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Le moulin et la croix essai d’interprétation d’un tableau de bruegel
 Le moulin et la croix essai d’interprétation d’un tableau de bruegel
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Dans son dernier film, le cinéaste s’est interrogé sur une peinture monumentale et foisonnante : Le portement de la croix, l’un des chefs-d’œuvre de Pieter Bruegel l’Ancien.

Pourquoi le peintre a-t-il dissimulé la figure centrale du Christ parmi une foule de paysans? Pourquoi, dans un paysage Renaissance, a-t-il donné une importance considérable à un improbable moulin perché sur un énigmatique rocher? Pourquoi les gendarmes qui encadrent la procession sont-ils en uniforme rouge? Que signifie le style archaïsant des saintes femmes ? Passé et futur, vie et mort, destin et liberté façonnent cette fresque foisonnante, qui compte au moins cinq cents personnages se dirigeant vers le Golgotha.

Ces questions expliquent le titre du film

Bruegel peint cette toile alors que Philippe II d'Espagne avait envoyé en Flandres son capitaine général, le duc d'Albe. Celui-ci devait rétablir l'ordre après des révoltes protestantes. Il se rendit célèbre par sa brutalité, condamnant à mort plusieurs milliers de personnes. L'emploi de la force ne lui fut guère profitable, puisqu'il provoqua une guerre de 80 ans qui s'acheva par la constitution de deux blocs aux convictions religieuses divergentes, les Pays-Bas et la Belgique.

En fait Bruegel a déjà utilisé le thème du massacre des innocents pour représenter les méfaits de troupes espagnoles, (Les soldats en armure qui perpétuent le massacre sont espagnols) Tout ce qui a été dit sur la façon dont Bruegel traite les scènes évangélistes peut être repris pour le Portement de Croix (Kunsthistorisches Museum de Vienne, 124 x 170 cm, 1564). Bruegel illustre ici la montée du Christ au Golgotha.

Moins fréquemment représentée que la Passion (dans le domaine de la peinture), cette scène est cependant familière aux contemporains de Bruegel qui peuvent la voir sur les tympans et retables sculptés. Cependant le Christ portant la croix occupe généralement le devant de la scène. Bruegel a choisi ici une approche toute différente puisqu’elle quasiment invisible !!!

Majewski qui est un plasticien s’est attaché à analyser le tableau et montrer et éclairer dans la durée d’un film le contenu d’une image qui s’offre d’un seul « bloc ».

En utilisant les moyens du cinéma (reconstituer les scènes du tableau en les faisant jouer par des comédiens) et de l’image fixe (comme une peinture qui fixe un moment) L’auteur nous décrit et nous raconte le tableau

En collaboration avec l’historien d’art Michael Gibson, le réalisateur s’empare de la scène représentée par Bruegel pour en extraire quelques figures. Il imagine leur journée depuis l’aube et décrit la suite des petits événements quotidiens – parfois bien cruels, parfois plaisants – qui ont pu les conduire jusqu’à ce paysage vallonné où va se jouer cette scène pathétique. Le peintre y représente Jésus harassé au milieu d’une foule de personnages (ils seraient au moins 500 !), hommes, femmes et enfants, soldats, marchands ou simples badauds, opulents ou pauvres, malades ou bien portants… Au premier plan, la Vierge éplorée soutenue par Jean et entourée de deux femmes suppliantes, richement vêtues.
Majewski a choisi de représenter le peintre (présent dans le tableau au coin bas à droite) et le commanditaire (un banquier libéral et homme de la Renaissance) commentant le tableau en train de se faire, par exemple les lignes de perspectives sont tracées sur un dessin préparatoire.. Naturellement il y a une symbolique que les gens du 16eme siècle comprenaient et que le cinéaste explicite ici : le moulin au sommet d’une montagne et le meunier, (Dieu et la marche du monde inexorable comme la roue du moulin) l’arbre en feuille à gauche prés de ce rocher opposé au gibet à droite (arbre de vie, arbre de mort). Il anime aussi les personnages du centre qui figurent le chemin de croix et nous avons droit à une reconstitution de la Passion avec tous les épisodes et stations jusqu’à l’affaissement de Jésus.

Gibson le conseiller scientifique du film dans son livre explique : pourquoi le peintre imagine la Passion au XVI e siècle: «La démarche de Bruegel consiste à utiliser la situation politique immédiate pour faire comprendre l'histoire du messie en non pas de prendre l'histoire du Christ pour condamner les exactions espagnoles.» la phrase peut se retourner, et je crois que les Flamands (en particulier les Hollandais) ont pensé pendant longtemps qu’ils étaient le « nouveau peuple élu » ils ont été martyrisés par les Espagnols catholiques ( et leurs alliés Wallons) comme les hébreux par les Romains. Si on étudie le mode colonisation des Hollandais en Indonésie, Java ou l’Afrique du Sud on constate qu’il n’y a pas eu de métissage et plutôt l’Apartheid !! Aujourd’hui en Belgique la division Flamands Wallons est une conséquence de cette situation politique !

Du point de vue cinématographie, il faut dire que les rendus des couleurs sont sublimes et il faut remercier les trois acteurs principaux (Rutger Hauer (Bruegel), Michael York le collectionneur Nicholas Jonghelinck, Marie (Charlotte Rampling), mère de douleurs qui donne une image de la Vierge très dépouillée.), la bande son et les commentaires sont réduits au minimum pour nous permettre de voir les images

Enfin, il me faut recommander ce film très beau car il nous dit que les peintres peuvent par leurs toiles faire passer des messages et qu’un tableau n’est pas une image de télévision qui se regarde en quelques secondes !!!

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Voici les 6 dernières réactions à ce commentaire
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(et éclairé !) sur ce film que j'ai vu il y a deux jours...
Merci.
 09/01/12 à 20h20
 09/01/12 à 17h49
Pris sur wikipedia, avec l'avantage de sa très grande taille
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/4e/Pieter_Bruegel_d._%C3%84._
007.jpg

La peinture est visible à Vienne, au musée des Beaux-Arts.
Et très bonne conclusion : la peinture avait pour fonction de raconter une histoire, édifiante, à des gens qui pour l'immense majorité ne savaient ni lire, ni écrire. Et il faut voir cela comme une sorte de BD, tous ces vitraux, ces sculptures, ces peintures, ces St Sébastien comme des gruyères, ces dragons écrasés sous le pied de l'archange, ces annonciations, circoncisions, déplorations, tout cela était au service d'une doctrine, chantant les louanges de généreux donateurs, effrayant les esprits par des gargouilles, des crânes et squelettes, des pesées d'âmes et des marmites bouillantes. C'est qu'il s'agissait de bien conduire le troupeau et pour cela pa question de mégoter. Quelle chance, nous en avons tiré des musées plein de peintures sublimes et quelques lieux à pleurer de beauté.
 09/01/12 à 16h02
merci pour ce comm, qui donne bien envie de voir le film.
Chaque scène de la bande annonce semble un tableau en soit
 09/01/12 à 15h34
En complément voici un lien qui permet d'apprécier le tableau :
http://www.artliste.com/pierre-bruegel/portement-croix-1772.html