L’irréductible fan de western que je suis est comblée. Cette semaine est sorti sur les écrans : 3h10 pour Yuma, le dernier film de James Mangold, réalisateur de l’excellent Copland.
Son nouveau film est une nouvelle version plus qu’un remake, de l’excellent western du même nom de 1957 de Delmer Daves qui narre l’histoire d’une rencontre pas banale entre Dan Evens, un pauvre fermier endetté pour cause de sècheresse, ayant perdu un pied pendant la Guerre de Secession mais qui doit assumer la charge d’une famille et Ben Wade, charismatique bandit de grands chemins,riche et libre qui s’est fait une spécialité en dépouillant sans vergogne, (22 attaques au compteur) les transports de fond de la compagnie des chemins de fer et qui « a tué plus que la sécheresse » !) dixit Evens.
Témoin involontaire de la dernière attaque du célèbre hors-la-loi, le fermier Evens, suite à un concours de circonstances, se retrouve engagé par hasard pour escorter Ben Wade qu’il a aidé à faire arrêter. S’ensuivra trois jours d’un trajet long et semé d’embûches pour acheminer le hors-la-loi jusqu’à la gare de Contention où le train de 3h10 l’emmènera à la ville de Yuma pour se faire juger, et sûrement pendre ! Un véritable bras de fer psychologique va alors débuter entre Evens et Wade, celui-ci usant à la fois de la peur qu'il lui inspire et de la séduction qu'il exerce sur tous ceux qui l’approche.
Filmé dans les superbes décors naturels du Nouveau Mexique, 3:10 pour Yuma reprend en grande partie la trame originale de la version de 1957 que j’ai revu pour l’occasion, mais cette fois, James Mangold parvient à donner un vrais souffle de modernité au genre en ayant su conserver les ingrédients classiques du western (attaque musclée de diligence, duel au pistolet, fusillade générale en pleine rue, grands espaces et ville quasi-déserte) et adapté le reste de l’histoire (deux hommes, l’un confrontés à ses peurs et l’autre à ses démons intérieurs) afin de le rendre plus approprié aux attentes des spectateurs que nous sommes, le tout avec un indéniable sens du rythme et de l'action qui enchantera les fans. A ce titre, l’attaque de la diligence en début du film et le duel final resteront dans les mémoires ! Mais c’est le côté « psychologique » des deux personnages principaux qui est sans aucuns doutes le plus intéressant. La manière dont ils évoluent, chacun de leur côté, à mesure que l’histoire avance. Le désir inavoué qu’ils ont tous les deux d’une partie de la vie de l'autre. Ben Wade qui sait qu’il n’aura jamais la vie de famille de Dan Evans à cause de l'existence qu'il à choisie, tandis que Dan Evens, lui, donnerait tout pour l'admiration que suscite Ben Wade le hors-la-loi, dans le regard de son fils de 14 ans qui ne voit dans son père qu’un pauvre fermier sans courage ! Point de véritables héros ici, mais deux hommes amenés à se poser des questions universelles et réduites autour d’un thème capital : Qu’est ce que la justice ? Qu’est-ce que la Loi ? Dois-je agir selon mes convictions personnelles ou selon la Loi des Hommes ? Quand un homme honnête bafoue ses propres valeurs et qu’un criminel de la pire espèce est plus humain qu'il n'y paraît, que doit-on faire ? C’est ces questions fondamentales qui font la force narrative et l'âme de ce film. C'est le rapprochement entre ces deux caractères opposés qui insufflent une étonnante dimension humaine à ce western. Le vrai duel de ce film ne se fait pas à coups de feu, mais à coups de regards qu'ils s’échangent, de mots qu’ils ne prononcent pas, se mesurant sans cesse, se méfiant, mais se protégeant étrangement l'un l'autre jusqu’au dénouement final où Ben Wade donnera à Dan Evans, l'occasion de relever la tête et de regagner un peu de son honneur perdu. Etrange paradoxe.
Coté acteur, c’est une superbe affiche gonflée à la testostérone que nous offre James Mangold avec un Russel Crow en superbe forme que l’on retrouve avec un immense bonheur dans la peau de Ben Wade. Un rôle taillé pour lui, dans lequel il a su, avec son savoir-faire habituel, jouer avec beaucoup de finesses les divers traits de caractères de ce hors-la-loi, érudit mais dangereux, maniant l'ambiguïté et le secret sur ses véritables motivations et dans lequel on découvre néanmoins au fil de son interprétation une part d’humanité cachée.
Christian Bale, quand à lui, est extraordinaire de sincérité dans le rôle du fermier Evens. Il apporte toute sa retenue à ce personnage au départ sans envergure. Clopinant sur un pied, maigre, presque décharné et cherchant une occasion de regagner l'estime et un semblant de fierté et de respect dans le regard de ses deux fils et de sa femme.
Et puis il y a la révélation du film : Ben Foster. Il incarne avec un charme vénéneux, mais irrésistible, Charlie Prince, le bras droit totalement déjanté de Ben Wade. D’un calme et d’une froideur implacable, il assure une présence telle, que c’est lui qui livre la meilleure prestation du film, haut la main. Tout dans son personnage est un savant mélange de cruauté et d’élégance. Il donne à son personnage de tueur fou une allure et un relief rarement rencontré dans un western. Un acteur à suivre de très près.
Bref, en attendant de pied ferme le prochain western de l’année : Appaloosa d’Ed Harris avec Viggo Mortensen et après l’étrange et mélancolique Assassinat de Jesse James... d’Andrew Dominic avec Brad Pitt, 3h10 pour Yuma sonne peut-être le renouveau d’un genre cinématographique qu'on laisse régulièrement pour mort, mais qui ressuscite sans cesse sous des tas de formes différentes (Le crépusculaire Impitoyable de Clint Eastwood, l’élégant Open range de Kevin Costner et le moderne Trois enterrements de Tommy Lee Jones...) et c’est toujours un vrais plaisir de spectateur que de découvrir le prochain de la liste.
Fan fidèle et respectueuse de ce genre de cinéma depuis toujours, j’attendrais donc patiemment, sur le balcon d’un saloon, dans une rue principale au lever du soleil, le prochain appel des colts et de la poussière. En attendant, ne ratez pas ce train-là !
Son nouveau film est une nouvelle version plus qu’un remake, de l’excellent western du même nom de 1957 de Delmer Daves qui narre l’histoire d’une rencontre pas banale entre Dan Evens, un pauvre fermier endetté pour cause de sècheresse, ayant perdu un pied pendant la Guerre de Secession mais qui doit assumer la charge d’une famille et Ben Wade, charismatique bandit de grands chemins,riche et libre qui s’est fait une spécialité en dépouillant sans vergogne, (22 attaques au compteur) les transports de fond de la compagnie des chemins de fer et qui « a tué plus que la sécheresse » !) dixit Evens.
Témoin involontaire de la dernière attaque du célèbre hors-la-loi, le fermier Evens, suite à un concours de circonstances, se retrouve engagé par hasard pour escorter Ben Wade qu’il a aidé à faire arrêter. S’ensuivra trois jours d’un trajet long et semé d’embûches pour acheminer le hors-la-loi jusqu’à la gare de Contention où le train de 3h10 l’emmènera à la ville de Yuma pour se faire juger, et sûrement pendre ! Un véritable bras de fer psychologique va alors débuter entre Evens et Wade, celui-ci usant à la fois de la peur qu'il lui inspire et de la séduction qu'il exerce sur tous ceux qui l’approche.
Filmé dans les superbes décors naturels du Nouveau Mexique, 3:10 pour Yuma reprend en grande partie la trame originale de la version de 1957 que j’ai revu pour l’occasion, mais cette fois, James Mangold parvient à donner un vrais souffle de modernité au genre en ayant su conserver les ingrédients classiques du western (attaque musclée de diligence, duel au pistolet, fusillade générale en pleine rue, grands espaces et ville quasi-déserte) et adapté le reste de l’histoire (deux hommes, l’un confrontés à ses peurs et l’autre à ses démons intérieurs) afin de le rendre plus approprié aux attentes des spectateurs que nous sommes, le tout avec un indéniable sens du rythme et de l'action qui enchantera les fans. A ce titre, l’attaque de la diligence en début du film et le duel final resteront dans les mémoires ! Mais c’est le côté « psychologique » des deux personnages principaux qui est sans aucuns doutes le plus intéressant. La manière dont ils évoluent, chacun de leur côté, à mesure que l’histoire avance. Le désir inavoué qu’ils ont tous les deux d’une partie de la vie de l'autre. Ben Wade qui sait qu’il n’aura jamais la vie de famille de Dan Evans à cause de l'existence qu'il à choisie, tandis que Dan Evens, lui, donnerait tout pour l'admiration que suscite Ben Wade le hors-la-loi, dans le regard de son fils de 14 ans qui ne voit dans son père qu’un pauvre fermier sans courage ! Point de véritables héros ici, mais deux hommes amenés à se poser des questions universelles et réduites autour d’un thème capital : Qu’est ce que la justice ? Qu’est-ce que la Loi ? Dois-je agir selon mes convictions personnelles ou selon la Loi des Hommes ? Quand un homme honnête bafoue ses propres valeurs et qu’un criminel de la pire espèce est plus humain qu'il n'y paraît, que doit-on faire ? C’est ces questions fondamentales qui font la force narrative et l'âme de ce film. C'est le rapprochement entre ces deux caractères opposés qui insufflent une étonnante dimension humaine à ce western. Le vrai duel de ce film ne se fait pas à coups de feu, mais à coups de regards qu'ils s’échangent, de mots qu’ils ne prononcent pas, se mesurant sans cesse, se méfiant, mais se protégeant étrangement l'un l'autre jusqu’au dénouement final où Ben Wade donnera à Dan Evans, l'occasion de relever la tête et de regagner un peu de son honneur perdu. Etrange paradoxe.
Coté acteur, c’est une superbe affiche gonflée à la testostérone que nous offre James Mangold avec un Russel Crow en superbe forme que l’on retrouve avec un immense bonheur dans la peau de Ben Wade. Un rôle taillé pour lui, dans lequel il a su, avec son savoir-faire habituel, jouer avec beaucoup de finesses les divers traits de caractères de ce hors-la-loi, érudit mais dangereux, maniant l'ambiguïté et le secret sur ses véritables motivations et dans lequel on découvre néanmoins au fil de son interprétation une part d’humanité cachée.
Christian Bale, quand à lui, est extraordinaire de sincérité dans le rôle du fermier Evens. Il apporte toute sa retenue à ce personnage au départ sans envergure. Clopinant sur un pied, maigre, presque décharné et cherchant une occasion de regagner l'estime et un semblant de fierté et de respect dans le regard de ses deux fils et de sa femme.
Et puis il y a la révélation du film : Ben Foster. Il incarne avec un charme vénéneux, mais irrésistible, Charlie Prince, le bras droit totalement déjanté de Ben Wade. D’un calme et d’une froideur implacable, il assure une présence telle, que c’est lui qui livre la meilleure prestation du film, haut la main. Tout dans son personnage est un savant mélange de cruauté et d’élégance. Il donne à son personnage de tueur fou une allure et un relief rarement rencontré dans un western. Un acteur à suivre de très près.
Bref, en attendant de pied ferme le prochain western de l’année : Appaloosa d’Ed Harris avec Viggo Mortensen et après l’étrange et mélancolique Assassinat de Jesse James... d’Andrew Dominic avec Brad Pitt, 3h10 pour Yuma sonne peut-être le renouveau d’un genre cinématographique qu'on laisse régulièrement pour mort, mais qui ressuscite sans cesse sous des tas de formes différentes (Le crépusculaire Impitoyable de Clint Eastwood, l’élégant Open range de Kevin Costner et le moderne Trois enterrements de Tommy Lee Jones...) et c’est toujours un vrais plaisir de spectateur que de découvrir le prochain de la liste.
Fan fidèle et respectueuse de ce genre de cinéma depuis toujours, j’attendrais donc patiemment, sur le balcon d’un saloon, dans une rue principale au lever du soleil, le prochain appel des colts et de la poussière. En attendant, ne ratez pas ce train-là !
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Voici les 10 dernières réactions à ce commentaire
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Fade?
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ça vous ferait rien de lire ce que j'ai écrit correctement ? Où ai-je dit "trop long" ?
Je n'avais pas entendu parlé de ce film, et là, tu me donne furieusement envie d'aller le voir !
Pour la réaction de PaulTergeist, je ne trouve pas ce (superbe) com' trop long, mais par contre, un peu plus d'espace entre les paragraphes aideraient effectivement à la lecture.
Pour la réaction de PaulTergeist, je ne trouve pas ce (superbe) com' trop long, mais par contre, un peu plus d'espace entre les paragraphes aideraient effectivement à la lecture.
J'attend ta réaction!
Effectivement, dans la version de 1957 que j'ai revu avant hier, le rôle du fermier Evans y est un peu moins fouillé que dans la version de Mangold. Mais son courage et son obstination à aller jusqu'au bout de ce qu'il croit être son devoir est admirablement mise en scène. D'autre part, je crois sincèrement que le western à encore beaucoup à nous montrer et à nous divertir. C'est un genre populaire qui nous interpelle car les héros et les méchants sont tous à notre "hauteur" contrairement aux "héros" et au "méchants"de science fiction qui reste à des années lumières de nos peurs et de nos doutes. C'est un genre cinématographique qui n'a pas fini de nous divertir quelque soit les nouvelles formes qu'il prendra à l'avenir.
Promis la prochaine fois je serais un peu moins bavarde.
Ca me confirme dans mon envie, c'est en effet le film à voir cette semaine.
La confrontation des deux acteurs est prometteuse !
La confrontation des deux acteurs est prometteuse !
C'est LE film que je compte voir cette semaine. J'avais déjà lu de bonnes critiques et la lecture de ce comm' me motive d'autant plus.
J'ai de vagues souvenirs du film de Delmer Daves. Je me rappelle cependant le personnage joué par Van Heflin, transi de peur et en même temps admirable d'obstination et de courage.
Si le western n'en finit pas de renaître, c'est qu'il doit correspondre à quelque chose, une aspiration peut-être, que les autres genres cinématographiques n'offrent pas. Un monde en construction et que l'on peut espérer en voie de civilisation ?
J'ai de vagues souvenirs du film de Delmer Daves. Je me rappelle cependant le personnage joué par Van Heflin, transi de peur et en même temps admirable d'obstination et de courage.
Si le western n'en finit pas de renaître, c'est qu'il doit correspondre à quelque chose, une aspiration peut-être, que les autres genres cinématographiques n'offrent pas. Un monde en construction et que l'on peut espérer en voie de civilisation ?
mais par pitié il faut AERER la présentation. Je m'arrache les yeux dessus.
Saut de ligne en fin de paragraphe. Merci.
Saut de ligne en fin de paragraphe. Merci.

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ZEM01
publié le 30 mars 08