Aujourd’hui flopée de souvenirs militaires. Je suppose que ça m’arrive parce qu’hier j’ai eu l’idée de trier des vieux trucs et de ranger des machins qui datent.
Précisément, au moment où j’écris ces lignes au porte-mine Staedtler chargé en 2B je sens que je me désolidarise du décor qui m’entoure. Le village que je vois de ma fenêtre s’estompe. Je l’efface d’un simple zip comme avec l’ardoise magique. Je ne le prends plus en compte. Je gomme les maisons blanches. J’ignore le ciel qui est aujourd’hui d’un bleu pâle pas très catholique. Rideau. Ecran de fumée. Je ne suis là pour personne. Pour une heure ou deux, me voilà revenu au Quartier Napoléon à Berlin. Dans la piaule il y deux lits en ferraille et deux armoires métalliques. Quatrième étage. Ma fenêtre donne sur une sorte de périph qui s’appelle le Kurt-Schumacher-Damm. A quatre cents mètres environ la clôture de l’aéroport de Tegel. Derrière les maisons, la queue d’un Boeing de la Panam qui s’offre un petit tour de chauffe avant d’aller se placer en bout de piste – ça va décoiffer sec.
En quelle année on est ? 1985. Le mur est toujours là et personne ne sait que ses jours sont comptés. Berlin est toujours occupé par les alliés, c’est comme ça depuis la fin de la guerre. Parfois il y a des exercices d’alerte. Selon la gravité de la situation, les alertes peuvent être rouges ou de type arc-en-ciel. D’un seul coup ça se met à sonner et on entend vrombir de gros engins à nez de cochon, tout le monde descend à l’armurerie qui se trouve tout au fond d’un couloir blafard, le couloir est bondé comme si c’était les soldes à la Samaritaine mais on n’est pas là pour faire du shopping, non, c’est moins drôle, on est serrés comme des anchois, il y a des têtes de morts sur les murs, c’est sérieux, c’est archi-sérieux, on est en ZMS, c'est-à-dire dans une zone militaire sensible, on attend d’arriver devant le tout petit guichet pour gueuler bien fort son numéro de fusil – le mien c’est le 17776 et mon numéro de sécu est 161024418421215 – en prime dans le filet garni on a le droit au masque à gaz, parce qu’il faut être prévoyant dès fois que les Russes nous enverraient du bactériologique ou du chimique, et tu en as eu du maquille, chéri ? C’est un petit pot vert dégueulasse, de la même couleur que la merde des crabes, sauf que la merde des crabes c’est délicieux et c’est un breton qui le dit, et à côté de moi cet imbécile de Laboureur qui commence à péter les plombs, ça m’emmerde qu’il dit, encore de la baise et ça va durer combien de temps leur truc parce que je pars en perm dans trois heures moi alors me gonflent à faire péter leurs alarmes juste là font chier, tiens, ces porcs. Moi, comme je peux pas encaisser ce gros veau de Laboureur elle me plaît plutôt bien l’alerte. Et puis trois longs coups de sirène très lugubres, ça veut dire que la guerre vient de s’arrêter et qu’elle n’aura duré qu’une heure, les russes ne nous ont pas envahis, les cochons peuvent rentrer au garage. Ce n’était qu’un jeu.
Précisément, au moment où j’écris ces lignes au porte-mine Staedtler chargé en 2B je sens que je me désolidarise du décor qui m’entoure. Le village que je vois de ma fenêtre s’estompe. Je l’efface d’un simple zip comme avec l’ardoise magique. Je ne le prends plus en compte. Je gomme les maisons blanches. J’ignore le ciel qui est aujourd’hui d’un bleu pâle pas très catholique. Rideau. Ecran de fumée. Je ne suis là pour personne. Pour une heure ou deux, me voilà revenu au Quartier Napoléon à Berlin. Dans la piaule il y deux lits en ferraille et deux armoires métalliques. Quatrième étage. Ma fenêtre donne sur une sorte de périph qui s’appelle le Kurt-Schumacher-Damm. A quatre cents mètres environ la clôture de l’aéroport de Tegel. Derrière les maisons, la queue d’un Boeing de la Panam qui s’offre un petit tour de chauffe avant d’aller se placer en bout de piste – ça va décoiffer sec.
En quelle année on est ? 1985. Le mur est toujours là et personne ne sait que ses jours sont comptés. Berlin est toujours occupé par les alliés, c’est comme ça depuis la fin de la guerre. Parfois il y a des exercices d’alerte. Selon la gravité de la situation, les alertes peuvent être rouges ou de type arc-en-ciel. D’un seul coup ça se met à sonner et on entend vrombir de gros engins à nez de cochon, tout le monde descend à l’armurerie qui se trouve tout au fond d’un couloir blafard, le couloir est bondé comme si c’était les soldes à la Samaritaine mais on n’est pas là pour faire du shopping, non, c’est moins drôle, on est serrés comme des anchois, il y a des têtes de morts sur les murs, c’est sérieux, c’est archi-sérieux, on est en ZMS, c'est-à-dire dans une zone militaire sensible, on attend d’arriver devant le tout petit guichet pour gueuler bien fort son numéro de fusil – le mien c’est le 17776 et mon numéro de sécu est 161024418421215 – en prime dans le filet garni on a le droit au masque à gaz, parce qu’il faut être prévoyant dès fois que les Russes nous enverraient du bactériologique ou du chimique, et tu en as eu du maquille, chéri ? C’est un petit pot vert dégueulasse, de la même couleur que la merde des crabes, sauf que la merde des crabes c’est délicieux et c’est un breton qui le dit, et à côté de moi cet imbécile de Laboureur qui commence à péter les plombs, ça m’emmerde qu’il dit, encore de la baise et ça va durer combien de temps leur truc parce que je pars en perm dans trois heures moi alors me gonflent à faire péter leurs alarmes juste là font chier, tiens, ces porcs. Moi, comme je peux pas encaisser ce gros veau de Laboureur elle me plaît plutôt bien l’alerte. Et puis trois longs coups de sirène très lugubres, ça veut dire que la guerre vient de s’arrêter et qu’elle n’aura duré qu’une heure, les russes ne nous ont pas envahis, les cochons peuvent rentrer au garage. Ce n’était qu’un jeu.
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Voici les 7 dernières réactions à ce commentaire
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mais ces histoires de guerre, jeu ou pas jeu, je trouve ça plutôt triste ...
le HB, je trouve ça pâle
que je m'en rappelle. La première fois que j'ai vu, j'étais pas bien frand et le grand Orson me faisait peur. Heureusement, je me suis endurci.
et en attendant de faire la sieste cinq minutes, et de regarder Morocco juste après, ce qui en gros est mon programme immédiat, un petit lien vers mon blog
http://kranzler.over-blog.com/
http://kranzler.over-blog.com/
un air de cithare et les tronches d'Orson Wells et Joseph Cotten, tu te rappelles Brian de ça :
http://fr.youtube.com/watch?v=zb3OwmP9_64
http://fr.youtube.com/watch?v=zb3OwmP9_64

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brianRobert
publié le 14 août 08