Nous sommes le onze aoüt et il fait chaud. Le ciel gris flanelle, couleur coquille d’huître par endroits, à l’ouest on devine un début d’orage qui sera peut-être dévié et n’éclatera pas au dessus de la ville. Au dessus de ma tête un avion à basse altitude qui survole mollement les toits. Il plonge vers sa piste d’atterrissage dans un grondement important, le ventre gonflé. On jurerait une image, un vidéo-clip, un spot publicitaire destiné à faire croire qu’ici il se passe des choses. Des trucs intéressants.
En regardant l’avion, je repense sans savoir pourquoi aux cahiers et aux crayons que mon père me rapportait du bureau. Il y avait deux sortes de cahier, ceux de brouillon avec un skieur sur la couverture souple, et les cahiers épais dits de composition. Je crois que je préférais les premiers, et les crayons qui m’impressionnaient le plus étaient le modèle appelé télévision. D’épais crayons à section hexagonale, difficiles à tailler pour une main d’enfant, une mine bleue d’un côté, une rouge de l’autre. Ils servaient surtout je crois à souligner les mots importants dans un texte, je les trouvais beaux sans en avoir réellement l’utilité. Je crois qu’on les fabrique toujours.
Il y a cinq cents milles habitants dans cette ville mais c’est juste un hameau, je jure que c’est vrai. S’il y avait des trucs vraiment intéressants je le saurais car je suis un promeneur, un marcheur qui observe le spectacle des rues et tout ce que je vois ce sont des boutiques de fringues, des parfumeries, des passants avec des téléphones portables. Au moins avant les gens racontaient leurs conneries chez eux. Ils les récitent à présent sur le trottoir et il n’existe aucun endroit pour se mettre à l’abri. Ah oui, j’oublie ça aussi : il y a une parfumerie à chaque coin de rue mais pour trouver une pissotière il faut faire au moins deux kilomètres. Alors on devrait peut-être installer les pissotières dans les parfumeries.
Suis allé en ville vers quinze heures pour régler un problème de liaison haut débit. J’ai dû faire un écart pour éviter un bénévole qui voulait me faire signer une pétition pour Greenpeace. Même pas envie de lui adresser la parole. Un autre écart dix mètres plus loin pour ignorer une enquêtrice qui s’apprêtait à m’interroger sur des produits d’après-rasage où je ne sais quoi. Elle ne devait pas avoir rempli son quota d’hommes de moins de quarante ans. Toujours le même groupe de SDF devant monoprix, des visages maintenant familiers, quatre garçons et deux filles d’une vingtaine d’années mais paraissant le double, bouffis et grimaçants, percé de partout, remplis de bière chaude. Impression curieuse en les regardant de me trouver devant un tableau du Moyen Age.
Bu un verre à la terrasse du Marlowe – un nom qui pourtant devrait vaguement me plaire. La terrasse du bar d’à côté dégoulinante de bavards, les esprits éclairés de notre ville – de tout petits cerveaux qui se prennent pour des lumières, de simples réductions. Il y a une alimentation sur la place : aperçu un voleur qui sortait en courant comme un lièvre, poursuivi par le gérant. Cet imbécile venait de voler une Guinness qu’il n’a pas eu le temps de boire car il a trébuché à un mètre de ma table. Une scène banale, presque quotidienne. Pas eu le temps de me pousser. J’ai été arrosé de la tête au pied par un geyser de mousse lorsque la bière a explosé par terre. Tout s’est passé en quelques secondes, très vite. Suis allé acheter une chemise pour remplacer la mienne qui était trempée. Trempée aussi la fille de la table voisine, une blonde méchée qui porte des chaussures blanches de putain.
En regardant l’avion, je repense sans savoir pourquoi aux cahiers et aux crayons que mon père me rapportait du bureau. Il y avait deux sortes de cahier, ceux de brouillon avec un skieur sur la couverture souple, et les cahiers épais dits de composition. Je crois que je préférais les premiers, et les crayons qui m’impressionnaient le plus étaient le modèle appelé télévision. D’épais crayons à section hexagonale, difficiles à tailler pour une main d’enfant, une mine bleue d’un côté, une rouge de l’autre. Ils servaient surtout je crois à souligner les mots importants dans un texte, je les trouvais beaux sans en avoir réellement l’utilité. Je crois qu’on les fabrique toujours.
Il y a cinq cents milles habitants dans cette ville mais c’est juste un hameau, je jure que c’est vrai. S’il y avait des trucs vraiment intéressants je le saurais car je suis un promeneur, un marcheur qui observe le spectacle des rues et tout ce que je vois ce sont des boutiques de fringues, des parfumeries, des passants avec des téléphones portables. Au moins avant les gens racontaient leurs conneries chez eux. Ils les récitent à présent sur le trottoir et il n’existe aucun endroit pour se mettre à l’abri. Ah oui, j’oublie ça aussi : il y a une parfumerie à chaque coin de rue mais pour trouver une pissotière il faut faire au moins deux kilomètres. Alors on devrait peut-être installer les pissotières dans les parfumeries.
Suis allé en ville vers quinze heures pour régler un problème de liaison haut débit. J’ai dû faire un écart pour éviter un bénévole qui voulait me faire signer une pétition pour Greenpeace. Même pas envie de lui adresser la parole. Un autre écart dix mètres plus loin pour ignorer une enquêtrice qui s’apprêtait à m’interroger sur des produits d’après-rasage où je ne sais quoi. Elle ne devait pas avoir rempli son quota d’hommes de moins de quarante ans. Toujours le même groupe de SDF devant monoprix, des visages maintenant familiers, quatre garçons et deux filles d’une vingtaine d’années mais paraissant le double, bouffis et grimaçants, percé de partout, remplis de bière chaude. Impression curieuse en les regardant de me trouver devant un tableau du Moyen Age.
Bu un verre à la terrasse du Marlowe – un nom qui pourtant devrait vaguement me plaire. La terrasse du bar d’à côté dégoulinante de bavards, les esprits éclairés de notre ville – de tout petits cerveaux qui se prennent pour des lumières, de simples réductions. Il y a une alimentation sur la place : aperçu un voleur qui sortait en courant comme un lièvre, poursuivi par le gérant. Cet imbécile venait de voler une Guinness qu’il n’a pas eu le temps de boire car il a trébuché à un mètre de ma table. Une scène banale, presque quotidienne. Pas eu le temps de me pousser. J’ai été arrosé de la tête au pied par un geyser de mousse lorsque la bière a explosé par terre. Tout s’est passé en quelques secondes, très vite. Suis allé acheter une chemise pour remplacer la mienne qui était trempée. Trempée aussi la fille de la table voisine, une blonde méchée qui porte des chaussures blanches de putain.
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Voici les 9 dernières réactions à ce commentaire
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La terrasse de Marlowe , a priori c'aurait dû être sympa ...
11/08/08 à 14h59
...par exemple , et l'avion ....qui évoque ton enfance ..ton père ...émouvant !
qu'on boit des yeux, rafraîchissante comme cette mousse en terrasse. *****
comment tu le sais, puisque tu n'as accès qu'à leur apparence ? (hihi ! Tergeist vétilleux)
Des fois, se promener en ville, c'est comme ça. Enfin, c'était comme ça. J'ai réglé le problème.
On sent l'atmosphère lourde lourde ....
t'as pas un pote rigolo à voir ou à appeler ?
t'as pas un pote rigolo à voir ou à appeler ?


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brianRobert
publié le 11 août 08