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La dernière porte
 La dernière porte
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catégorie : chronique
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Avant d'entrer, elle avait déjà tort.
Elle était partie trop tard, était arrivée hors d'haleine. Chaine, dérailleur, vitesses, deux roues voilées, tout empirait malgré l'Homéoplasmine de secours en attendant un réparateur de vélos providentiel.
Dans la salle d'attente entièrement grise semblaient rebondir entre les murs, les sons tonitruants et grossiers des publicités d'une radio volontiers tutoyante. Une demi-heure de retard au rendez-vous, pas encore de secrétaire, et la musique alternait, gigolante, insolente entre les pubs.
Deux solutions s'imposaient à l'évidence, attendre patiemment, supporter Europe 2 et risquer de s'entendre dire "Je vous attends depuis 13h30, désolée!", ou signaler sa présence, frapper distinctement à l'encadrement en bois de la dernière porte.
Déjà le rendez-vous de 14 heures avait déclenché l'ouverture automatique de la porte d'entrée, et s'était installée :
- Vous aviez rendez-vous à 13h30?

Réflexion vite aboutie, elle devait prévenir de son arrivée.
Ne lui avait-on pas dit "Un si-tu-veux n'est pas une réponse"?
"A chaque problème sa solution!"
Elle avait préféré opiner plutôt que préciser : "Oui, mais laquelle?"
"Tu scies la branche sur laquelle tu es assise!".


Riche de l'avis des autres, elle ouvrit la seconde porte de la salle d'attente, et s'apprêtait à frapper sur le cadre en bois de la dernière porte, quand la patiente suivie du médecin-spécialiste surgirent tandis que sa main levée, lentement, s'abaissait machinalement. Elle s'enfuit devant le regard noir du médecin et retourna s'asseoir dans le siège design noir.
"Bon Timing!" s'écria-t'elle mais le rendez-vous de 14 heures n'avait pas d'opinion, ne riait pas, plongée dans une revue, lisait tranquillement, ce qu'elle fit aussitôt avec empressement.

Quand vint son tour, elle comprit l'expression "passer un sale quart d'heure".
Elle avait demandé tout d'abord que la spécialiste changeât la station de radio, mais s'entendit expliquer la présence de la "musique" pour assurer la confidentialité des entretiens.
Et que faisait-elle derrière la porte à écouter une conversation placée sous le sceau de la confidentialité?
Elle aligna ce qui lui semblait être des arguments, mais sa défense ne fut pas acceptée :

- "Pour changer de station, vous entrez dans le placard. La patiente ne pourra recevoir vos excuses car elle ne reviendra pas. Imaginez le préjudice moral qu'elle vient de subir.
Le traitement par antibiotique de votre panari a échoué, pis, vous devez immédiatement entrer en chirurgie pour en opérer deux, l'infection s'est généralisée, la médecine ne peut plus rien désormais pour vous."

- "L'amputation!" lâcha-t'elle en riant. Son rire roula dans un caniveau invisible.


Fucidinée, fusillée de mea culpa, elle songea à son entière responsabilité dans cette tragique méprise d'un entre-portes, à toutes ses précédentes responsabilités, à toutes les irruptions intempestives de ses chers tiers, d'elle-même.
Responsable certes, mais pas coupable, s'énonça-t'elle en grimaçant.

Elle songea devant une vitrine qui lui renvoyait un visage blanc, des cheveux roux ébouriffés. Elle songea à tous ceux qui lui avait donné publiquement ou intimement tort. Puis elle songea à Harpo monté sur un vélo, tentant de faire un pied de nez de ses deux panaris.
Puis elle eut mal à la tête, puis elle s'enfonça dans le noir d'un vertige.


- "Ca ne va pas? Vous voulez qu'on appelle les pompiers? Madame, réveillez-vous!"
- "On va appeller quelqu'un, vous avez déjà les doigts raides!"

- "Je voudrais rentrer manger, appeler la clinique, et faire les courses! Et puis j'ai deux panaris d'abord, des inséparables!"... Mais elle s'aperçut qu'elle était seule et que personne ne circulait dans cette rue.


Elle renvoya l'imaginaire, la culpabilité, la responsabilité, ailleurs. Elle pensa à demander de l'aide, puis elle oublia.
Aurait-elle un jour une opinion décisive à propos des auto-fictions de Christine Angot?




V.V















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Voici les 12 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 13/04/10 à 08h42
 12/04/10 à 23h59
ça donne pas envie d'attendre...toujours attendre...
 12/04/10 à 23h50
de l'indo-européen commun "heng" ( étroit ) qui donne le grec ancien ἄγχω.
- serrer, étreindre, étrangler, suffoquer.
"angit inhaerens elisos oculos et siccum sanguine guttur", Virgile : sans le lâcher, il l'étrangle, faisant jaillir les yeux, vidant la gorge de son sang.
-mettre à l'étroit, gêner, faire souffrir.
-serrer le cœur, angoisser, tourmenter, inquiéter.
"angi animo" : se tourmenter l'esprit, s'inquiéter, avoir le cœur serré.
"absurde facis, qui angas te animi", Plaute : c'est une sottise que de te tourmenter ainsi.
et pour finir, les dérivés :
- angĭna, angine.
- angŏr, angine, oppression.
- anguis, serpent (celui qui étreint)
- angŭlus, espace resserré, angle, coin, recoin
etc...
http://www.youtube.com/watch?v=ho8-vK0L1_8

Remercoiements à votre écriture qui m'enchante!
 12/04/10 à 21h44
 12/04/10 à 21h20
perefrancois
Deux panaris inséparables ont davantage de chance de durer (ou d'indurer)
que le rapprochement d'un "œil de perdrix "et d'un "oignon" qui finit presque toujours dans les larmes !
Belle histoire et belle chute.
littérature contemporaine au lieu de m'envoûter, et Amélie Nothomb me plombe. Je ne supporte pas "l'écrit comme on parle", mais je vénère le "Elle" de Marguerite Duras, sa sensibilité décorchée qui la rend monstrueuse, et fragilement monstrueuse et humaine. Des vieux atomes crochus, sans doute?

http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-desaxes_809374.html Merci à voltuan!
Toi...Oui...VDV69........!