La Machine Pneumatique, c’est le nom d’une constellation que je n’ai encore jamais vue car elle ne s’observe que dans l’hémisphère sud, et je vais devoir attendre un certain temps car je n’ai pas le projet immédiat de passer l’équateur.
La Machine Pneumatique, je trouve que c’est un bien beau nom, mais l’ennui, en ville, c’est qu’on ne peut pas observer les étoiles parce qu’il y a trop de lumière, alors un jour j’aurai une toute petite maison dans la montagne. Une maison avec un télescope. Je suppose que ce sera dans le Cantal, pas très loin du Puy Violent – une région de lave refroidie et de vaches rouges ;
Je me trouve dans un bar brasserie où j’ai décidé de m’empiffrer avant d’aller bouffer chez Isa, une vieille amie qui organise tous les ans une soirée entre quadras de la belle époque. Je vais m’enfiler une andouillette frittes béarnaise car Isa est objectivement la pire cuisinière du département et, tant que j’y suis, je vais me torcher un peu aussi car j’ai toutes les raisons de penser que la soirée va être chiante, chiante et longue – quel optimisme.
C’est un bar brasserie que je connais bien, où j’ai des habitudes et en plus je ne laisse pas d’ardoise. Quand je ne travaille pas j’aime bien venir boire une bière au soleil. Je viens aussi le soir quand j’ai la flemme de battre six œufs en omelettes. J’apporte toujours de quoi lire, c’est l’hiver, c’est la morte saison et c’est il y a quelques années. Parfois, quand je ressors, je suis légèrement éméché, et je vais marcher le long de la mer, surtout s’il y a des vagues et du sable qui vole. Ca me fait du vent dans la tête et c’est mieux que la clim’.
Ce soir là, c’est un soir encore plus mort que les autres soirs et je redoute encore plus fort ce dîner chez vieille Isa. Je suppose qu’elle va flanquer un bout de pâte feuilletée dans un moule, jeter un lardon, deux champignons, une louche de crème pas fraîche, et elle aura le culot d’appeler ça une quiche. Tout le monde dira que c’est bon. Il y aura les autres avec leurs chiards, on va parler du dernier Woody Allen, de la guerre quelque part dans le monde – comme je disais, ça va être consensuel et chiant.
Alors je me lève, je demande à Robert si je peux téléphoner, il me répond oui bien sûr de son bel accent hollandais, et je dis à Isa que je ne viens pas parce que ça me gonfle d’avance, parce que je suis sûr que je vais m’emmerder. Pour être aimable, j’ajoute que j’ai essayé de chercher un prétexte valable, une excuse neutre du genre double entorse. Mais en vain, je n’ai rien trouvé de plausible alors je préfère dire que j’ai peur de me faire terriblement chier.
Bon, c’est vrai, je précise que c’est une période de ma vie ou presque tout me fait chier, et où je trouve déjà incroyablement épuisant d’essayer de prendre ça avec légèreté. Ce jour-là, j’ai même dit à mon patron qu’il me faisait chier, et comme j’ai su trouver le ton juste sa femme ma dit bravo et il m’a présenté ses excuses. Comme quoi, des fois, c’est vraiment trop con de se retenir.
Et je retourne m’asseoir. Je commande un deuxième porto. Tout ce que je veux, c’est continuer à relire tranquillement Petit Déjeuner chez Tiffany pour la trentième fois – je dis ça mais c’est peut-être la quarantième. Le bar est vraiment désert. Le vent passe sous la porte et il fait déjà nuit. Pas un chat. Même castré. Au comptoir, je finis par remarquer qu’il y a type debout, je ne sais même pas depuis combien de temps il est là. Il marche droit mais il en tient une belle. Voilà qu’il commence à me parler comme si on avait gardé les vaches ensemble. Il a l’air très con, manifestement. Je ne demande pas qu’il y ait des Prix Nobel partout où je vais, non, pas du tout. J’attends juste un minimum de jugeote. J’aime bien qu’on pige que si j’ai un livre sous le nez c’est pas pour qu’on vienne me faire chier. Me demander du feu ou l’heure qu’il est, je veux bien. Mais pas plus. Et il continue à me parler, l’abruti. De sa femme. De sa voiture. Je sens que ça va être la troisième personne de la journée à qui je vais dire qu’elle me fait chier, ça commence à compter.
Non, je suis sauvé par Robert qui a dû lire dans mes pensées ou dans mes yeux. Et voilà mon Robert qui ouvre sobrement son tiroir caisse, en sort une poignée de pièces et annonce très calmement au monsieur qu’il lui rembourse sa bière, qu’il doit partir, maintenant, et ne pas revenir – jamais.
Une heure après environ je marche le long de la mer. Ca fait du bien de respirer. Je trouve que Robert a été chouette avec moi. Et je trouve aussi que je suis un rien ridicule, parce qu’il y a du vent - avec mon grand manteau noir, je me fais l’effet d’être un sous Keanu Reeves dans Matrix. Mais j’ai échappé à la pire des soirées.
La Machine Pneumatique, je trouve que c’est un bien beau nom, mais l’ennui, en ville, c’est qu’on ne peut pas observer les étoiles parce qu’il y a trop de lumière, alors un jour j’aurai une toute petite maison dans la montagne. Une maison avec un télescope. Je suppose que ce sera dans le Cantal, pas très loin du Puy Violent – une région de lave refroidie et de vaches rouges ;
Je me trouve dans un bar brasserie où j’ai décidé de m’empiffrer avant d’aller bouffer chez Isa, une vieille amie qui organise tous les ans une soirée entre quadras de la belle époque. Je vais m’enfiler une andouillette frittes béarnaise car Isa est objectivement la pire cuisinière du département et, tant que j’y suis, je vais me torcher un peu aussi car j’ai toutes les raisons de penser que la soirée va être chiante, chiante et longue – quel optimisme.
C’est un bar brasserie que je connais bien, où j’ai des habitudes et en plus je ne laisse pas d’ardoise. Quand je ne travaille pas j’aime bien venir boire une bière au soleil. Je viens aussi le soir quand j’ai la flemme de battre six œufs en omelettes. J’apporte toujours de quoi lire, c’est l’hiver, c’est la morte saison et c’est il y a quelques années. Parfois, quand je ressors, je suis légèrement éméché, et je vais marcher le long de la mer, surtout s’il y a des vagues et du sable qui vole. Ca me fait du vent dans la tête et c’est mieux que la clim’.
Ce soir là, c’est un soir encore plus mort que les autres soirs et je redoute encore plus fort ce dîner chez vieille Isa. Je suppose qu’elle va flanquer un bout de pâte feuilletée dans un moule, jeter un lardon, deux champignons, une louche de crème pas fraîche, et elle aura le culot d’appeler ça une quiche. Tout le monde dira que c’est bon. Il y aura les autres avec leurs chiards, on va parler du dernier Woody Allen, de la guerre quelque part dans le monde – comme je disais, ça va être consensuel et chiant.
Alors je me lève, je demande à Robert si je peux téléphoner, il me répond oui bien sûr de son bel accent hollandais, et je dis à Isa que je ne viens pas parce que ça me gonfle d’avance, parce que je suis sûr que je vais m’emmerder. Pour être aimable, j’ajoute que j’ai essayé de chercher un prétexte valable, une excuse neutre du genre double entorse. Mais en vain, je n’ai rien trouvé de plausible alors je préfère dire que j’ai peur de me faire terriblement chier.
Bon, c’est vrai, je précise que c’est une période de ma vie ou presque tout me fait chier, et où je trouve déjà incroyablement épuisant d’essayer de prendre ça avec légèreté. Ce jour-là, j’ai même dit à mon patron qu’il me faisait chier, et comme j’ai su trouver le ton juste sa femme ma dit bravo et il m’a présenté ses excuses. Comme quoi, des fois, c’est vraiment trop con de se retenir.
Et je retourne m’asseoir. Je commande un deuxième porto. Tout ce que je veux, c’est continuer à relire tranquillement Petit Déjeuner chez Tiffany pour la trentième fois – je dis ça mais c’est peut-être la quarantième. Le bar est vraiment désert. Le vent passe sous la porte et il fait déjà nuit. Pas un chat. Même castré. Au comptoir, je finis par remarquer qu’il y a type debout, je ne sais même pas depuis combien de temps il est là. Il marche droit mais il en tient une belle. Voilà qu’il commence à me parler comme si on avait gardé les vaches ensemble. Il a l’air très con, manifestement. Je ne demande pas qu’il y ait des Prix Nobel partout où je vais, non, pas du tout. J’attends juste un minimum de jugeote. J’aime bien qu’on pige que si j’ai un livre sous le nez c’est pas pour qu’on vienne me faire chier. Me demander du feu ou l’heure qu’il est, je veux bien. Mais pas plus. Et il continue à me parler, l’abruti. De sa femme. De sa voiture. Je sens que ça va être la troisième personne de la journée à qui je vais dire qu’elle me fait chier, ça commence à compter.
Non, je suis sauvé par Robert qui a dû lire dans mes pensées ou dans mes yeux. Et voilà mon Robert qui ouvre sobrement son tiroir caisse, en sort une poignée de pièces et annonce très calmement au monsieur qu’il lui rembourse sa bière, qu’il doit partir, maintenant, et ne pas revenir – jamais.
Une heure après environ je marche le long de la mer. Ca fait du bien de respirer. Je trouve que Robert a été chouette avec moi. Et je trouve aussi que je suis un rien ridicule, parce qu’il y a du vent - avec mon grand manteau noir, je me fais l’effet d’être un sous Keanu Reeves dans Matrix. Mais j’ai échappé à la pire des soirées.
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Voici les 8 dernières réactions à ce commentaire
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ce qui fait chier, quand on explique aimablement aux gens qu'ils vous font chier, c'est qu'ils ne comprennent pas. Ils vous demandent si quelque chose ne va pas. On n'a pas toujours envie de raconter qu'on a une gastro.
j'ai confondu avec Lancelot, Perceval et les autres.
27/06/08 à 08h03
douce86
Les contraintes conventionnelles, ça nous encombre le quotidien bien inutilement...
Bien racontée cette tranche de vie
Bien racontée cette tranche de vie
tes enchevêtrements, ça me botte.
je vais préparer un com sur autre chose que la chierie. Mais dans ce temps-là, j'étais un peu comme ça http://fr.youtube.com/watch?v=QDbyum68Cpw
Je vais raconter le voyage dans le Moscou-Paris du 2 novembre 1990. Ca c'est plus soft. En attendant, si vous vous vous faîtes chier :
http://kranzler.over-blog.com/
Je vais raconter le voyage dans le Moscou-Paris du 2 novembre 1990. Ca c'est plus soft. En attendant, si vous vous vous faîtes chier :
http://kranzler.over-blog.com/
Très beau texte!
donc je commence bien la journée. Je peux aller dormir.

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brianRobert
publié le 26 juin 08