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Alberto manguel, féru de livres...
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catégorie : critique ou information sur l'oeuvre ou l'artiste
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Alors que nos sociétés valorisent principalement le sport, la chanson, le cinéma,le tourisme, la politique spectacle; des êtres "au-dessus de la mêlée" ( cf. Romain Rolland ),
accordent quant à eux, de l'importance aux livres...! Alberto Manguel est de ceux-là, qui pourrait dire, comme l'écrivit l'écrivain Edmond Jabès, que le monde existe "parce que le livre existe".


Alberto nous avoue, au fil de son ouvrage "Une Histoire de la Lecture", qu'il ne pourrait
vivre sans lire, sans écrire.
Très tôt, lorsqu'il pu déchiffrer l'alphabet, Alberto se mit à tout lire : non seulement des
livres, mais également des notices, des publicités, les petits caractères au dos des tickets de tramway, des lettres jetées à la poubelle, de vieux journaux traînant sous un banc, au parc,
des graffitis,etc.

Un jour, Alberto découvre avec surprise, que Cervantes, dans son amour de la lecture,
lisait "jusqu'aux bribes de papier qu'on jette à la rue"....Cela, Alberto le vit par empathie...


Alberto, adolescent, déclare vouloir vivre parmi les livres.
A seize ans, en 1964, il déniche un emploi, après l'école, à la librairie Pygmalion, l'une des trois librairies anglo-allemandes de Buenos Aires. La responsable de la librairie, une juive allemande ayant fui les nazis, lui confie la tâche quotidienne d'épousseter chacun des livres du magasin ( méthode grâce à laquelle, Alberto apprend vite à connaître le stock ainsi que la place des volumes sur les rayons... ).

Tout change pour Alberto, lorsqu'un jour, entre dans la librairie de Lily Lebach, devinez-qui, chers pccistes ? Eh bien, Jorge Luis Borges ! Devenu presque aveugle, l'écrivain
propose alors à Alberto, un travail de lecteur particulier...Finalement, c'est pendant deux ans,
qu'Alberto fera la lecture à Borges !

Puis, toujours dans son ouvrage "Une Histoire de la Lecture", Alberto Manguel évoque
la découverte à Tell Brak, en Syrie, en 1984, de deux petites tablettes d'argile datant du
quatrième milllénaire avant J.Christ. Ces deux tablettes constituent l'un des plus anciens spécimens d'écriture que nous connaissions.


L'ouvrage d'Alberto est truffé de pépites informatives :
L'on apprend ainsi, qu'au Vème siècle avant J.C. , deux pièces de théâtres mettent
en scène des personnages en train de lire :
Nous trouvons Thésée lisant en silence une lettre de sa défunte épouse ( in, Hippolyte" d'Euripide ); dans les "Cavaliers" d'Aristophane, Démosthène consulte une tablette envoyée par un oracle.

L'on apprend encore, que dès les premières tablettes sumériennes, les mots écrits
étaient destinés à être lus à voix haute, étant donné que chaque signe impliquait, comme son âme, un son particulier.

Des rangs de la société mésopotamienne, surgit le scribe...
Les scribes étaient essentiels, pour de nombreuses actions :
Il étaient utiles pour envoyer des messages, pour communiquer des informations,
pour prendre note des ordres du roi, pour enregistrer les lois, pour consigner les données astronomiques employées pour la tenue du calendrier, pour calculer les quantités requises
de soldats, d'ouvriers, mais également d'animaux, sans oublier les fournitures,etc.
Avec un tel pouvoir, les scribes constituaient une sorte d'élite aristocratique.

Il est à noter, que les anciens Mésopotamiens, pensaient que les oiseaux étaient sacrés parce qu'ils laissaient sur l'argile ( la terre meuble ), des traces avec leurs pattes, ayant
l'aspect de caractères cunéiformes. Ces signes leur semblaient la traduction d'un langage divin.


Pouvoir lire, écrire, a de tout temps été difficile pour les femmes, qui ont dû se battre contre l'ordre établi masculin:
Dans les ordres religieux, les femmes étaient constamment soumises à la censure
de leurs supérieurs. Les écoles et universités étaient pour la plupart fermées aux femmes, du début du XIIéme à la fin du XIVéme siècle. En dépit d'obstacles terribles, des femmes réussirent à produire des oeuvres remarquables; ces femmes ont pour nom:
Hildegarde de Bingen, Julienne de Norwich, Christine Pisan, Marie de France...

Plus près de nous, Walt Whitman découvrit les écrits de Margaret Fuller. Elle fut la première critique littéraire à plein temps des Etats-Unis, la première femme correspondante
étrangère. Elle fut une féministe lucide...

La romancière anglaise Harriet Martineau, déplore en 1876, que les jeunes femmes de son époque ne sont pas autorisées à étudier de manière trop manifeste...On leur conseille donc de rester assise au salon à faire de la couture, et se tenir prête à recevoir des visites !


Lire, écrire, est un moyen majeur de résistance et de liberté :
Longtemps, les esclaves afro-américains apprirent à lire en dépit d'obstacles immenses, risquant leur vie !
Interviewée par le Federal Writers Project, alors qu'elle avait 99 ans, Belle Myers
Carothers, se rappelait avoir appris ses lettres en gardant le bébé du propriétaire de la plantation...Le bébé jouait souvent avec des blocs sur lesquels figuraient les lettres de l'alphabet. En la voyant s'exercer, le propriétaire l'a frappa de coups de fouets. Mais Myers
tint bon et continua d'étudier l'alphabet ainsi que quelques mots dans un abécédaire qu'elle avait trouvé. Elle fut si heureuse de constater qu'elle pouvait vraiment lire, qu'elle courut partout le dire aux autres esclaves...!

Au XIXéme siècle, l'écrivaine Virginia Woolf dénonce dans trois de ses livres majeurs: Trois Guinées, Orlando et Une Chambre à soi, la bêtise et l'égoïsme des sociétés
patriarcales...Elle dénonce l'envahissement de pratiques masculines éhontées : le foot,
la guerre, la politique ( son utilisation dévoyée ), la chasse,etc. Activités néfastes à l'harmonie sociale.

Merci à un homme évolué comme Alberto Manguel, de témoigner de l'importance
des livres, de la lecture, de l'écriture pour tous les êtres ( tant hommes que femmes ) désireux de vivre libres et dignes, dans un monde de partage et de fraternité...

Je ne peux me priver de citer cet être merveilleux que fut ( qu'est à jamais en notre coeur ) Emmanuel Lévinas...:
"Se consacrer aux livres, c'est retrouver le chemin d'une intériorité bafouée par
l'Histoire, c'est faire rempart contre la barbarie".



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