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catégorie : politique / social
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Je ne suis pas fâché d’avoir, par ma désinvolture, provoqué vos foudres, mesdames. Ca m’a permis de faire la connaissance de la plupart d’entre vous. Celle qui m’a envoyé un petit mot a dû voir que je n’ai pas pris d’abonnement pour pouvoir le lire.

Je refais un copié/collé de mes notes de lectures, en ajoutant pour chaque morceau choisi des guillemets et la page du livre (qui n’est pas le TRAITE DE SAVOIR VIVRE, mais ENTRE LE DEUIL DU MONDE ET LA JOIE DE VIVRE). Parfois j’ai ajouté un commentaire succinct quand il me semblait nécessaire à la compréhension. Je ne peux pas en effet souligner sans cesse qu’il s’agit ici d’un regard critique sur le passé, et de clairvoyance.

« Lorsque les situationnistes ont souligné le caractère invivable de la société marchande, tout semblait s'agencer pour les démentir : la consommation triomphante n'ouvrait-elle pas au prolétariat les portes d'une démocratie de libre-service, prophétisant l'ère du bonheur avec les fanfares de l'euphorie promotionnelle du marché ? » p18

« A la parution du Traité, je me suis irrité de voire nombre de lecteurs s'arrêter à la critique de la survie pour justifier leur impuissance à affronter une malédiction si bien agencée pour les maintenir en sujétion, la conscience de l'aliénation la conforte dès qu'elle occulte les moyens de s'en émanciper. » p21

« Il fallait s'accommoder tant bien que mal de mon cynisme, de mon libertinage, de mon éthylisme, de mes humeurs versatiles et tyranniques. Sans rien renier de ce passé dont je suis issu, le portrait sans complaisance que j'eusse brossé de ma brillante et odieuse personnalité me paraîtrait pire aujourd'hui que celle de Dorian Gray ». p23

« Les situationnistes n'ont pas pronostiqué l'échéance de mai 1968. Ils se sont contentés, avec une patiente obstination, d'en préparer l'éclosion. Pendant deux ans, leurs idées ont exercé un travail de sape d'autant plus efficace que s'opérait la fusion lente de la conscience et de la difficulté d'être. Les deux livres qui ont plus sûrement informé de la fin de la civilisation marchande et de la naissance d'une civilisation humaine ont vu le jour "typographiquement" en 1967 ».p34

L'Internationale situationniste fut seulement la conscience de quelques-uns propageant à la conscience d'un grand nombre le malaise de notre civilisation et les moyens d'y remédier. p35

« Le travail n'est plus qu'une combinazione, parmi tant d'autre d'où découle un profit. Il est cette criminalité de bon aloi propageant l'ennui qui tue, dénaturant l'homme et le rendant haïssable à soi et à ses semblables. La passion de l'argent éviscère la passion de la vie. Aucune époque n'a autant banalisé le désespoir et le ressentiment. Aucune n'a ce point instillé l'amertume et le venin dans les cœurs. » p63

« Nous en avions vu certains se revendiquer du slogan "Ne travailler jamais !" pour rentabiliser leur droit à la paresse en faisant travailler les autres. Le capitalisme spéculatif et financier réussit çà faire mieux : il dévalorise l'activité utile et favorise l'inutilité lucrative. » p64

« D'abord venait la fête, avec ce sentiment de gratuité que la vie propage par nature, ensuite le calcul, l'inévitable comptabilité du reliquat due à la précarité, Cette propension festive que le misère n'avait jamais découragée, la vague du consumérisme allait submerger, l'engloutir et la régurgiter en un effritement d'agréments monnayés, hier réservés à la morne existence des nantis. » p65

« Quand Kotanyi nous proposa l'adhésion de son amante, dont il célébrait la radicalité avec un rire enthousiasme, il s'entendit répondre qu'être la femme d'un situationniste pour le devenir. L'argument était imparable mais nul n'envisagea ni de s'enquérir du désir de la supposée postulante, ni, selon la pratique usuelle, d'estimer ses compétences. » p69
Attila Kotanyi était un situationniste hongrois, auteur de quelques textes dans la revue Internationale Situationniste. J’avais apprécié ces textes lorsque je les avais lus (en 1977). Et j’avais été surpris de voir le n°9 annoncer son exclusion le 27 octobre 1963. Pourtant je m’étais habitué à cette pratique des exclusions péremptoires.

« Je mentirais en prétendant m'être fait auprès de mes compagnons le défenseur de la femme (…) Pourtant la femme m'a toujours attiré et fasciné par la faculté de s'offrir sans réserve. Si j'ai le sentiment de n'y avoir pas toujours répondu par une égale générosité, du moins ai-je fini par rompre avec ma mesquinerie des jours anciens. » p71
Vaneigem revient ici sur la place de la femme chez les surréalistes (l’amour fou) et chez les situationnistes. Il y avait bien peu de femmes parmi les situationnistes (j’en compte deux :Michèle Bernstein, Jacqueline de Jong ; je n’en compte aucune chez les surréalistes, mais je veux bien être détrompé). Lucide, Vaneigem a écrit page 70 : « La femme est restée un être marginal dans le projet situationniste comme dans le mouvement ouvrier »

« Le Traité de savoir-vivre analyse sans ambiguïté ce que la propagande en vogue dans les années soixante -selon cette américanisation qui ne cesse d'abâtardir la langue française et d'en gâter l'intelligence- le welfare state. Il en démonte aisément les rouages, montrant qu'inciter au bien-être de consommer et de se consumer relève, par assimilation des biens et de l'être, à la lente dissolution de l'être dans l'avoir, à la réification. Or, nombre de lecteurs du Traité ont manifesté pour ma vivisection de la survie un intérêt si prégnant que le remède leur a paru superflu. Le renversement de perspective que je préconisais n'entrait pas dans leur armoire culturelle, si ce n'est à la sauvette, au fond du tiroir réservé à l'utopie. C'est comme si j'avais repeint, à l'aide d'un pinceau emprunté occasionnellement à Marx, ce Voyage au bout de la nuit, dont les intellectuels font leur bible, en occultant ce qui, dans le destin crapuleux de son auteur, illustre leur complaisante veulerie. » p101

« Si intolérable qu'il fût, le nihilisme du terroriste Netchaïev participait encore de la sanglante illusion de Bakounine, tenant la passion de la destruction pour une passion créatrice. Je ne désavoue pas le Sade de "Français, encore un effort" et du "Dialogue entre un prêtre et un moribond". Au moins subsistait-il dans sa haine un amour engorgé et, dans sa forfanterie nihiliste, un relent de générosité. Mais où est l'inachèvement, l'attrait de l'émancipation, l'aspiration au dépassement chez Lacenaire, chez l'ignoble Gilles de Rais, dans le répugnant Jack l'Eventreur, qu'un jeune lecteur du Traité s'étonnait à raison de voir figurer dans mon éclectique panthéon ? » p106
Autocritique et critique de Debord qui a continué d’être fasciné par Lacenaire, lui.

« L'effondrement du prétendu communisme, sous les coups de l'économie de consommation, a marqué le triomphe d'un stalinisme dont les démocraties de marchés appliquent les pratiques de gestion » p 116.

« la sécurité est un service mercantile vendu à qui renonce à vivre pour acheter des simulacres d'existence. Le "coup de génie" du consumérisme a été de rentabiliser la peur de manquer de tout et l'insatisfaction de ne posséder jamais assez. » p117

« Le travail, dont nous avons toujours prôné le refus, exerce aujourd'hui un double effet de nuisance par son absurdité et par raréfaction. » p122

« Si sommaire qu'elle fût, la conscience de classe identifiait facilement l'ennemi, elle le combattait à toute heure du jour. » p135

« Le mot prolétaire avait gardé son sens étymologique : celui qui n'a d'autre richesse que ses enfants. » p136

« A la différence du "communisme", le fascisme a revendiqué sa barbarie avec une cynique honnêteté. Jamais il n'a songé à justifier sa férocité en prenant le parti des damnés de la terre, jamais il n'a invoqué l'émancipation du prolétariat pour accroître son empire. S'il s'est instauré, entre les deux mouvements, apparemment inconciliables - plus qu'une similitude de comportements - une manière de consensus, j'incline à en déceler la cause dans un égal et absolu mépris, je ne dis pas de l'homme mais de l'humain. Et cet homme désarticulé de l'humanité qui l’anime n'est que la conséquence d'une séparation de la pensée et de la vie, poussée à l'extrême. (…) Est-ce forcer le trait que dépeindre le soi-disant communisme comme l'esprit de la machine et le fascisme comme la machine de l'esprit ? » p138

« Les vieilles dictatures militaires, sacerdotales et policières ont fait leur temps. Le totalitarisme économique fonctionne avec les rouages de la démocratie parlementaire. Seule la corruption est représentative. Les élections sont le libre choix de la malversation. » p141

« Je perçois mieux aujourd'hui ce qu'il y a d'ambigu dans mon affirmation péremptoire : "Nous n'avons pas le monopole de l'intelligence mais celui de son usage." Certes, j'évitais de me targuer de cette supériorité qu'aurait suffi à établir, par simple contraste, la pensée des vidangeurs d'élite en vogue. La pertinence n'en aurait pas moins exigé qu'au lieu de m'infatuer de l'importance assignée au vécu j'eusse mieux repéré en moi et autour de moi le point de dissociation, l'endroit où le corps délaissé se réfugie dans une cohérence abstraite qui accroît et dissimule son malaise, sous couvert de l'éclairer et de l'apaiser. Nous étions les mieux armés contre les dégâts des idéologies marxistes, freudiennes et libertaires ; cependant, nous nous sommes écartés du centre de gravité, si bien que l'irradiation de la pensée exorbitée a supplanté le rayonnement du vivant. » p143

« Cependant la notion même de cohérence péchait par abstraction. L'accord que nous souhaitions établir entre la théorie et la pratique invoquait la vie quotidienne en se référant moins à l'exubérante générosité du vécu qu'à un comportement estampillé par la vertu révolutionnaire. Il accommodait les rigueurs de l'éthique à la sauce d'une esthétique débonnaire, chargée d'en adoucir l'âcreté. (…) La compensation charnelle, nous semblait-il, était de nature à ôter son enflure à une pensée dont la péremptoire austérité ballonnait ceux qui, incapables d'en soutenir la rigueur, n'en retenaient que la raideur formelle. Si les prosélytes du situationnisme ont conjugué si aisément l'absence de pensée innovante et une arrogance à hauteur de leurs carences, n'est-ce pas en raison de cette dualité que nous avions négligé de dépasser, en tolérant que la fonction intellectuelle opprime la vie sous couvert de la privilégier ? (…) Nous sommes restés fidèles à la relation dialectique que Marx établissait entre théorie et pratique. Nous aurions dû savoir qu'elle travestissait in abstracto la déchirure existentielle provoquée par le travail mécanisant le corps et le dédoublant. C'est pourtant l'époque où j'écrivais, avec cette capacité qu'a la tête de comprendre sans saisir concrètement, qu'en matière d'émancipation une erreur de détail devenait aisément une vérité d'Etat. » p148

« La lucidité ne nous dispensa pas de traîner dans nos fourniments les œuvres de Clausewitz et de Sun Tse, recommandables pour l'esprit, non pour la santé. » p151
Toujours autocritique et critique de Debord

« J'étais persuadé qu'il suffisait à un petit nombre d'hommes lucides et résolus d'associer les armes de la critique et la critiques des armes pour renverser un ordre que seules soutenaient la résignation pusillanime et l'inertie souffreteuse. Le point de vue m'était d'autant plus familier que j'estimais, avec une sereine modestie, faire partie de ces créatures d'exception. (…) Avec quelle complaisance j'ai, à l'époque, gagé ma destinée sur l'espérance funèbre d'une mort glorieuse ! L'ironie voulait qu'inversant la formule de Saint Just je me creusais préventivement un tombeau afin de me préserver d'une révolution faite à moitié. » p151


« L'intellectualité a été, dans le mouvement situationniste, un écueil dont nul n'a pris soin de se garder. La séparation instaurée entre la pensée radicale et la vitalité du corps qui la nourrit est la faille où les meilleures intentions s'abîment. Le radicalisme est l'imposture de la radicalité. » p154

« N'ai-je pas moi-même donné des gages à cette exaltation de la vitalité animale et prédatrice dont la luxuriance incontrôlée invoque pour s'émonder le secours de la grande faucheuse ? Comment expliquer, sinon, ce culte des malfaisants, sous le prétexte d'une contre-culture om les en-dehors, les réprouvés, les maudits de la société se haïssaient au sommet pour faire la nique aux bien-pensants ? » p156

« Les situationnistes ne se sont pas trompés en conspuant ce que l'affèterie intellectuelle à la mode appelait le gauchisme. Leur erreur a été de le condamner au lieu de s'en prendre aux causes, au mépris délibéré de la vie sur quoi se fondaient les "causes du peuple". » p162

Vaneigem revient deux ou trois fois sur Debord dans la fin du livre :
« Accordés sur le diagnostic du mal, Debord et moi divergions sur les remèdes » (p174)
« De ce jour se noua entre Guy Debord et moi une amitié qui eut le privilège d’être sincère jusque dans les heurts de l’inimitié finale ». (p183)
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toutes celles qui n'ont pas sombré dans la folie exigée par Breton, en sont sorties plus fortes: jacqueline Lamba,
valentine Hugo, alice Rahon, eileen Agar, leonora chère Leonora Carrington, aujourd'hui peintre majeure au mexique: ses énormes sculptures sur le paseo de la Reforma ,
Leonor Fini, Nusch eluard, Rita kernn, kay Sage, Lee Miller,
Remedios Varo, Dorothea tanning, Dora maar, meret oppenheim, Valentine Penrose,
Claude Cahun,Edith Remington, Grace Pailthorpe, Unica Zurn, Toyen ,Emmy Bridgewater, Bona de Mandiargues,Lise Deharme,Joyce Mansour,Gisèle Prassinos
Il reste néanmoins des parties obscures mais j'attribue cela à des omissions dans la copie, il n'est pas tjs facile d'éviter cela surtout qd le texte est long et qu'on n'est pas dactylo...

Botticella, quelle mouche t'a piquée ???

(si l'on s'en tient strictement à la PCCtiquette historique, les commentaires ne doivent pas être des copiés/collés sauf à le préciser explicitement et en y ajoutant un blabla personnel)

Forza, vos textes sont intéressants et puis c'est tjs un com' de moins sur avatar !
 25/01/10 à 22h17
 25/01/10 à 21h30
Je relirai tout ça plus tard.
Unica Zürn...
Gisèle Prassinos...
Joyce Mansour...
 25/01/10 à 20h59
était assez explicite... dont worry

... mais les guillemets, eux, le sont toujours !
Vous nous prenez pour des imbéciles ?
Vous me direz, c'est peut-être ce que nous sommes, ici, en fin de compte ( depuis le temps que je me pose la question ! ).




... et bien trop facile !
Je me disais aussi: il est bon, parfois d'attendre, pour réagir ...



 25/01/10 à 19h32
"Comme quoi comme le dit la chanson de Boris Vian :

C' qui prouve qu'en protestant
Quand il est encore temps
On peut finir par obtenir des ménagements !"