sujet , je finis par vous perdre de vue...

Bonne journée !
Quand bien même celui-ci et dans une telle situation paraîtrait aussi étrange qu' inquiétant ...
Boff, tout ce qui n'est pas Amour n'est que temps perdu, ou alors autant sculpter de la vapeur d'eau ...
 12/05/17 à 02h17
hashtag
…ou de tenter de faire part de la difficulté d’être à la bonne place pour comprendre ? car laquelle serait-elle ? la philo ? la socio ? l’anthropo. ? la psy ? que sais-je...

…ou de la compréhension au moins de la nécessité d’accepter peut-être que la « situation nous échappe » et que certaines méthodes d’objectivation ici et là on peut les laisser au placard pour que, ce qui se joue ici devienne perceptible ?

J’en sais rien , tout ce que je sais faire c’est me poser des questions, encore que comme vous voyez elles sont loin d’être bien posées !

Merci Delf pour le « boulot » amical de traduction de ma dernière réac !
Bonne journée !! 
 11/05/17 à 19h40
La mort du corps civique serait le signe de celle en amont de l'esprit pensant ? Là est-elle votre question ?
Ex : Macron, Trump ...
Ce n'est pas un poncif ni un truisme ...cf. Tocqueville !
 11/05/17 à 12h57
hashtag
Le temps du corps (civique) a peut-être lui-aussi une finitude ? Il n’est pas celui de l’Esprit (je cause de celui qui est pétri de vitalité et en capacité d’inventer et de se régénérer en permanence, et qui ne tourne jamais le dos au désir) et qui est lui, sur une ligne infinie – mais ce corps ( civique), ce pôv ‘corps un peu crétin, ce « véhicule » capable parfois de transport il est vrai, ne suit pas la même route….cette question pourrait-elle être rédhibitoire pour d’aucuns ?
mouvement et "financiarisation" ...
 11/05/17 à 05h29
....tout le monde attends désormais. ...
La voie du libéralisme. ....gouverné par ordonnance. ... ( contradictoire? ?? ) suit la route impitoyable laissant sur le carreau ....
Tout roule donc....reste à prévoir et gérer. ...les conflits.
Donner pouvoir....ou se soumettre....n est ce pas la même chose ?
Merci pour votre réflexion dellf.
Au final je trouve qu' avoir un type qui a bossé dans la finance comme président c est pas mal comme couronnement objectif du sacre de la politique. ...qui a plus de l économique. ....que fiction
A quoi servirait donc la politique sinon ?....
Oups....ma réflexion va bien plus loin....mais la reflexion du peuple a t elle un jour fait bouger les lignes....tracées ??
Car nous ne pouvons tomber plus bas ou alors ce sera la guerre de tous contre tous ,,, déjà la Mort rôde... Dans certains esprits ...
Je vois que cela discutait vivement, mais très courtoisement !

Merci Rosa d'avoir rendu accessibles les liens.
(Cela marche rarement en copié collé dans le texte).

Je serai de l'avis d'egnime, d'attendre et voir,
car pour ceux qui sont prévenus , l'aveu du prince
est qu'il y aura des gens qui resteront
sur le carreau comme l'exemple des "300 familles de Whirlpool"
qui ne pèse pas lourd par rapport à l'économie
mondiale (ça ne vous rappelle rien de plus terrible ce genre d'assertion, cette désincarnation du réel des êtres au profit des bilans comptables ? ).
il y a quand même cette possibilité
consistant à observer les faits pour se donner
raison ou tort , voire éclairer les autres sur
le réel si les faits confirmaient l'écoute attentive initiale,
ou faire amende honorable en cas de surprise constructive.
Mais quand un homme surgit de nulle part, la méfiance est de mise.
Surtout que le bilan au ministère de l'économie est plus que médiocre.

Je n'ai pas été surprise par la politique de Hollande et de ses affidés,
sachant que sa position sur l'économie libérale
de marché était clairement affichée de nombreuses
années avant sa candidature.

Macron, il suffit de soupeser son absence d'expérience
de représentativité sur le terrain,
pour pouvoir imaginer qu'il aura la charge
comme au spectacle. Le rôle de sa vie.
N'est ce pas le cas de Trump aussi, pantin utile mais incontrôlable dans les mains d'apprentis sorciers cyniques ?

Voilà à l'oeuvre ce que dénonçait Hannah ARENDT, le juste retour
de l'obscurité des esprits , car peu souhaitent faire l'effort de penser, et surtout,
comme elle l'écrivait, plus personne ne pense que transmettre l'art de penser, de raisonner, ait de sens. Il suffit de regarder l'état pitoyable de l'éducation nationale
et de la course au classement national des établissement rendus autonomes pour se rendre compte qu'afin de remonter dans le classement des meilleurs établissements, maquiller les résultats, voire supprimer toute forme de mesure de l'acquisition de savoirs... n'est pas une si mauvaise chose.

Donc attendons confirmation ou non , mais activement, en cherchant les lieux possibles pour penser avec les autres .

Trés bonne soirée!

 10/05/17 à 22h28
 10/05/17 à 22h28
 10/05/17 à 15h50

"Alarme, citoyens !
Formez vos convictions !"

http://www.toupie.org/
http://www.toupie.org/Dictionnaire/Post-verite.htm
Effectivement, c'est une politique des émotions qui est mise en avant, c'est le projet qui compte (mais qu'il y a t'il dedans ?)
Des idées, des idées pas de débat, des mots, rien que des mots et non de véritable discours 'digne de ce nom' qui donne du sens (ça devient en effet du pur marketing) ' pas de colonne vertébrale,
Offre politique à partir de rien (pas moins) une pure rhétorique d'entreprise

Quant'aux législatives; que ne va-t-on voir de défections, ralliements, trahisons... mieux vaut en rire !
 10/05/17 à 13h29
Les premières réformes vont porter sur le "travail"

Et les petits retraités, les retraites au minima (800€) les Adultes Handicapés (800€) les jeunes sans emploi, j'espère juste que tout ce que j'évoque, sera traité rapidement par E.Macron.
La preuve, nos échanges amicaux autant que différents aujourd'hui ...
je dois y aller, à bientôt !
 10/05/17 à 13h23

Je crois entendre mon père (pardon ) "dépassionne"
et vous avez raison tous les deux
 10/05/17 à 13h18
toulesbato
un comm' respectable, fort bien rédigé.
Je trouve que Pcc s'élève ces derniers-temps sur la réflexion.
(hormis les comms' farfelus) ça n'engage que moi.
Mais seule la raison préside en ce type de débat... Et tu en es fort capable. !
" je crois que chacun devrait se poser la question...
Qu'est ce que le langage ? (...) Amicalement à tous ..."

sous comm récent de Toulesbateaux
 10/05/17 à 13h05
Je sais bien, mais vois-tu en ce qui me concerne c'est la passion qui m'anime en tout. y compris en politique, même si je dis à chaque fois" c'est la dernière fois qu'on m'y prendra" et je repars, parce que j'ai une conscience politique.
 10/05/17 à 13h01
est un "private joke" ?

Nous pouvons craindre "le pire" ...
 10/05/17 à 12h56
mais je sais bien que tu parles gentiment; nous ne serons jamais d'accord sur ce sujet ce qui n'empêche en rien les liens tissés.
As-tu vu le père Hollande avec son paternalisme à la cérémonie du 8 mai, vis-à-vis de son fils spirituel ( fils spirituel, un peu sur le tard) histoire d'accuser le coup de sa défaite passée et pour donner l'impression de rester digne. un peu gêné Macron tout de même
Du temps au temps...je veux bien, mais ce ne sera que la reconduction des échecs précédents en pire.
Mais comme chacun d'entre nous , elle peut être aussi victime de ses passions ...
Au demeurant, c'est une pensée que je respecte ...
(Souvenez de BHL-Botule)
 10/05/17 à 12h53
hashtag

Que quelqu’un l’évoquait très brièvement en réaction récemment sous un comm politique… si je ne me trompe pas de propos...
Devant l'inédit, il faut laisser du temps au temps...
Sophia, sagesse disaient les grecs ...
Ne justifie pas la suite que vont prendre les évènements, très probablement
mais prends le temps de lire : à 11h37
Même si tu en connais un peu le contenu; prends le temps, merci
"Ce n'est pas une affaire d'intelligence, mais de courage...)
Nicolo Machiavel
Ce fût l'assistant de Paul Ricoeur ...
Donnons un peu de temps à ce destin exceptionnel, nous verrons bien après...
 10/05/17 à 12h20
hashtag

Pas de vraie substance, nulle part…pas de contenu.
Déroulement se place au niveau d’une rhétorique et de l’ émotion et une symbolique pauvre… du marketing ! Clivage cher le FN mais y compris chez les Insoumis : les bons contre les mauvais, encore de l’émotion…
Intellectuels en Sciences humaines de plus en plus spécialisés, conséquence : leur travaux de plus en plus difficilement importables dans la politique-pas d’intellectuels au côté des candidats, pas d’instances de généralisation qui structurent un projet général autour d’une grande idée.
merci pour info Delf

 10/05/17 à 11h45
 10/05/17 à 11h44
ton deuxième lien ne peut s'afficher, je le colle (c'est un peu long dessous ton commentaire Dellf
mais tellement nécessaire

Comment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force. Par Aude Lancelin

Comment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force.

C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans auparavant. Un scoop d’importance planétaire, on voit ça, qui valait bien la mobilisation générale de toute les équipes de la chaîne détenue par ce milliardaire français issu des télécoms. L’étrange spectacle qui s’étalait sur les écrans du pays ce jour-là, c’était un chérubin en costume-cravate s’échappant du ministère de Bercy en navette fluviale pour remettre sa démission à l’Elysée, poursuivi par les caméras de BFM TV, le tout dans le style flouté et distant caractéristique de la paparazzade, de l’image arrachée à l’intimité d’une personnalité livrée bien malgré elle à la convoitise des foules. Comme l’Hyppolite de Racine, le futur ex-ministre en question, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron, semblait ainsi être saisi par surprise en train de « traîner tous les cœurs après lui » sur la Seine, dans une étrange séance de ski nautique géant national. Ce que le téléspectateur ignorait à ce stade, c’est que ce sont les cœurs des patrons du CAC 40 qui battait la chamade pour lui depuis déjà un petit moment, et que tous avaient un plan pour la France : porter à la Présidence de la République le chérubin si compréhensif aux doléances du capital. A ce stade il n’était rien, mais ça n’était pas un problème. Ses Geppetto, les poches pleines de billets et les rédactions pleines de journalistes, étaient prêts à en faire tout.

La scène, totalement surréaliste, m’est toujours restée en mémoire. De même que la surexcitation des commentateurs en plateau, chargés de faire mousser le non-événement, et de faire passer la dérisoire péripétie pour en faire un événement susceptible de casser l’histoire du monde en deux. Ce jour-là, oui, j’eus le pressentiment que nous nous apprêtions à vivre une opération de propagande d’une dimension et d’une nature tout à fait inhabituelles. Une blitzkrieg médiatique à côté de laquelle les éditoriaux érotiques du « Monde » en faveur d’Edouard Balladur en 1995, ou les tribunes culpabilisatrices de « l’Obs » ou de « Libération » pour faire gagner le « Oui » en 2005, ne furent que de dérisoires et fort rudimentaires précurseurs. L’équivalent d’une longue-vue d’amiral de l’armée des Indes par rapport à un satellite d’observation de l’actuelle US army, pour prendre une comparaison d’ordre militaire.



Il est certain en effet que la situation dans les médias s’est spectaculairement dégradée depuis ces années là, jusqu’à faire chuter la France au 45ème rang du classement 2016 de la liberté de la presse établi par « Reporters sans Frontières », quelque part entre le Botswana et la Roumanie. Le tout à cause, contentons-nous de citer l’organisme international sur ce point, « d’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias qui ont fini par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. » Jamais une situation pareille de mainmise quasi totale sur la presse ne s’était vue en France depuis 1945. De sinistre mémoire, le quinquennat Hollande restera du reste comme celui de la victoire par KO du capital sur l’indépendance des rédactions. Le candidat PS s’était fait élire aussi sur la promesse de relever les seuils anti-concentration dans ce domaine. La loi naine dont son règne accouchera fin 2016, dite « Loi Bloche », s’empressera d’enterrer la chose au profit de la mise en place de dérisoires « chartes éthiques » censées garantir la liberté des journalistes. Autant fournir de simples casques de chantier pour protéger des salariés travaillant en zone irradiée. A rebours de ses engagements, François Hollande favorisera en 2015 le rachat de titres historiques comme « Libération » et « l’Express » par Patrick Drahi, géant des télécoms, connu pour ses emplettes par effets de levier hautement destructrices d’emplois, et son contorsionnisme invétéré en matière fiscale. C’est également sous ce quinquennat qu’aura lieu la prise de contrôle du groupe « Canal+ » par Vincent Bolloré avec les conséquences sinistres que l’on sait. Ou encore le rachat en 2015 du « Parisien » par Bernard Arnault, déjà propriétaire des « Echos » et premier annonceur publicitaire de la presse, bien connu également pour son progressisme social, sans parler de sa sympathie pour le populo. Mais aussi, après l’absorption en 2010 du quotidien « le Monde » par un trio d’investisseurs emmené par Xavier Niel, ogre concurrent des télécoms, l’avalement par ce même groupe de la quasi totalité de la presse social-démocrate mainstream, avec le rachat en 2014 de « L’Obs », là encore surveillé comme le lait sur le feu par le président de la République.

Ainsi ce dernier pensait-il encore, début 2016, en dépit de sa popularité exécrable, avoir mis autant d’atouts que possible de son côté pour la reconquête de son fauteuil présidentiel. Las, c’était sans compter sur Emmanuel Macron, le polichinelle que lui avait mis dans le tiroir ses nouveaux amis du CAC 40. Avec son consentement, c’est là toute la perfection de la farce. Il y a quelque chose de biblique dans le châtiment d’un Président qui, après avoir renoncé à faire de la finance son ennemi, confia à celle-ci sa politique économique, et se vit poignardé dans le dos par elle, jusqu’à devoir désormais escorter publiquement ses ambitions élyséennes. Plus précoce que sa dupe élyséenne, il y a des années que Macron plaçait ses pions auprès des géants des médias. Déjà lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild, le protégé d’Alain Minc avait conseillé le groupe Lagardère pour la vente de ses journaux à l’international. Excellentes aussi, les relations entretenues par Macron avec le sulfureux patron de Canal+, Vincent Bolloré, dont on connaît la passion pour les démocrates africains et l’indépendance des rédactions. L’ambitieux ne s’en était nullement caché auprès du journaliste Marc Endeweld, auteur de « L’Ambigu monsieur Macron » (Flammarion). Très étroites également, celles qu’il a avec le fils de ce dernier, Yannick Bolloré, PDG d’Havas, géant de la communication mondiale. Avec le groupe de Patrick Drahi, c’est carrément la love story à ciel ouvert, même si en période électorale les pudeurs de carmélite s’imposent. Ainsi le Directeur général de BFM TV est-il régulièrement obligé de se défendre de faire une « Télé Macron », sans convaincre grand monde, tant les affinités électives sont en effet avérées entre le candidat à la présidence et l’entité Altice-SFR Presse. Lorsque Martin Bouygues et Patrick Drahi s’affronteront pour le rachat du groupe SFR, c’est Macron lui-même, alors secrétaire général de l’Elysée, qui jouera un rôle décisif en faveur de ce dernier. Et en retour, lorsque celui-ci décidera de se lancer dans la course à la présidentielle fin 2016, on ne tardera pas à voir rejoindre son équipe l’ancien banquier Bernard Mourad, hier encore directeur d’Altice Media Group, à savoir SFR Presse. C’est du reste « Challenges » qui sortira cette dernière information, le magazine aujourd’hui encore dirigé par Claude Perdriel, autre organe fervent de la macronôlatrie. Un agenouillement public à la fois si étouffant et si peu contestable que même ses rédacteurs, peu soupçonnables de déviances gauchistes, s’en plaindront sous la forme d’un communiqué.

C’est toutefois avec Xavier Niel, à qui le même Perdriel revendit l’Obs en 2014, que les relations avec le candidat Macron sont devenues au fil du temps carrément torrides. Entre capitalistes qui s’assument, désirant pour la France un destin de « start up nation », peuplée de benêts rêvant de devenir milliardaires, c’est peu de dire que le courant passe. Alors même qu’un reportage diffusé au 20 heures de France 2 annonçait début 2016 que le patron de Free s’apprêtait à financer les ambitions de l’autre, Niel est devenu plus taiseux sur la question. Difficile en effet d’admettre publiquement pour l’homme fort du groupe « Le Monde » son degré de proximité avec le candidat d’En Marche !, alors même que beaucoup accusent déjà le quotidien du soir d’être devenu le bulletin paroissial du macronisme. Interrogé sur LCP le 16 mars dernier, à peine Niel consentira-t-il à admettre que deux candidats pourraient convenir à ses convictions libérales, à savoir Emmanuel Macron et François Fillon. Un second choix qui ne surprendra que ceux qui ignorent que le candidat LR est l’homme qui lui accorda en 2009 la quatrième licence de téléphonie mobile, dans des conditions toujours restées opaques.

Etrangement, le programme de Jean-Luc Mélenchon semble aujourd’hui résonner beaucoup moins favorablement aux oreille de Xavier Niel, qui le comparait même dans une récente interview accordée au « Temps » à celui de Marine Le Pen. Exactement ce que font les éditorialistes du « Monde » à longueur de semaines – simple communion de vues, vous expliqueront les journalistes du quotidien, dont la perspicacité semble hélas souvent peu en rapport avec la fonction revendiquée de vigie démocratique. Une sorte d’« harmonie préétablie » qui arrange décidément tout le monde. Pour le dire avec les mots de Leibniz : la « substance » actionnariale n’affecte qu’elle-même – c’est-à-dire qu’elle ne passe, par exemple, jamais de coups de fils. Et cependant, toutes les « substances » journalistiques qui oeuvrent sous ses ordres semblent interagir causalement avec elle – c’est-à-dire par se mettre comme par enchantement à son exact diapason. N’y a t-il pas là une merveille tout à fait étonnante à étudier pour l’esprit ?

Lui aussi actionnaire du groupe « Le Monde », le milliardaire du luxe Pierre Bergé, n’aura pas réussi à s’abstenir de tweeter sa fougue macronienne pendant la campagne. « J’apporte mon soutien sans la moindre restriction à Emmanuel Macron pour être le président qui nous conduira vers une sociale-démocratie », lira-t-on ainsi le 30 janvier. Là encore, les journalistes du quotidien se sont contentés de détourner le regard. Trop occupés pour certains à scruter les atteintes oligarchiques à la liberté d’expression chez nos voisins. Une imprudence due au grand âge, entend-on mezza voce au « Monde », sans que rien permette de dire hélas que ce jugement soit un simple effet de la terreur subie. La facilité, et en réalité aussi le bon sens, pousserait à penser que les journalistes, sous le joug de leurs bailleurs de fonds n’osent plus bouger une oreille. La réalité est hélas plus complexe. Certains d’entre eux crèvent de peur, c’est un fait. Beaucoup d’autres en revanche ne sentent même pas le poids de leurs chaînes. Ils pensent réellement qu’entre la finance à face de chérubin et le lepénisme à visage féminin, il n’y a plus rien à choisir, à penser, à tenter. Ils ont du reste souvent été sélectionnés pour cette aptitude-là, cette étonnante faculté à faire sien ce qu’on vous commande de penser, cette soumission anticipée aux desideratas actionnariaux qu’il serait en effet malséant d’avoir ne serait-ce qu’à énoncer.

La presse n’ayant quoiqu’il en soit pas été très empressée à fournir la Carte du Tendre permettant de s’orienter dans les relations entre Macron et les tycoons français, les lecteurs vraiment obstinés auront dû se contenter durant toute cette campagne de rabouter des petits cailloux épars. Une enquête particulièrement bien informée de « Vanity Fair » sur la reine de la presse people, Michèle Marchand dite « Mimi », levait début avril un coin du voile sur les dîners privés organisés entre Xavier Niel et le couple Macron un an avant la présidentielle. « Quand lors d’un dîner avec les Macron, j’ai entendu Brigitte se plaindre des paparazzis, explique ainsi tranquillement Niel à « Vanity Fair », je lui ai naturellement conseillé Mimi. » Et la journaliste Sophie des Déserts de préciser que c’est le patron du groupe « Le Monde » qui organisa la rencontre à son domicile. Un hôtel particulier du Ranelagh, où il réside avec la fille de Bernard Arnault, patron de LVMH et autre grand fan du petit prince Macron, dont le CAC 40 voulait faire son loyal gérant élyséen.

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Pourquoi aucun grand titre de la presse n’a-t-il trouvé utile d’enquêter sur ce genre de connivences menaçantes ? Pourquoi a-t-on eu au contraire l’impression étrange d’assister pendant toute cette campagne à un putsch démocratique au ralenti, avec un terrible sentiment d’impuissance ? Davantage qu’une intuition, c’est une certitude : si Emmanuel Macron devait être élu à la Présidence de la République, on se réveillerait en mai avec une nouvelle nuit du Fouquet’s, des révélations feuilletonnées sur toutes sortes de grands donateurs, de premiers cercles rappelant les pires heures du sarkozysme, de collusions d’une ampleur inédite entre très gros intérêts industriels, médiatiques et financiers. Partout l’argent rode autour de cette candidature, tout le monde le sait. Lorsque les conditions concrètes qui ont présidé à cette mise sur orbite sortiront enfin dans la presse, post festum, car elles finiront par sortir, ces choses là finissent toujours par sortir, les Français n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. Entre temps, l’ISF sur les grands patrimoines financiers aura été supprimé, le code du travail ravagé à coups d’ordonnances, les services publics sévèrement amputés, les dividendes toujours mieux reversés. Un véritable continent oligarchique est là encore à demi-englouti, prêt à surgir sous nos yeux le 8 mai prochain, et personne n’a jugé bon jusqu’ici de le dévoiler aux citoyens. Surtout pas ceux dont c’est en théorie le métier, à savoir les journalistes. Au moment où ces lignes s’écrivent j’aperçois la pétition d’absurdité que celles-ci recèlent : comment la presse entre les mains de ces messieurs pourrait-elle enquêter sur sa propre nocivité et a fortiori sur la leur ?

Un tableau complet de l’ahurissante endogamie macronienne des médias français exige bien sûr pour finir de mentionner la dizaine de couvertures sur Macron réalisées en deux ans et demi par mon ancien journal, « l’Obs », titre historique de la deuxième gauche également tombé dans les mains de Niel et ses associés à la faveur de l’effondrement de la valeur des médias depuis la fin des années 2000. Pendant ce temps, une seule « Une » consacrée à Mélenchon, candidat pourtant surreprésenté chez les jeunes et les intellectuels, dont ce journal aurait eu terriblement besoin pour survivre en cette période, et retrouver un peu de son lustre passé. Une autre à Hamon, candidat pourtant officiel du PS. Un édito sidérant publié à quatre jours du scrutin appellera carrément à voter Macron, en contravention flagrante avec le pluralisme de gauche revendiqué depuis toujours par la direction du journal. On ne pourra décidément pas dire que le job n’aura pas été fait manu militari pour dégager la route à celui-ci. On ne pourra pas dire que tous les helpers milliardaires de la place ne se seront pas mis en marche, et même en déambulateurs, pour le gandin aux envolées oratoires poussives. On ne pourra pas dire que tous les moguls des télécoms qui entravent désormais la libre circulation des opinions n’auront pas tout tenté pour gonfler la baudruche à grand renfort de panégyriques dans leur presse, et d’enquêtes jamais faites.

Comment se fait-il que dans de grandes rédactions comme « l’Obs » ou « Le Monde », on ne puisse identifier aucun titulaire de carte de presse se réclamant à visage découvert des idées de la « France Insoumise », quand tant de leurs confrères brament sans vergogne leur macronisme sur les réseaux sociaux ? N’est-il pas prodigieux que, dans des journaux se réclamant encore de la gauche, on ne puisse trouver nulle expression, sorti de l’espace dédié aux tribunes extérieures, en faveur d’un ex-sénateur mitterrandiste ne faisant somme toute rien d’autre que de se réclamer des fondamentaux historiques du socialisme ? Hélas j’en connais les raisons. Ce sont déjà celles que je donnais dans le « Monde libre ». Toutes les idées sont tolérées dans ces rédactions-là où, non sans stupéfaction, j’ai par exemple pu entendre un chef de service défendre le programme économique de François Fillon comme étant le meilleur d’entre tous début 2016. Toutes les idées, oui, sauf celles de la gauche debout contre le néolibéralisme. Toutes les idées, sauf celles aujourd’hui portées par un social-démocrate conséquent comme Jean-Luc Mélenchon, repeint par le Président de la République actuel en dictateur et en ennemi de l’Occident. Il est tout de même ironique que de telles paroles viennent justement de François Hollande, ami autoproclamé du « Monde libre » comme on appelait il y a peu ledit Occident, qui aura passé tant de temps sous son quinquennat à fréquenter les oligarques de la presse nationale pour tenter d’acheter par avance une élection, à laquelle il n’aura finalement même pas pu prétendre.

Entièrement revenus dans le poing du capital, situation inédite depuis les lendemains de la Libération, les médias auront en moins de deux ans réussi à transformer en possible présidentiable un ex-banquier d’affaires à peine sorti de l’œuf, n’ayant jamais décroché le moindre mandat électif. C’est peu de dire que chez le chérubin de ses messieurs, comme dans la philosophie sartrienne, le passage à l’existence médiatique aura de loin précédé l’essence politique. En faut-il d’ailleurs du mépris pour le peuple français, pour tenter un coup de force pareil. Macron, ce n’est pas seulement la continuation de politiques usées, celles qui ont lepénisé les classes populaires depuis trois décennies et rétabli un quasi esclavage pour certains peuples européens. Macron, c’est le retour du tâcheronnage sous couvert de modernité. Macron, c’est le 19ème siècle à travers les âges et son indifférence complète à la souffrance populaire, à peine barbouillé de couleurs acidulées et de Silicon Valley. Macron, c’est en réalité ni plus ni moins que le retour du Comité des Forges, et de sa fameuse presse, entièrement asservie par l’argent de la haute finance et celui de la grande industrie, dont les anciens résistants formèrent le rêve de débarrasser le pays à jamais, une fois les « Jours heureux » venus.

Mais me direz-vous, nombre d’« opérations » médiatiques destinées par le passé à peser sur la présidentielle échouèrent finalement. Une percée spectaculaire de Jacques Chirac, au printemps 1995, eut ainsi raison du sacre attendu d’Edouard Balladur, le candidat que la caste s’était choisi. Et il en alla de même en 2005, alors qu’une campagne d’intimidation littéralement terroriste menée par le « cercle de la raison », s’était pourtant abattu sur les partisans du « Non ». Tout ceci est absolument vrai. Au jeu de la pédagogie à coup de matraque, les médias peuvent parfois rater leur coup, même si pour une opération loupée de temps à autres , on pourrait dénombrer tant de leurs réussites passées inaperçues. C’est la raison pour laquelle l’écriture de ce texte ne m’a pas semblé entièrement vaine, à quelques jours du premier tour d’une présidentielle à nulle autre pareille. Tant que le mal n’est pas fait, tout peut encore être défait. Français, ne vous laissez pas voler cette élection.

Aude Lancelin
 10/05/17 à 11h29
Nous sommes devenus cons parce que nous avons renoncé à cultiver notre intelligence commune comme on cultive un champ pour nourrir les siens.
Nous sommes devenus incapables de mener les batailles nécessaires.
Les anciens le savaient bien eux !
 10/05/17 à 11h25
tu reconnais que c'est excellent mais cela ne t'a pas empêché de voter M
tes raisons sont autres que la peur, la crainte de...?
Un des meilleurs commentaires qu'il m'est été donné à lire ici !
Nous ne pensons plus, d'autres le font pour nous en politique.
Et ça donne ce que nous venons d'avoir comme résultats et la suite à venir.
La PEUR est omniprésente, ça oui et elle est mauvaise conseillère !
Les dés sont joués.


Mais ne sommes nous pas dans un temps inconjugable de "post-vérité" ...
Bonne journée. !
Vous auriez pu conclure avec Montaigne que Pascal adorait tout en le critiquant ...
Encore bravo pour votre comm !
 10/05/17 à 08h12
hashtag

C’est drôle ! j’ai ressenti le besoin de me tourner vers Hannah ARENDT pour trouver des mots, des phrases qui m’aideraient à mieux cerner certaines interrogations des miennes et j’ai été dans son « De la banalité du mal » récemment au cours de cette campagne- donc pas sur le même versant que vous… mais je vous rejoins peut-être sur un point ? le sens !! oui le sens !! où est-il ? qui en parle ? et l’éthique, les valeurs qui sous-tendent un projet de société ? qui en parlent ?

Une jeune journaliste ( pourtant du Figaro) à peine 28/30 ans) évoquait leur absence totale dans les discours des uns et des autres sur un plateau F2 dans émiss. Politique, au nom de toute sa génération avec une intelligence et une force …à nous en faire rougir !!

Bonne journée àvous !